À l’occasion de la deuxième édition du Forum africain sur le financement et l’investissement du cacao en Afrique (ACFIF 2026), organisée le 26 octobre à Wall Street, à New York, l’ambassadeur Aly Touré a appelé à une refonte des relations entre producteurs et industriels. Son plaidoyer repose sur quatre priorités : un prix rémunérateur, une meilleure répartition de la valeur, un accès facilité aux marchés internationaux et un investissement accru dans la recherche et l’innovation.
L’Afrique produit près des trois quarts du cacao mondial, mais ne récolte qu’une infime partie des richesses générées par le chocolat. Ce déséquilibre structurel a été au cœur des échanges de la deuxième édition du Forum africain sur le financement et l’investissement du cacao en Afrique (ACFIF 2026), tenue le lundi 26 octobre 2026 à Wall Street, à New York, aux États-Unis.
Face aux investisseurs, aux institutions financières, aux décideurs politiques, aux industriels, aux chercheurs et aux partenaires au développement, Son Excellence Monsieur Aly Touré, porte-parole des pays producteurs de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), a livré une communication majeure consacrée à l’amélioration des revenus des producteurs et au renforcement de la durabilité de la filière cacaoyère africaine.
Après une première édition organisée le 8 mai 2026 à la Bourse de Londres, consacrée notamment à la question du prix payé aux petits producteurs, cette rencontre new-yorkaise a permis d'élargir le débat aux mécanismes de financement, à la création de valeur et aux partenariats internationaux.
Organisé par Cocoa Trade & Invest Africa et DMA Invest, en collaboration avec l’Institute of Directors Africa Group, le forum a enregistré la participation de plusieurs personnalités diplomatiques, notamment S. E. M. Tiémoko Moriko, représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès des Nations unies, et S. E. M. Ben, adjoint au représentant permanent du Ghana auprès des Nations unies. Leur présence a également illustré l’importance de l’Initiative Côte d’Ivoire-Ghana dans la défense des intérêts des pays producteurs.
Le Dr Ransford Abbey, premier responsable de la filière cacaoyère du Ghana, ainsi que des représentants de l’industrie, du secteur bancaire et du monde scientifique ont également pris part aux discussions.
Un financement du cacao indissociable du revenu des producteurs
Dans un contexte marqué par la mévente des fèves et la volatilité des cours internationaux, Aly Touré a rappelé une réalité fondamentale : il ne peut y avoir de filière cacaoyère durable sans une rémunération juste et équitable des producteurs.
Pour le porte-parole des pays producteurs de l’ICCO, le prix payé au planteur, la durabilité de la production et la mobilisation des financements sont étroitement liés.
Son message est sans équivoque : les investissements dans le secteur ne pourront produire des résultats durables que si les producteurs bénéficient d'une rémunération à la hauteur de leur contribution à la chaîne de valeur.
Il a également appelé à un renforcement des relations entre les pays producteurs et l’industrie, invitant les différentes parties à renouveler leur pacte de confiance sur la base de la transparence, de la responsabilité et d'une meilleure reconnaissance du rôle des producteurs.
Quatre propositions pour améliorer durablement les revenus des producteurs
Dans son intervention, l’ambassadeur Aly Touré a identifié quatre axes stratégiques susceptibles de contribuer à la transformation de l’économie cacaoyère africaine.
1. Garantir un prix rémunérateur aux producteurs
La première priorité consiste à assurer aux producteurs une rémunération équitable, tenant compte de la valeur marchande du cacao, de sa qualité et de ses caractéristiques.
Selon cette approche, les cacaoculteurs doivent bénéficier d’une part plus juste de la richesse créée tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Il s’agit également de renforcer leur résilience économique et de soutenir les investissements dans les infrastructures, l’énergie, la logistique et la formation.
L’ambassadeur a particulièrement insisté sur la transformation locale du cacao, considérée comme un levier essentiel de diversification économique, d’industrialisation, de création d’emplois et de développement des compétences.
