En Côte d’Ivoire, l’amélioration de l’accès à l’eau potable dans les villages contribue à alléger les corvées quotidiennes des femmes, à améliorer leurs conditions de vie et à développer des activités génératrices de revenus. De Cosrouly à Gbonguiné 1, en passant par Souleymanekaha et Pauly Brousse, les témoignages illustrent les changements apportés par la disponibilité de cette ressource essentielle.
L’eau potable, un soulagement pour les femmes rurales
La disponibilité de l’eau potable constitue un levier important pour l’amélioration des conditions de vie des populations rurales, particulièrement celles des femmes. Longtemps contraintes de parcourir de longues distances ou de passer plusieurs heures aux points d’eau, elles disposent désormais de davantage de temps pour leurs activités agricoles, commerciales et familiales.
À Cosrouly, un gros campement situé à 39 kilomètres de Dabou, l’installation d’une pompe à motricité humaine a considérablement facilité l’approvisionnement en eau des habitants.
« Avant, pour avoir de l’eau, nous allions au “chantier” ou à Camaradougou. C’est loin. Certains jours, quand les populations de là-bas nous voyaient venir, elles coupaient l’eau », raconte Rachel Gonkanou.
Cette situation, autrefois source de fatigue et de tensions, témoigne des difficultés auxquelles étaient confrontées les femmes dans leur recherche quotidienne d’eau.
À Souleymanekaha, la fin des longues heures d’attente
À Souleymanekaha, village situé sur l’axe Katiola-Dabakala, les femmes mesurent également l’importance des changements intervenus grâce à l’installation d’un forage équipé de pompes à motricité solaire.
La présidente des femmes, Korotoum Coulibaly, se souvient des longues nuits passées à attendre de pouvoir remplir les récipients.
« Nous pouvions rester à la pompe de 20 heures à 4 heures du matin sans avoir de l’eau. Et lorsqu’il faisait trop froid, nous allumions un feu pour nous réchauffer à la pompe. Même quand les femmes travaillaient dans les champs, elles redoutaient la corvée de l’eau », témoigne-t-elle.
Avant l’installation de ces équipements, il fallait parfois au moins 30 minutes pour remplir une cuvette. Aujourd’hui, la disponibilité de l’eau facilite les tâches domestiques et permet aux femmes de se consacrer plus sereinement à leurs activités agricoles.
Au-delà du confort, cette amélioration contribue à renforcer la qualité de vie des populations et à réduire la pénibilité des tâches quotidiennes.
À Pauly Brousse, l’eau soutient les activités génératrices de revenus
À Pauly Brousse, dans la région de Sassandra, l’accès à l’eau potable a également des retombées économiques concrètes.
Productrice d’attiéké, Agnès Nado se réjouit des changements apportés par la remise en service de la pompe du village.
« Avant, je me levais à 4 heures du matin pour aller puiser de l’eau. Je devais aller de l’autre côté du village pour avoir de l’eau. Maintenant, la réparation de la pompe me facilite mon travail », explique-t-elle.
Grâce à cette disponibilité, elle affirme obtenir un attiéké de meilleure qualité et écouler plus rapidement sa production.
« Je vends mon attiéké en ville. Et les grossistes viennent aussi en acheter », souligne-t-elle avec fierté.
Les revenus tirés de cette activité lui permettent de contribuer aux dépenses du ménage, notamment à la scolarité de ses enfants. L’accès à l’eau apparaît ainsi comme un facteur favorable à l’autonomisation économique des femmes et au renforcement de leur contribution aux charges familiales.
À Gbonguiné 1, le commerce se développe grâce à l’eau
Dans la région de Man, à Gbonguiné 1, l’accès à l’eau potable a également modifié le quotidien des habitants. La disponibilité de l’eau dans les ménages permet aux femmes de mieux organiser leurs journées et de développer des activités commerciales.
« Après nos activités, nous rentrons chez nous sans stress car, à n’importe quelle heure du jour, nous savons que nous allons avoir de l’eau », se réjouit Yvonne Glou Zra, présidente des femmes du village.
Depuis que l’eau coule dans les robinets, plusieurs femmes se sont investies dans différents commerces. Une évolution qui illustre le lien entre l’accès aux services essentiels et les possibilités d’amélioration des revenus des ménages.
Plus de 21 000 pompes réhabilitées en milieu rural
Pour renforcer l’accès à l’eau potable dans les zones rurales, des investissements ont été réalisés à travers le pays. Selon les données présentées dans le bilan du programme, plus de 21 000 pompes à motricité humaine (PMH) ont été réhabilitées sur l’ensemble du territoire, pour un montant de 17,7 milliards de FCFA.
Des forages et des systèmes alimentés à l’énergie solaire ont également été réalisés, notamment dans les zones de production de café-cacao et de coton-anacarde.
Par ailleurs, plus de 300 localités ont bénéficié de systèmes d’hydraulique villageoise améliorée (HVA) et de pompes à motricité humaine, grâce à des financements conjoints de l’État, de la Banque islamique de développement (BID), de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et d’autres partenaires techniques.
Ces interventions visent à rapprocher les points d’eau des populations, à améliorer la continuité de l’approvisionnement et à réduire les difficultés rencontrées dans les localités rurales.
Cap sur l’accès universel à l’eau potable à l’horizon 2030
Les investissements engagés doivent se poursuivre afin de répondre aux besoins des populations, aussi bien dans les villes que dans les villages. L’objectif annoncé est de parvenir à un accès universel à l’eau potable à l’horizon 2030.
À travers les témoignages recueillis dans différentes régions, une réalité se dessine : disposer d’eau potable à proximité du domicile ne répond pas seulement à un besoin fondamental. Cela permet aussi de gagner du temps, de préserver les forces physiques, de développer des activités économiques et de contribuer à l’éducation des enfants.
À l’occasion de la Journée internationale des femmes rurales, célébrée le 15 octobre, ces avancées rappellent que l’accès à l’eau potable constitue un enjeu majeur pour l’amélioration des conditions de vie et l’autonomisation des femmes.
En milieu rural, chaque pompe fonctionnelle, chaque forage opérationnel et chaque robinet alimenté représente ainsi une possibilité supplémentaire pour les femmes de consacrer davantage de temps à leurs projets, à leurs revenus et à leur famille.
S.T.
Infos :CICG





