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L’enquête du jeudi. Abobo : ordures, commerces sur la chaussée et embouteillages… le rond-point de la gendarmerie étouffe

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À Abobo, précisément au rond-point de la gendarmerie et aux alentours du marché, en plein cœur de la commune, l’insalubrité et le désordre urbain sont visibles. Commerçants et véhicules de transport en commun se disputent la chaussée, tandis que les ordures jonchent les caniveaux et certains carrefours.

Nous sommes à Abobo, précisément au rond-point de la gendarmerie, ce vendredi 18 septembre 2026. L’endroit est animé comme à son habitude. Le bruit des véhicules, associé aux appels incessants des apprentis chauffeurs et des commerçants ambulants, crée un véritable vacarme auquel seuls les habitués semblent ne plus prêter attention.

Un véritable marché en pleine chaussée

Des fruits, des légumes, mais aussi du poisson, des vêtements et divers autres articles sont exposés sur une partie de la chaussée, le long de la voie. Du carrefour de la mairie à celui de la gendarmerie, c’est la même scène qui s’offre aux passants : un véritable marché installé en pleine chaussée.

À l’aide de mégaphones, chacun tente de vanter la qualité de ses produits. Les véhicules ont souvent du mal à circuler ou à stationner.

« Quand un véhicule vient, on se retire. On le laisse garer », confie une vendeuse. « On n’a pas le choix. On est obligés de nous débrouiller ainsi », poursuit-elle, justifiant cette situation par le manque de moyens financiers pour louer une place dans les marchés.

Autre fait qui attire l’attention : les vendeurs ambulants qui utilisent des brouettes pour exposer leurs marchandises. Certains n’hésitent pas à s’installer en pleine chaussée. Nous avons également vu de jeunes vendeuses assises au milieu des véhicules avec leurs marchandises, sans sembler mesurer le danger auquel elles s’exposent.

Cette situation intervient alors que les travaux du grand marché de la commune sont à l’arrêt.

Le chantier du grand marché à l’arrêt

L’ancien grand marché de la commune, victime de plusieurs incendies, a finalement été démoli le 20 juin 2024 en vue de sa reconstruction. Les commerçants qui occupaient le site ont été déguerpis.

Les autorités municipales leur ont proposé des sites de recasement dans les marchés d’Abobo Sagbé, d’Abobo Belleville et d’Abobo Baoulé. Mais tous les commerçants ne s’y sont pas installés. Nombre d’entre eux se retrouvent autour du marché en construction, voire dans les rues.

« Je n’ai pas trouvé de place sur les sites de recasement. C’est pourquoi je suis revenue m’installer ici », explique Salimata D.

Comme elle, certaines vendeuses interrogées déplorent l’éloignement des sites qui leur ont été proposés par la mairie. Elles craignent de perdre leur clientèle en s’installant loin de leurs anciens points de vente.


Des vendeuses entre les véhicules en pleine chaussée

Dans ce contexte, les travaux de construction du nouveau marché, qui avaient débuté, sont à l’arrêt depuis près de deux ans. Selon certains observateurs, cette situation contribue, en partie, au désordre constaté en bordure des rues, autour du marché et au rond-point de la gendarmerie, avec des embouteillages fréquents.

Des embouteillages quasi permanents

À l’approche du carrefour, en provenance d’Anyama, le véhicule que nous avons emprunté commence à ralentir. Ce ralentissement n’est pas uniquement dû aux travaux liés à la construction de l’échangeur du rond-point.

Nous faisons également face à un bouchon créé par les véhicules de transport en commun. Chaque minicar, communément appelé « gbaka », tente de se frayer un chemin avant les autres afin de prendre des clients à ses concurrents.

C’est une véritable course pour réaliser la recette journalière imposée par le propriétaire du véhicule. Dans cette course effrénée, le Code de la route est parfois mis à rude épreuve.

Les conducteurs ont souvent le regard tourné vers les potentiels clients en bordure de route, au lieu de se concentrer sur la circulation. À cela s’ajoutent les mauvais stationnements. Une partie de la chaussée est régulièrement occupée par ces véhicules.

Résultat : des embouteillages quasi permanents sont constatés à ce carrefour. À ce phénomène s’ajoute l’obstruction des caniveaux.

Des caniveaux jonchés d’ordures

« Les services de ramassage des ordures passent souvent les ramasser », reconnaît un vendeur. Mais cela ne semble pas suffire à maintenir la propreté dans cette zone où commerces installés sur la chaussée, circulation difficile et déchets cohabitent au quotidien.

Les ordures sont jetées à plusieurs endroits. Les caniveaux semblent notamment servir de lieux de dépôt pour certains riverains, commerçants, restauratrices et passants.

Certains sont ainsi obstrués par des déchets de toutes sortes, le long de la voie qui mène vers le marché en construction. Dans le sens opposé, à quelques mètres des rails, un tas d’ordures occupe une partie de la voie.

Les eaux usées ont également quitté leur lit pour se retrouver sur le bitume, les voies d’évacuation étant bouchées.

Dans ce contexte, les agents de la Police nationale et les agents municipaux tentent tant bien que mal de contribuer au maintien de l’ordre et à la régulation de la circulation.

Police nationale et agents municipaux à pied d’œuvre

Les policiers chargés de réguler la circulation sont présents au carrefour de la gendarmerie.

« Les policiers sont là », avait lancé l’apprenti chauffeur du véhicule que nous avions emprunté à l’une des passagères. Cette dernière insistait pour que le véhicule s’arrête à l’endroit qu’elle avait indiqué, alors même que cet arrêt était interdit.

La présence des policiers oblige parfois les conducteurs à respecter davantage les règles de circulation et contribue à fluidifier le trafic.


Fruits et légumes sont vendus sur le bitume au milieu de la voie

Entre les agents de la police municipale et certains commerçants, le rapport de force prend parfois la forme d’un jeu de cache-cache. C’est la débandade lorsque les commerçants aperçoivent les agents municipaux arriver. Ces derniers procèdent alors à des saisies de marchandises.

Mais une fois les agents partis, certains commerçants réinvestissent progressivement la chaussée.

C’est notamment le cas dans certaines rues adjacentes, où des vendeuses de fruits, de légumes et de tubercules se sont installées. Elles reviennent progressivement, quelques semaines seulement après les opérations de déguerpissement.

Les agents de la Police nationale et les agents municipaux sont ainsi contraints de multiplier les interventions pour maintenir l’ordre dans cette zone particulièrement animée de la commune d’Abobo.

Entre commerce informel, circulation difficile, déchets et chantier à l’arrêt, le rond-point de la gendarmerie reste confronté à un véritable défi de gestion de l’espace urbain.

Diomandé Karamoko



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