Milieu de terrain passé par six clubs entre 1980 et 1996, policier à la retraite, Bollou Laigret Joachim Titilo, né à Gagnoa en 1961, consacre aujourd'hui sa retraite à écrire l'histoire du football ivoirien. Une trajectoire faite de titres, de promesses brisées et d'une fidélité absolue au ballon rond.
Le football, Bollou Laigret Joachim Titilo dit Gunther Netzer ne l'a pas cherché. C'est le football qui l'a trouvé, dans un quartier d'Abidjan, là où un consultant nommé Gnon Richard le repère un jour parmi les gosses. L'invitation est simple : venir s'entraîner au Stella Club d'Adjamé, les fameux Magnans. On est en 1980. Il a 18 ans, il est encore au lycée, et il signe sa première licence au parc des sports de Treichville.
L'équipe junior qu'il intègre n'est pas ordinaire. Sur le même terrain évoluent déjà Gadji Céli, Guédé Akenon, et un certain Zahoui François qui deviendra sélectionneur des Éléphants. Le coach trouve une alchimie pour aligner cinq milieux de terrain. Elle fonctionne : les juniors sont champions de Côte d'Ivoire en 1981. L'équipe A décroche le titre en première division la même saison. Double sacre, atmosphère de club au sommet.
Puis vient le premier coup dur. Une invitation arrive de Marseille pour un tournoi international. Passeports établis, vaccinations faites et au dernier moment, trois joueurs de l'équipe A sont intégrés dans le groupe junior pour renforcer l'effectif. Bollou est sacrifié. L'équipe part sans lui, remporte le tournoi. Zahoui François, remarqué là-bas, s'envole quelques mois plus tard vers le club d'Ascoli, devenant le premier joueur noir professionnel du championnat italien. Bollou, lui, reste à la maison. Pendant un an, il ne joue plus qu'au quartier. « Le ressort était cassé », dit-il.
Le sol se dérobe sous ses pieds
En 1982, l'AS CNPS le recrute pour son projet en deuxième division. Il y retrouve des joueurs aguerris, Kanon Gnoléba, Désiré Lobouët, Sanguisso Mamadou, ex-international junior de la Coupe du Monde 1977 en Tunisie, en est le capitaine. Cinq saisons de championnat âprement disputé, face à la SOTRA, l'EECI, l'AS Police, l’AS PALMINDUSTRIE sans décrocher la montée en division 1. Mais avec, en contrepartie, une promesse orale des dirigeants : au bout du contrat, un emploi à la CNPS. Son père, pragmatique, l'a convaincu d'accepter.
La promesse tient jusqu'au départ du directeur général Daniel Kablan Duncan, nommé Premier ministre. Son équipe est dissoute. Les nouveaux responsables ne se souviennent de rien. Bollou et trois autres joueurs restent sur le carreau. C'est la deuxième fois que le sol se dérobe sous ses pieds.
Il rebondit à l'ASI d'Abengourou en 1986, recruté par le président Adou Sapim. L’intégration est facilitée par le directeur technique Ignace Wognin, ancien professionnel en France. Dès la première saison, le club remporte la Coupe nationale de Côte d'Ivoire face au Stade d'Abidjan, 2 buts à 1, au stade Félix Houphouët-Boigny. Bollou est dans le groupe. C'est son titre le plus marquant.
Ses nuits, il les a passées à reconstituer des saisons oubliées
Pendant tout ce temps, il prépare discrètement, sans en parler à personne, le concours d'entrée à l'école de police. Il signe même une quatrième licence à Gagnoa, au Sporting Club, recruté par le mythique secrétaire général Makan Keïta. Mais les résultats du concours tombent avant le premier match officiel. Il annonce la nouvelle à Makan Keïta, boucle ses affaires et repart sur Abidjan sans avoir disputé une seule rencontre sous les couleurs de Gagnoa. Admis, il intègre l'AS Police en 1989, cinquième licence et y dispute plusieurs saisons jusqu'à la disparition du club. Il prend sa retraite en 1996 avec le grade d'adjudant-chef, après trente ans de service.
Bollou Laigret Joachim, ancien milieu de terrain et président de l'Association des anciens footballeurs de Yopougon (AAFY), tenant deux volumes de sa série « Le Football ivoirien de 1930 à nos jours » (éditions JD). L'ouvrage, qui couvre la période 1930-1980 en trois tomes déjà parus, retrace près d'un siècle de football national (Photo L. J.).
Ce n'est pas une fin. En 2014, il cofonde avec Bikoua Athanase l'Association des anciens footballeurs de Yopougon (AAFY), qui rassemble aujourd'hui plus de 400 membres, du doyen N'zi Apollinaire, présent à la CAN 1968, aux recrues les plus récentes. Il en est le président. Il est également délégué (commissaire de match) de la Fédération ivoirienne de Football (FIF) pour la Ligue professionnelle. Pendant que d'autres anciens joueurs s'effacent, Bollou écrit. Ses nuits, il les a passées à reconstituer des saisons oubliées, à retrouver des noms effacés, à dater des buts que personne ne consignait plus. Le résultat : une série encyclopédique publiée aux éditions JD, intitulée Le Football ivoirien de 1930 à nos jours, dont trois tomes sont déjà disponibles (1930-1960, 1960-1970, 1970-1980). Trois autres, couvrant les décennies 1980 à 2025, sont en préparation. A la 16e édition du Salon international du livre d'Abidjan (SILA), tenu du 28 avril au 2 mai 2026, il en a écoulé 600 exemplaires. Un travail de mémorialiste, mené avec les moyens du bord, sans commande institutionnelle.
C'est d'ailleurs ce qui fonde son dernier combat. Bollou lance un appel aux autorités ivoiriennes : penser aux anciens footballeurs des années 1960-1970, ceux qui ont tracé les premiers sillons du football national et qui vivent aujourd'hui dans des conditions précaires, sur les plans social et sanitaire. Des pionniers que ni le championnat, ni la fédération, ni l'État n'ont jusqu'ici pensé à soutenir formellement.
Un homme qui a joué le football, encaissé ses injustices, et choisi, plutôt qu'oublier, d'en écrire l’histoire et de défendre les oubliés.
Doutchin Diarra





