A Abidjan, le chantier des échangeurs sur le boulevard Coffi Gadeau (ex-Mitterrand), au niveau de l’École de Police, frôle les 92 % d’exécution. Plus loin, vers le secteur de 9-kilos, les travaux de bitumage se poursuivent. Si les contraintes techniques et les embouteillages monstres éprouvent la patience des usagers, l'achèvement progressif de cette infrastructure promet de redessiner positivement la mobilité urbaine.
Sur le boulevard Coffi Gadeau, le ballet des engins et le vrombissement des machines rappellent chaque jour aux usagers que la transformation a un prix. Entre la poussière qui envahit les étals des commerçantes, les réajustements d’horaires des transporteurs et les interminables files de véhicules, la patience des riverains et des automobilistes est mise à rude épreuve. Pourtant, au bout du tunnel, l’optimisme reste de mise.
Ecole de Police : le bitume a été placé
Pour comprendre l'ampleur du projet, il faut plonger dans la technique. Les études géotechniques préalables ont confirmé la nécessité absolue d'un franchissement pour résorber la saturation de ce carrefour délicat.
Au cœur du dispositif, au niveau de l'École de Police, nous faisons la rencontre de M. Bakayoko Ismaël qui accepte de répondre à nos questions. Il nous fait savoir que les ouvriers sont en ouvrage en haut. De ce fait, la voie est assez dégagée pour les véhicules et les piétons. « Ces travaux ont commencé depuis deux ans où la première pierre a été posée par l’ancien Premier ministre Patrick Achi, à la Riviera 3, 9-kilos. Le temps de faire les installations du chantier, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup de difficultés. Mais on peut dire aujourd’hui que nous avons atteint notre objectif, le bitume a été placé », relate-t-il.
Après notre entrevue, le chef d’équipe décide de nous guider vers un ingénieur qui, selon lui, pourra nous donner de plus amples informations. Cet ingénieur, qui préfère rester dans l’anonymat, nous détaille la méthodologie de cet ouvrage. Les travaux ont été faits en trois phases, les VRD (voiries et réseaux divers), l’appui et fondation ainsi que la superstructure.
Il nous explique certains détails. « Nous avons réalisé les pieux, puis les semelles avant de voir s'élever les piles. Le tablier, quant à lui, combine béton armé et structure mixte avec des caissons métalliques, sur lesquels reposent des dalles préfabriquées soigneusement jointoyées et coulées. L'ensemble a ensuite reçu une couche d'étanchéité, un enrobé de roulement et des barrières de sécurité pour protéger les usagers. Des travaux d’envergure, menés malgré des embûches notables. Nous pouvons affirmer que nous sommes avancés à 92 %. Nous espérons que, d’ici la fin de ce mois, nous aurons bouclé ce chantier ».
A 9-kilos, les travaux se poursuivent
Les principales difficultés rencontrées, précise l’ingénieur, ont été les aléas climatiques, notamment la saison des pluies qui a fortement compliqué la réalisation des voiries, sans oublier la gestion permanente du trafic urbain et les nuisances sonores pour le voisinage, qui ont parfois obligé à aménager les horaires de chantier.
Au niveau de l’Ecole de police, le bitume a été posé.
Lorsque nous poussons un peu plus loin vers la zone de Riviera 3, 9-kilos, la configuration change : le bitume n’est pas encore partout une réalité. Si certaines portions commencent à prendre forme, les travaux se poursuivent activement, dans d’autres secteurs. Des ouvriers en gilets orange sont sur le chantier, en pleins travaux. Sur le tablier du pont, d’autres ouvriers, en casques blancs et gilets orange, s'affairent en équipes, penchés sur les détails de la structure métallique et des bordures. En dessous, le mur de soutènement, habillé de géotextile noir, et les massifs piliers en béton armé soutiennent l'édifice. A droite, la circulation continue de s'écouler, sous l'œil vigilant des équipes de chantier.
Les embouteillages ont explosé
Mais pendant que le génie civil progresse à son rythme selon les zones, c'est la dure réalité du bitume que vivent les usagers au quotidien. Pour Didi Ange Samuel, chauffeur de gbaka, l'impact sur l'activité est direct : « Avant, on chargeait dès 8 h pour Yopougon. Maintenant, c’est à partir de midi, le temps que les passagers s'habituent aux nouveaux emplacements, comme celui déplacé devant le bâtiment CDCI. Les embouteillages ont explosé. À partir de 17 h, certains conducteurs refusent de charger à cause de la distance et des bouchons. On faisait plus de cinq allers-retours, aujourd'hui on dépasse rarement deux tours, mais on s'arrange pour faire au moins les deux tours », nous confie-t-il.
Nous apercevons une étudiante assise sur le banc d’une vendeuse. Nous l'approchons pour avoir son avis sur le sujet. Étudiante à l’Institut universitaire d’Abidjan (IUA), Kouamé Jessica, inscrite en licence 2 de sciences éco, attend depuis plus d’une heure que le véhicule démarre, afin de rentrer à la maison. « J’ai fini les cours à 14 h et je suis arrivée ici à 15 h. Il est maintenant 16 h 30 et le véhicule n’a pas encore bougé. Nous devons tous attendre qu’il soit chargé avant de partir. A quelle heure vais-je arriver à Koumassi avec ces embouteillages, sachant que j’ai cours tôt demain ? », laisse-t-elle tomber toute pensive.
Composer avec les désagréments du chantier
Même son de cloche du côté des riverains et des usagers. M. Dominique Yao, informaticien, résume le sentiment général : « Cela a complètement bouleversé la fluidité. Pour le moment, ça crée énormément d'embouteillages et c'est difficile au quotidien. C'est désagréable, mais on essaie de faire avec en attendant la fin ».
Sur les bas-côtés, le long de la voie, les commerçantes et tenanciers de stands doivent composer avec les désagréments du chantier. Au stand de Reine Dèguè, la protection de la marchandise contre la poussière est devenue un réflexe quotidien. D’autres ont dû plier bagage ou se reloger en catastrophe, à l'image de cette vendeuse réfugiée devant un supermarché voisin : « Nous avons dû reculer nos marchandises à cause des travaux. Ça change tout, mais nous avons l'espoir que ce soit pour notre bien-être. Avant, les embouteillages ici étaient invivables, donc on espère que le résultat final en vaudra la peine », résume-t-elle.
Marem Konan





