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Diaspora .Dr John Tra, le trait d’union médical entre les États-Unis et la Côte d’Ivoire

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Dr John Tra

Le Dr John Tra a, à son actif, un parcours qui l’a conduit, il y a 36 ans, de la faculté de médecine d’Abidjan aux grands laboratoires et universités des États-Unis, de l’Université du Michigan à la prestigieuse Johns Hopkins, en passant par le Département de la Défense américain. Aujourd’hui, il tourne son regard et son expertise vers la Côte d’Ivoire, avec l’ambition d’améliorer l’offre de soins, d’implanter de nouvelles structures sanitaires à Abidjan et de démocratiser l’excellence médicale.

Fils de la Marahoué et originaire de Bouaflé, le Dr John Tra n’a, dans son cœur, jamais vraiment quitté la Côte d’Ivoire. Son parcours se situe à la croisée de la biochimie, de la science des données et de la recherche clinique de pointe.

De la faculté de médecine d’Abidjan aux États-Unis

Formé initialement à la faculté de médecine d’Abidjan, le Dr John Tra s’envole, en septembre 1990, pour les États-Unis, où il se perfectionne dans différents domaines scientifiques.

À l’Université du Missouri, à Columbia, il étudie les effets des pesticides dans la genèse du cancer. Il poursuit ensuite son parcours à l’Université du Michigan, à Ann Arbor, où il se spécialise dans la recherche de marqueurs biologiques à travers l’étude des protéines et des gènes.

Titulaire d’un PhD en biochimie, le Dr John Tra poursuit ses travaux de recherche clinique à l’Université Johns Hopkins, à Baltimore, au sein du département de cardiologie. Il y travaille notamment sur l’hypertension pulmonaire, les maladies rénales chroniques et les maladies cardiovasculaires. Il développe également des techniques sérologiques permettant de détecter certaines lésions musculaires à partir d’une petite goutte de sang.

Son expertise le conduit ensuite à collaborer avec le Département de la Défense américain (DoD), notamment à Walter Reed et à l’Université des sciences de la santé des services en uniforme (USUHS). Il participe à l’évaluation de l’aptitude au combat des Marines et travaille, au sein de l’Agence de santé de la défense, sur les traumatismes crâniens.

L’ambition d’une transformation profonde du système de soins ivoirien

Fort de ces compétences scientifiques acquises au fil des années, le Dr John Tra ne perd pas de vue son objectif : mettre son expertise au service de son pays.

S’il refuse de copier aveuglément le modèle américain, notamment en raison de ses coûts prohibitifs, il estime que la Côte d’Ivoire a besoin d’une transformation profonde de son système de soins.

À travers les projets qu’il mène avec Africa Investment Initiative Inc., son ambition pour Abidjan est d’implanter des cliniques modernes dotées de plateaux techniques de pointe. Le Dr John Tra souhaite notamment y introduire certaines méthodes qui ont contribué à la réputation de l’hôpital Johns Hopkins.

D’abord, la culture du protocole et de la qualité, où chaque geste est tracé, évalué et amélioré. Le patient est placé au centre de l’expérience médicale et l’ensemble du système est mobilisé autour de sa prise en charge.

Ensuite, la place accordée aux données. Pour le chercheur, un dossier médical numérique correctement renseigné peut contribuer à sauver des vies.

Gélules de neem produites par le Dr Tra.

Enfin, il insiste sur la nécessité de renforcer le lien entre recherche médicale, formation et soins.

Pour le Dr John Tra, investir dans la santé constitue une urgence absolue, car « la base du développement, c’est une population en bonne santé ».

Il souhaite contribuer à atteindre trois objectifs : proposer une nouvelle approche de la prise en charge des patients dans les centres de santé ; développer la production locale de médicaments ; et mettre au point des méthodes permettant une détection précoce des cancers.

« L’objectif est que l’Ivoirien n’ait plus besoin de prendre l’avion pour être bien soigné, parce qu’il reçoit des soins appropriés dans son pays. Il va sans dire qu’un cancer détecté tôt est un cancer que l’on peut guérir », souligne-t-il.

« Nous pouvons produire localement nos médicaments et fabriquer des génériques »

Le chercheur estime également que la Côte d’Ivoire dispose d’un potentiel important en matière de production pharmaceutique locale.

« Nous avons beaucoup de plantes médicinales en Côte d’Ivoire qui ont les mêmes vertus que les comprimés que nous importons d’ailleurs. Nous pouvons produire localement nos médicaments et fabriquer des médicaments génériques, notamment des analgésiques et des antibiotiques. C’est une question de sécurité nationale », affirme-t-il.

Selon lui, un centre de santé dépourvu de personnel suffisamment formé ne peut garantir une prise en charge de qualité. « Un centre de santé sans personnel formé, c’est un bâtiment ou un lieu dangereux à éviter », estime-t-il.

Dans cette perspective, il s’associe à des partenaires académiques, notamment le Pr Konan Emmanuel, chirurgien maxillo-facial et chef de département à l’École de santé de l’Université de San Pedro, ainsi que le Pr Claude N’Dindin, afin de favoriser un partage d’expériences entre les États-Unis et la Côte d’Ivoire.

« La mise en œuvre complète prendra certes du temps, mais le contact étant déjà établi, nous avons bon espoir d’y parvenir. Nous prévoyons des programmes de formation, des échanges avec des institutions américaines, notamment l’hôpital Johns Hopkins, ainsi qu’un volet consacré à la recherche », explique-t-il.

Une expertise médicale doublée d’un engagement social

À côté de ses ambitions dans le domaine médical, le Dr John Tra n’oublie pas le volet social.

À travers son ONG Kweni, créée en 2011, il mène des activités communautaires principalement dans les régions de la Marahoué, du Haut-Sassandra et du Gôh.

L’ONG Kweni forme notamment des jeunes filles à la couture et gère un village agropastoral. Elle propose également des formations au jeu d’échecs à la jeunesse ivoirienne.

En partenariat avec l’ONG Enfance Joyeuse du Pr Konan Emmanuel, Kweni participe par ailleurs à des opérations de chirurgie réparatrice destinées aux enfants atteints de fentes labio-palatines, communément appelées « bec-de-lièvre ».

À travers ce parcours, le Dr John Tra entend ainsi faire le lien entre son expérience acquise aux États-Unis et les besoins du système de santé ivoirien. Une passerelle qu’il souhaite construire autour de trois piliers : la formation, la recherche et l’amélioration de l’offre de soins.

Marem Konan



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