Le candidat conservateur Flavio Bolsonaro a déclaré qu’il n'allait pas reconnaître sa défaite et qu’il allait demander « l'annulation des élections ».
Le candidat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva a remporté dimanche l’élection présidentielle au Brésil en défaisant le candidat conservateur Flavio Bolsonaro.
Luiz Inacio Lula da Silva, qui fêtera ses 81 ans la semaine prochaine, a remporté les élections avec 51,76 % du vote contre 48,24 % pour son adversaire — une avance d'environ 4,4 millions de voix —, selon le site du Tribunal supérieur électoral.Son mandat débutera le 5 janvier 2027.
Celui qui briguait un quatrième mandat non consécutif a ainsi défié le courant mondial de victoires électorales de la droite. La victoire de Lula fait en sorte que le Mexique et le Brésil, les deux pays les plus peuplés d’Amérique latine, se retrouvent avec des dirigeants de centre gauche.
Les Brésiliens “sont allés voter parce que nous avons réussi à les convaincre que le vote était très important pour garantir la démocratie”, a lancé Lula depuis la mégapole Sao Paulo.
La voix plus éraillée que jamais, il a remercié “la générosité de la jeunesse brésilienne”, qui dans l'entre-deux-tours est descendue dans les rues et s'est mobilisée sur les réseaux sociaux.
Flavio Bolsonaro, qui était en tête au premier tour, a rapidement déclaré qu'il demanderait l'annulation du résultat en raison d'une décision rendue dimanche par la Cour suprême qui a prolongé le scrutin de deux heures.
Mais l'ampleur de la défaite de Flavio Bolsonaro face à Lula et le fait que sa campagne ait également demandé de prolonger la durée du vote en raison des pluies dans le sud du pays rendent toute annulation peu probable, ont estimé les analystes.
Vague de célébrations
La victoire du candidat de gauche a déclenché une vague de célébrations parmi les partisans du Parti des travailleurs, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’hôtel de São Paulo, où Lula suivait le dépouillement en compagnie de la première dame, Rosângela da Silva, de ses alliés et de ses amis.
À Rio de Janeiro, des voitures ont klaxonné et une femme vêtue de rouge, la couleur de soutien à Lula, a crié « Vous avez perdu! Pleurez plus fort! » à quatre hommes en jaune et vert sirotant des bières, les couleurs emblématiques de Bolsonaro. Un immense rugissement a résonné dans la rue lorsque le résultat a été confirmé.
“Je suis très émue. C’est une victoire historique pour le président Lula. Le peuple s'est mobilisé, s'est uni”, dit à l'AFP Mariana Andrade, avocate de 33 ans, qui a suivi le dépouillement sur un écran géant dans le centre-ville de Rio de Janeiro.
Chez les partisans de Bolsonaro, la déception et la mine sombre étaient manifestes sur les visages des personnes qui s'étaient rassemblées pour visionner en direct les résultats électoraux.
Rodrigo Valentim, un homme d'affaires de 51 ans et partisan de Bolsonaro, a déclaré qu'un autre gouvernement Lula nuirait à l'économie. Il a souligné la réaction positive des marchés financiers au résultat du premier tour, quand Bolsonaro a battu Lula.
“Je ne comprends pas comment les gens peuvent voter pour Lula”, a-t-il dit. « Le pays s'effondre. »
Bolsonaro, 45 ans, a remporté le pôle agroalimentaire du Centre-Ouest du pays et a facilement gagné dans le Sud, qui borde l'Uruguay et l'Argentine. Lula a effacé une grande partie des gains de Bolsonaro en gagnant dans le Nord-Est et a également triomphé dans le Nord, la région qui comprend la forêt amazonienne.
Les sondeurs estiment que le taux de participation, plus élevé qu'attendu, a joué en faveur de Lula. “Les gens devaient choisir aujourd'hui entre le changement, avec une certaine appréhension, et rester en terrain connu, ce qui garantit certains droits”, a expliqué Leonardo Barreto, du cabinet de conseil Think Policy, pour qui les électeurs ont préféré Lula, qui leur est familier, à Flavio Bolsonaro, qui représentait la nouveauté.
Confusion sur l'heure de fermeture des bureaux
Quelque 160 millions d’électeurs ont été invités à voter, mais plus de 33 millions d’entre eux n’ont pas répondu à l’appel.
Les bureaux de vote devaient initialement fermer leurs portes à 17 h (heure locale, 16 h HAE). Cependant, un juge de la Cour suprême, Cristiano Zanin, a décidé de repousser de deux heures l’heure de fermeture en raison de difficultés dans les transports en commun.
Dans l'après-midi, Lula avait dénoncé l’impossibilité pour certains électeurs de voter dans différentes villes en raison de l’interruption du service d'autobus.
Toutefois cet ordre de la Cour suprême a été donné alors que les bureaux de vote étaient sur le point de fermer, créant une grande confusion. Le temps qu'il soit transmis à chaque bureau, certaines urnes électroniques avaient déjà été fermées et le dépouillement avait débuté.
Le juge Zanin, nommé par Lula à la Cour suprême, a dû préciser ultérieurement que la prolongation du vote ne s'appliquait qu'aux urnes qui n'avaient pas été fermées au moment de sa décision.
Le parti de Bolsonaro s’est également tourné vers les tribunaux pour demander une prolongation du vote dans les États du Minais Gerais et le Rio Grande do Sul, pour des raisons “climatiques”, en raison de fortes pluies dans ces régions.
Après le dévoilement des résultats électoraux, M. Bolsonaro a qualifié de “inacceptable ” la décision rendue par le juge de la Cour suprême.
Une lutte serrée
Lors du premier tour, le 4 octobre dernier, le fils aîné de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), condamné pour tentative de coup d'État, avait devancé Luiz Inacio Lula da Silva avec 47 % des voix contre 45 %.
C’est la première fois depuis la fin de la dictature militaire au Brésil en 1985 que le candidat ayant obtenu le deuxième score au premier tour remporte la présidence.
Lula se présentait aux élections pour la septième fois depuis 1989, aspirant à un quatrième mandat présidentiel. Il avait déjà occupé ce poste de 2003 à 2011, avant de le retrouver en 2023 après avoir défait Bolsonaro père.
Il rejoint Donald Trump et le président du Nicaragua Daniel Ortega, âgés tous deux de 80 ans, en tant que présidents les plus âgés des Amériques.
Pendant sa campagne, il s’est présenté comme un défenseur de l’indépendance nationale face aux menaces commerciales et diplomatiques du président des États-Unis, Donald Trump.
Le fils de Bolsonaro s’engageait à poursuivre la voie empruntée par son père, Jair Bolsonaoro, mais plus modérée, avec une approche ferme face au crime, une politique favorable aux entreprises et un partenariat avec les États-Unis.





