Une vague bleue a balayé le Congrès mardi. Les démocrates ont repris le contrôle à la fois de la Chambre des représentants et du Sénat, laissant présager deux années possiblement houleuses avec l’administration Trump.
Texas, Caroline du Sud, Caroline du Nord, Kansas, Iowa : au Sénat, la déferlante s’est abattue sur des États où les républicains étaient confortablement installés. Même Susan Collins, sénatrice en poste dans le Maine depuis 1997, a été défaite. Le Parti démocrate compte au moins 54 sénateurs sur 100, avec des résultats se faisant encore attendre.
À la Chambre des représentants, où un revirement en faveur des démocrates était déjà anticipé, la formation politique devrait aussi obtenir plus de 218 des 435 sièges.
Donald Trump s’est dit « absolument prêt » à accepter les résultats des élections de mi-mandat, selon une entrevue accordée en soirée au New York Times.
« Eh bien, vous savez, nous nous réjouissons à l’idée de travailler avec eux », a-t-il dit. Il a ajouté : « Nous finirons probablement par trouver un terrain d’entente. »
Mais un peu plus tard, il publiait sur Truth Social une casquette rouge ornée d’un seul mot : veto.
Si la majorité permet aux démocrates de reprendre le contrôle de l’ordre du jour au Congrès, de lancer des enquêtes, de voter des lois, le président conserve la possibilité d’opposer son veto à des lois adoptées par les élus – l’appui des deux tiers des deux chambres est alors requis pour renverser cette prérogative – et de signer des décrets présidentiels.
Réélu, le représentant Hakeem Jeffries a lancé un message d’unité. « Ce n’est pas un moment partisan, c’est un moment patriotique », a dit le chef de la minorité démocrate, en voie de devenir le premier président afro-américain de la Chambre des représentants. En conférence de presse, il a rejeté l’idée d’une vague bleue. « C’est un moment rouge, blanc et bleu parce que les États-Unis ont gagné ce soir », a-t-il ajouté.
Le nouveau sénateur démocrate du Texas, James Talarico, a salué sa victoire, en dépit des sommes importantes versées dans l’État à la campagne de son rival. L’ancien enseignant et séminariste a cité un passage de la Bible, avant de lancer : « Ce soir, nous avons vaincu Goliath ! », sous les cris enthousiastes de la foule.
Rebuffade pour Trump
« Je ne figurais pas sur le bulletin de vote ; si cela avait été le cas, nous aurions gagné HAUT LA MAIN ! Je vous remercie de l’attention que vous porterez à cette question », a réagi le président sur Truth Social en soirée.
Les résultats montrent pourtant un rejet de Trump et de ses politiques. Les candidats qu’il avait défendus – malgré des critiques au sein même du Parti républicain –, comme Ken Paxton pour le siège de sénateur au Texas et Vivek Ramaswamy pour celui de gouverneur en Ohio, ont été défaits.
Près de la moitié des électeurs sondés à la sortie des bureaux de vote ont indiqué que leur motivation était d’exprimer leur opposition au président, selon un sondage de NBC News. Le coût de la vie a été cité comme préoccupation majeure, mais les opérations de la police de l’immigration (ICE), la guerre en Iran, la corruption et l’intelligence artificielle ont aussi influencé les électeurs.
Il faudra voir le rôle que prendra un Congrès majoritairement démocrate pour exercer un contre-pouvoir face à l’administration sur ces questions.
Le président a laissé planer le doute sur les résultats depuis plusieurs mois, alléguant des fraudes. Devant des marges importantes entre les candidats, le camp républicain limitera-t-il les recours en justice et les demandes de dépouillements judiciaires ?
Lundi, à la veille des élections, la Cour suprême avait rejeté une requête provenant de l’administration pour forcer la Californie à isoler plus de 20 000 bulletins de vote, avançant des soupçons de participation de non-citoyens au scrutin.
Le vote s’est généralement déroulé sans encombre. Les opérations de l’ICE s’étaient accélérées à l’approche des élections, ce qui faisait craindre une intervention le jour du scrutin – le secrétaire à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, avait laissé planer cette possibilité. Or, il ne semble pas y avoir eu d’interventions aux bureaux de vote.
Des problèmes techniques ont été signalés, notamment dans une circonscription de New York, mais ils ont été résolus rapidement.
Des premières
Le redécoupage des circonscriptions de la Floride a causé un ressac pour le parti de Trump. Les démocrates ont remporté les régions du centre sud et de Tampa, malgré un tracé d’abord pensé comme à l’avantage des républicains.
Les Américains votaient pour leur gouverneur dans 36 États mardi. Byron Donalds est devenu le premier Afro-Américain républicain élu à ce poste dans l’histoire des États-Unis. Il succède à Ron DeSantis en Floride.
La démocrate Keisha Lance Bottoms a aussi marqué l’histoire en devenant la première femme gouverneure noire du pays en gagnant son pari en Géorgie. Aucun démocrate n’avait remporté ce siège depuis près de 30 ans.
Deb Haaland, de la même formation politique, est devenue la première femme autochtone à gouverner un État, le Nouveau-Mexique.
La démocrate Gina Hinojosa a défait le gouverneur Greg Abbott, contribuant à rendre le Texas, un État autrement solidement rouge, plus violet dans son orientation politique. Dans un message sur Truth Social, le président a expliqué la défaite du républicain en l’accusant d’avoir retourné sa veste pour devenir un « républicain de nom seulement ». « Il est retourné à sa formule originale, et ce n’était pas joli ! », a-t-il écrit.
Alaska
Les résultats en Alaska se sont fait attendre un peu plus : les bureaux de vote y fermaient à 1 h du matin ce mercredi, heure de l’Est. Mais après dépouillement d’environ 55 % des votes, la candidate démocrate au Sénat, Mary Peltola, menait par un peu plus d'un dixième de point de pourcentage.
Chaque État a ses propres règles encadrant les élections. La majorité des États permettent aux responsables d’élections de numériser les bulletins de vote envoyés par la poste avant la journée de l’élection, pour vérifier leur validité et enregistrer le choix de l’électeur. Mais dans sept États, dont l’Alaska et le New Hampshire, il n’est pas permis de procéder à cette étape avant la fermeture des bureaux de vote.
La course en Alaska s’était terminée dans la controverse, après la publication d’une enquête par le New York Times qui révélait que la campagne de Mary Peltola avait convaincu un enseignant à la retraite portant le même nom que le sénateur républicain sortant de se porter candidat. L’ancienne représentante au Congrès a nié avoir été mise au parfum du stratagème. L’administration Trump, par l’entremise du département de la Justice, a demandé aux tribunaux de suspendre la certification des résultats si le républicain perdait ; la requête a été rejetée.
Le département de la Justice a envoyé des lettres à une vingtaine de démocrates dans les derniers jours, les informant qu’ils pourraient être visés par une enquête sur les manœuvres pour faire figurer ce second Dan Sullivan sur les bulletins de vote.
Dans la nuit de lundi à mardi, Donald Trump s’est tourné vers son réseau social pour dire que l’ancien enseignant « manqu[ait] à l’appel », laissant entendre que les avocats démocrates le cachaient en raison de l’enquête sur sa candidature.





