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Culture

Côte d’Ivoire- Funérailles chez les Gnan d'Anyama : « Sous la bâche », chacun met la main à la poche (2/4)

Publié le :

Abetso Andjibi Théophile, responsable comité funérailles Anyama Ahouabo

Les Gnan, des Akyé habitants cinq villages d’Anyama pratiquent des méthodes d’assistance originales et exemplaires pour faire face aux dépenses de funérailles, lourdes à supporter et parfois ruineuses pour les familles des défunts.

Dans leurs fiefs d'Anyama-Zossonkoi, Anyama- Ahouabo, Anyama- Adjamé, Ebimpé et Akéikoi-Village, nous avons recueilli des témoignages auprès de certains chefs de village, de notables, ainsi que des ressortissants.

Conscients que l’argent cotisé par le petit groupe des proches du défunt ne peut suffire à faire face aux différentes charges relatives aux funérailles, les chefs de ces différents villages ont adopté une autre cotisation, qui concerne les ressortissants du village où se déroulent les funérailles, ainsi que toutes les bonnes volontés, qui voudraient faire un geste à l’endroit du disparu. Cette cotisation se fait en public sous des bâches où, toute la communauté villageoise se regroupe à cet effet. D’où l’appellation de cotisation ‘’sous la bâche’’.

Lire aussi :Funérailles. Chez les Gnan d’Anyama, les morts unissent les vivants (1/4)

Il convient de noter que les cotisations sous la bâche sont conduites par un comité de gestion des funérailles. Il est composé de quinze personnes à Anyama-Zossonkoi, dont deux membres sont proposés par chacune des six grandes familles du village. Les autres sont cooptés par la chefferie. A Akeikoi-village, le 1er adjoint au chef choisit les personnes qui recueillent l’argent du registre. Un seul critère compte : être de bonne moralité. Les personnes qui collectent l’argent sous la bâche, sont désignées par la famille éplorée. La chefferie leur détache un collaborateur pour superviser l’opération. A l’instar d’Akeikoi-village, le seul critère pris en compte pour appartenir au comité de gestion des funérailles à Anyama-Ahouabo est la bonne moralité. Sauf que, ce n’est pas un seul responsable qui choisit ses huit membres, mais le chef et sa notabilité, avec la caution des villageois. Trois membres du comité de gestion des funérailles présidé par Abetso Andjibi Théophile, ont pour mission de collecter l’argent remis par les ressortissants du village, et dont la liste et le montant sont par la suite mentionnés dans un registre. Les autres s’occupent des cotisations qui se passent sous la bâche.

Pour la levée de la cotisation sous la bâche, les membres du comité de gestion des funérailles vérifient soit avant, soit sous la bâche, le statut du défunt et ceux qui ont été désignés pour son enterrement. S’ils s’aperçoivent qu’il s’est abstenu de son vivant, de s’acquitter de ses cotisations funéraires, une amende est infligée à ses parents. . Ils doivent la régler avant le commencement de la cotisation le concernant. C’est la même solution qui est adoptée à l’attention de ceux qui ont été désignés pour enterrer le mort. S’ils sont frappés par des arriérés de cotisations funéraires, ils sont tenus de payer ces arriérés, avant de vouloir porter leur défunt pour son inhumation. Une amende leur est appliquée si d’aventure à leur mort, ils ne sont pas à jour des deux types de cotisations qui sont levées en cas de funérailles. A Anyama-Ahouabo, l’amende est de 200 Fcfa par funérailles pour ce qui est du registre. S’agissant des cotisations sous la bâche, elle est de 10 000 Fcfa et une bouteille de liqueur. Du côté d’Akeikoi-village, l’amende est plus corsée si l’on s’en tient aux propos du 1er adjoint au chef. « Si le défunt n’est pas à jour de ses cotisations du registre, une amende équivalent au double de ce qu’il doit est imposée à ses parents. Ils sont obligés de régler la note avant le début de la cotisation. Quant à l’amende concernant les cotisations ‘’sous la bâche’’, elle a été fixée à 20 000 Fcfa plus une bouteille de liqueur ».

