On promet de mettre fin à l’orpaillage clandestin en six mois. Mais que vaut cette promesse si l’orpaillage « légal » continue, lui aussi, de ravager les terres et de polluer les eaux ?
Il y a eu un séminaire gouvernemental il y a quelques jours, aux termes duquel les préfets et tous les autres participants ont juré de mettre fin à l’orpaillage clandestin ou illégal dans six mois.
Légal ne veut pas dire sans danger
Si vous avez remarqué, nous sommes en train de jouer sur les mots. On parle d’orpaillage clandestin ou illégal. Ce qui veut dire que l’orpaillage légal sera autorisé.
La question pour moi est de savoir si l’orpaillage dit légal respecte toutes les normes de sécurité. Et la réponse est NON.
Tous les spécialistes en matière de protection de l’environnement vous diront qu’ils utilisent TOUS du cyanure et du mercure, sans mesure. Et ces produits polluent dangereusement nos eaux.
Et puis tout le monde voit bien les destructions de nos terres qui ne sont plus cultivables. Par l’orpaillage dit légal.nÀ quoi voulons-nous jouer ?
Qui distribuait les permis ?
J’ai été amusé de voir certains ministres sillonner aujourd’hui le pays pour dire : « Stop à l’orpaillage ! »Tiens donc !
Qui distribuait les permis de recherche et d’exploitation à tour de bras ? On ne voyait pas les conséquences sur l’environnement ?
On dit que les préfets sont désormais responsables du respect des consignes de lutte contre l’orpaillage dans leurs régions !
Tiens donc ! Ils ne l’étaient pas avant ?
Ils ne voyaient pas les terres dévastées, les eaux polluées dans leurs régions ?
À qui veut-on faire croire que certains de nos préfets, sous-préfets, policiers, gendarmes et personnalités politiques n’étaient pas des complices des orpailleurs, quand ce n’était pas eux-mêmes les chefs des orpailleurs ?
On veut nous faire croire que par la vertu d’un séminaire, ils seraient tous devenus des anges ? Continuons le jeu des hypocrites.
La nature finira par présenter la facture
Nous paierons tout cela très cher un jour. Cela fait des années que nous payons des agents chargés de protéger nos eaux et forêts, de développer la reforestation de notre pays.
Dans quel état sont nos eaux et forêts aujourd’hui ? Et pourquoi donc ne leur demandons-nous pas des comptes ?Continuons.
Parce que nous ne les voyons pas assis aux carrefours en train de racketter les pauvres paysans qui ont eu le malheur d’avoir attrapé un agouti dans leurs champs ?
La nature est actuellement en train de préparer la facture qu’elle nous présentera. Continuons de nous bercer d’illusions.
Un jour, qui n’est pas très lointain, nous aurons à présenter le bilan.
Un bilan impressionnant, mais à quel prix ?
Bien sûr, nous aurons beaucoup de choses à notre actif à présenter : toutes les infrastructures, les routes, les échangeurs, les écoles, les universités, les hôpitaux, le métro, la plus haute tour d’Afrique, etc.
Oui, le bilan est impressionnant. Je ne parle même pas des chiffres macro-économiques, des entreprises créées, de la respectabilité retrouvée.
Mais que répondrons-nous lorsque l’on nous fera remarquer qu’à côté de tout cela, nous n’avons plus d’eau potable à boire, parce que tous nos cours d’eau sont empoisonnés ?
Que répondrons-nous lorsque l’on nous fera remarquer que nous n’avons plus de poissons à pêcher, plus d’eau où se baigner, où faire paître les animaux, plus de terres à cultiver ?
Que répondrons-nous lorsque l’on nous demandera pourquoi tout cela ? Nous dirons que c’était pour l’or. Et où est parti cet or ?
Et tout cet or, où est-il passé ?
Pourquoi n’a-t-il pas servi à réparer les routes entre Kotobi et Daoukro, Daoukro et Ananda, Daoukro et Ettrokro, Ananda et M’bahiakro ? Je parle des routes de ma région.
Oserons-nous dire que c’est parce que tout cet or est parti dans les pays voisins et dans ceux du Moyen et Extrême-Orient ?
Oserons-nous leur dire que nous avons laissé des gens qui n’étaient pas de chez nous venir détruire nos eaux, nos sols, nos villages, pervertir nos enfants, et s’en aller, comme ça, avec notre or ? Sans réagir ?
Huit cents permis, mais combien de contrôles ?
Savez-vous quelle quantité d’or est officiellement déclarée par les mines dites légales ? Vous pleurerez lorsque vous le saurez.
Officiellement, ce sont quelque huit cents permis de recherche et d’exploitation qui ont été délivrés. Cela a été dit sur les plateaux de télévision par des voix autorisées.
Mais y a-t-il huit cents personnes réellement intègres pour contrôler ce qui sort effectivement de terre ?
Bien sûr que non. Alors chacun déclare ce qu’il veut. Ou ne déclare rien du tout, même.
Qui va l’obliger à le faire ? Ne nous berçons plus d’illusions
Ne nous berçons plus d’illusions.
Les questions, les Ivoiriens se les posent déjà. Et ceux qui veulent les entendre les entendent.
Alors, si nous ne voulons pas remercier le président Alassane Ouattara qui a tant fait pour remettre ce pays sur pied, avec cette grande tache sur son bilan, arrêtons de chipoter et luttons sans état d’âme contre tous les orpaillages, légaux ou pas, dès lors qu’ils détruisent l’environnement. La situation est grave, mais pas désespérée
La situation est grave mais pas désespérée.
Mais il faut absolument que nous arrêtions de continuer de polluer. Légalement ou non.
Venance Konan





