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Culture

Nai Olivier dit Naissou : du Ki Yi Mbock aux sommets de la danse africaine à Baltimore

Publié le :

Lucarne sur la diaspora .

Nous vous proposons des portraits d’Ivoiriens de la diaspora qui s'illustrent aux quatre coins du monde, dans divers domaines d'activités.

Né le 28 septembre 1971 à Abidjan-Cocody, Naï Olivier, affectueusement appelé Naïssou, a promené son art aux quatre coins du monde avant de poser ses valises aux États-Unis. Ancien pur produit du mythique Village Ki Yi Mbock et des années fastes de Variétoscope, il est aujourd’hui à la tête d’une école de danse florissante à Baltimore, dénommée Ecole Nazudance Studio. Il fait rayonner la culture ivoirienne de l'autre côté de l'Atlantique.

Entre thérapie par le mouvement, amour des percussions et ponts culturels entre Abidjan et les USA, Olivier Naï nous relate son parcours.

Formé à affronter le monde artistique

L’histoire artistique de Naïssou plonge ses racines dans les années 1990, dans les compétitions de danse télévisées de Variétoscope, avant de trouver son véritable sanctuaire au sein du Ki Yi Mbock. Douze années d’un apprentissage intensif et pluridisciplinaire, au sein de ce village-école de formation artistique, sous la férule de figures emblématiques comme Werewere-Liking (que les pensionnaires appellent affectueusement Mamou) et Bomou Mamadou, aux côtés de complices tels que Céline Diop, Dobet Gnahoré ou Zadito Jonas.

Danseur, percussionniste, chanteur et comédien musical, Naïssou garde des souvenirs impérissables de cette époque. « Être formé en tant qu’artiste te donne la possibilité de parler de la danse, de passer ce message-là un peu partout. Nous étions des danseurs mais nous étions formés à affronter le monde artistique, à parler de notre art, à défendre notre culture. La formation te rend complet dans tout ».

Le grand virage américain

De cette décennie au Village Ki Yi, l’artiste retient des tournées mémorables à travers l’Afrique francophone et la France, portant haut les couleurs de la culture africaine.

Le grand virage américain s’amorce à la suite d’une rencontre décisive en 1993, lorsque Ralph Lemon, un chorégraphe américain en quête de talents à travers plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, jette son dévolu sur Naï et quelques-uns de ses pairs à Abidjan. S'ensuivent une création artistique d’envergure et des allers-retours entre la Côte d’Ivoire et les États-Unis.

Invité par une école au Texas pour enseigner la danse et partager sa passion au sein du département des arts, Naïssou finit par s'implanter à Baltimore, une ville au fort ancrage afro-américain, pour y fonder sa base.

L’école de danse s’y est installée naturellement, séduisant rapidement un public conquis : « Le public américain aime l’art africain, en particulier l’art ivoirien, surtout les tambours. Beaucoup de personnes se sont inscrites, et il y avait plus de 35 à 45 danseurs, que des Américains et Américaines, à qui je donnais des cours ».

A l’investiture de Barack Obama

Au-delà de la scène et du spectacle, Naïssou attribue à la danse une dimension profondément thérapeutique et sociale. Une mission qu’il a portée bien au-delà des frontières africaines : « Nous guérissons la communauté par la danse. Nous avons reçu des dames dépressives et maladives. Elles ont repris goût à la vie par la danse. Avec ces dames, nous sommes partis partout au Canada, en France ». Sa consécration internationale l'a même conduit, avec sa troupe, à se produire à l’occasion de la seconde investiture de Barack Obama, aux États-Unis.

Voyages culturels d'immersion en Côte d'Ivoire

Aujourd’hui, s’il jongle avec rigueur entre les exigences de la vie active américaine et sa passion inaltérable pour l’art, Olivier Naï observe un public en quête de sens et de racines. Pour répondre à cet engouement et retisser le lien originel, Naïssou a même initié des voyages culturels et mis sur pied un festival ivoiro-américain, permettant à ses élèves américains de passer plusieurs semaines en immersion en Côte d’Ivoire. Étant à sa 9e édition, ce festival a ouvert ses premières portes en 2008, au Palais de la Culture de Treichville, également au Centre culturel Jean-Baptiste Mockey de Grand-Bassam, regroupant plus d’une centaine de personnes.

Un rêve : donner des formations aux jeunes Ivoiriens

Gardant toujours un œil attentif sur la scène artistique traditionnelle et contemporaine de son pays natal, Naissou nourrit un rêve profond : « Mon rêve est de partir en Côte d’Ivoire et donner des formations aux jeunes, car il y a de la place pour eux. La facilité n’est pas permise, seul le travail est permis et il n’y a pas d’excuses ».

Entre transmission, fierté identitaire et amour indéfectible pour le tambour ivoirien, Naïssou incarne à merveille ces ambassadeurs culturels qui, loin de leur terre, continuent de faire battre le cœur de l'Afrique.

Marem Konan


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