Une fois la question de l’amende gérée, les cotisations peuvent être levées. Dans le village d’Anyama-Ahouabo, un montant minimum de 500 Fcfa a été fixé pour les cotisations sous la bâche. Quand une personne verse sa cotisation, alors l’un des membres du comité de gestion des funérailles se charge de recevoir l’argent, un autre écrit les noms et prénoms du donateur. Et une autre personne mentionne le montant de la somme remise. Au terme des cotisations, le montant global des sommes encaissées est annoncé séance tenante à toute l’assemblée. « Pour une question de transparence », indique le président du comité de gestion des funérailles. Au lendemain de cette levée de fonds, les ressortissants du village ainsi que tous ceux qui veulent apporter un soutien financier à la famille éplorée, sont invités à s’exprimer au même endroit, à la même heure, sous la bâche. Avant le début de la séance, l’un des responsables du comité de gestion des funérailles rappelle le montant de la somme encaissée la veille.

Les conditions pour les cotisations sous la bâche à Akeikoi-village sont plus souples que celles du village mentionné précédemment. En effet, en dépit du fait que la cotisation soit obligatoire, aucun montant minimum n’est imposé. Chacun y va de sa poche. Le plus important est de faire un geste. Au risque de tomber sous le coup du ‘’cahier radar’’. Selon les explications de Kaman Kouassi, 1er adjoint au chef du village, le ‘’cahier radar’’ mentionne l’identité des villageois qui cotisent sous la bâche. En d’autres termes, il permet de connaitre ceux qui cotisent et ceux qui ne le font pas. Une amende est appliquée aux ressortissants du village, qui ne veulent pas payer les cotisations sous la bâche. Cette sanction intervient quand l’un des contrevenants à cette disposition est frappé par un deuil. Chacun d’entre eux est sommé de remettre la somme de 20 000 Fcfa, plus deux bouteilles de liqueur au comité de gestion des funérailles.

Le ‘’cahier radar’’ est aussi en vigueur à Anyama-Adjamé. « Pour que quelqu’un qui a perdu un parent soit assisté sous la bâche, on consulte le ‘’cahier radar’’. Si sa participation sous la bâche pour l’année en cours concernant les décès, a atteint la moyenne, on ne lui inflige pas d’amende. Par contre, si elle est en deçà, alors il tombe sous le coup du radar. On lui inflige pour ce fait une amende qui est de 10 000 Fcfa et deux bouteilles de liqueur Saint-James. La sanction concerne le père et les frères du défunt. Les frères mineurs ou ceux qui sont encore élèves, sont exemptés de cette sanction », révèle Assokoi Adohi Constant, responsable du comité des funérailles de ce village. La cotisation minimale sous la bâche est de 200 Fcfa dans le même village. Ce montant est légèrement plus élevé du côté de Ebimpé. « Il y a été fixé à 250 Fcfa », confie Odi Gnandjui Félix, ex employé des Grands Moulins d’Abidjan, à la retraite, ressortissant de Ebimpe. Selon notre informateur, ce village a également pris une mesure pour punir ceux qui ne participent pas régulièrement aux cotisations sous la bâche, et qui doivent être pourtant assistés pour la perte d’un proche. L’amende consiste à s’acquitter de la somme de 20 000 Fcfa et d’offrir un casier de vin Valpierre. C’est d’ailleurs la sanction la plus corsée de toutes celles qui sont appliquées à ce sujet. Anyama-Zossonkoi a pour sa part choisi la souplesse. La cotisation n’est pas obligatoire pour l’heure explique Goh Guy-Ruffin, secrétaire général de la chefferie. Par conséquent, aucune sanction n’est appliquée. Un fait est commun à tous les villages concernant les cotisations sous la bâche. Elles sont entièrement mises à la disposition des familles éplorées, pour les soutenir financièrement.

Les femmes ne sont pas exclues des cotisations sous la bâche. Généralement, elles peuvent le faire entre elles ou sous la bâche. « Les femmes qui désirent le faire, peuvent venir individuellement pour contribuer, mais elles ne s’asseyent pas sous la bâche. Elles donnent leur cotisation et retournent aussitôt », dixit Kaman Kouassi du village d’Akeikoi. C’est le même traitement qui est appliqué aux femmes du côté de Zossonkoi.

Jérémy Junior




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