2. Assurer une répartition plus équitable de la valeur dans la chaîne du cacao
Le deuxième axe porte sur le déséquilibre entre la valeur générée en amont et celle captée en aval de la filière.
Les pays producteurs doivent davantage investir dans la valorisation de leurs fèves et développer leurs capacités de transformation locale, notamment dans la production de chocolat et d’autres produits dérivés.
L’objectif est de leur permettre de conquérir une part plus importante du marché mondial et de réduire leur dépendance à l’exportation de matières premières.
Aly Touré préconise, dans cette perspective, un partenariat renouvelé avec le secteur privé, fondé sur la confiance, la transparence et la responsabilité partagée.
3. Réduire les barrières commerciales et faciliter l’accès aux marchés
Le troisième levier concerne les obstacles tarifaires et non tarifaires auxquels sont confrontés les pays exportateurs de cacao et de produits dérivés.
Si les exigences relatives à la sécurité alimentaire et à la qualité des produits sont légitimes, leur application ne devrait pas pénaliser excessivement les producteurs ni réduire leurs revenus.
Le renforcement de la transparence des marchés et une meilleure connaissance des mécanismes commerciaux permettraient également aux pays producteurs d’anticiper les crises, de mieux gérer la volatilité des prix et d’orienter leurs politiques économiques.
4. Investir dans la recherche, l’innovation et l’adaptation climatique
Enfin, Aly Touré a plaidé pour une coopération scientifique et technique renforcée entre les pays producteurs, les universités, les instituts de recherche, les industriels et les partenaires au développement.
Cette coopération doit notamment porter sur la lutte contre les maladies du cacaoyer, l’amélioration génétique, l’innovation technologique et l’adaptation aux changements climatiques.
Il a également réaffirmé l’importance de la lutte contre la déforestation, du développement de l’agroforesterie, de la restauration des écosystèmes dégradés et de la préservation de la biodiversité.
Toutefois, cette transition écologique doit être accompagnée de mécanismes de financement adaptés, d'une assistance technique et de formations. Les producteurs ne sauraient supporter seuls les coûts de la transformation durable du secteur.
L’Afrique face au paradoxe de la richesse cacaoyère
L’un des constats les plus marquants de cette intervention concerne le décalage entre le poids de l’Afrique dans la production mondiale de cacao et sa faible participation à la richesse générée par le chocolat.
Alors que le continent représente environ 70 à 75 % de l’offre mondiale de fèves, sa part dans la valeur marchande mondiale du chocolat ne serait que de 5 à 6 %, selon les estimations présentées.
Un paradoxe qui illustre la nécessité pour les pays producteurs de dépasser leur statut de fournisseurs de matières premières et de s'imposer davantage dans les activités de transformation, de commercialisation et de distribution.
Pour Aly Touré, la réponse aux difficultés actuelles de la filière passe nécessairement par un partage des responsabilités entre pays producteurs et consommateurs, ainsi que par des partenariats équilibrés avec le secteur privé.
La mobilisation des capitaux passe par un cacao durable et rémunérateur
En définitive, le message porté à New York est clair : la rentabilité des investissements dans le cacao africain dépendra de la durabilité économique, sociale et environnementale de la filière.
Et cette durabilité commence par un prix rémunérateur pour le producteur.
Le 27 octobre 2026, les participants à l'ACFIF ont prolongé les échanges par une visite du port de Philadelphie, l'une des principales portes d'entrée logistiques du cacao en Amérique du Nord.
Cette immersion leur a permis de mieux comprendre les circuits d'importation du cacao aux États-Unis, les mécanismes d'entreposage, de distribution et les différentes opérations de la chaîne d'approvisionnement.
Au-delà des discussions et des recommandations formulées à Wall Street, cette deuxième édition de l'ACFIF aura ainsi remis au centre du débat une question fondamentale pour l'avenir de la filière : comment faire en sorte que la richesse issue du cacao africain profite davantage à ceux qui le produisent ?
S.T.





