Cette semaine, une mauvaise nouvelle m’a profondément marqué : une camarade, avec qui j’avais encore échangé au téléphone pratiquement la veille, a été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Cet événement m’a conduit à prendre davantage conscience de l’importance du suivi médical et à décider, à mon tour, de faire un petit bilan de santé.
Je me suis donc rendu au Centre hospitalier régional (CHR) de Man. Au nombre des examens prescrits par le médecin, une jeune dame du service de cardiologie, particulièrement accueillante, m’a recommandé notamment une échographie cardiaque.
Mais au moment de me remettre le bulletin d’examen, elle m’a précisé que cet examen n’était pas disponible au CHR de Man. Elle a alors pris soin d'inscrire sur le bulletin un numéro de téléphone à contacter.
J’ai appelé ce numéro. Une voix féminine m’a indiqué l’adresse d’un petit centre médical situé au quartier Saari, à Man.
Je m’y suis rendu aux environs de 12 h 30. À mon arrivée, une dizaine de patients attendaient déjà pour subir le même examen. Le coût annoncé était de 25 000 francs CFA, payable comptant, le centre ne prenant pas en charge les règlements par assurance.
Une situation qui interpelle
Cette expérience m’a naturellement conduit à me poser plusieurs questions.
Comment comprendre qu’un examen de cardiologie puisse être disponible dans un petit centre médical privé à Man, alors qu’il ne l’est pas dans le principal établissement hospitalier public de la région ?
Combien coûte réellement un échographe cardiaque ? Son acquisition et sa maintenance sont-elles à ce point hors de portée des moyens de l'État ivoirien ?
Et surtout, ne pourrait-on pas envisager des solutions alternatives, notamment un partenariat public-privé, permettant à un opérateur privé d’installer et d’exploiter cet équipement au sein même du CHR, sous le contrôle et dans le respect des normes sanitaires en vigueur ?
L’objectif serait simple : permettre aux patients d’accéder à cet examen dans l’enceinte de l’hôpital régional, à un coût raisonnable et dans des conditions clairement encadrées.
Le paradoxe du CHR de Man
Ce qui m’interpelle davantage, c’est le contraste entre l’importance et l’infrastructure imposante du CHR de Man et l’absence de certains équipements permettant de réaliser des examens spécialisés pourtant sollicités par les médecins.
Le patient est donc parfois contraint de quitter l'hôpital public pour se rendre dans une petite structure privée afin d'y réaliser un examen prescrit dans le cadre de sa prise en charge.
Cette situation soulève également une autre question importante : comment s’assurer que les équipements utilisés dans ces structures répondent effectivement aux normes et exigences techniques et sanitaires en vigueur ?
Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause le professionnalisme des structures privées ou de leurs médecins. Au contraire, leur présence permet souvent de répondre à des besoins auxquels le secteur public ne peut pas immédiatement faire face.
Mais pourquoi ne pas mieux organiser la complémentarité entre les deux secteurs ?
Une demande d’explication, pas un procès
Je tiens à le préciser : cette réflexion n’est pas écrite pour accuser l’État, encore moins pour jeter l’opprobre sur la direction ou le personnel du CHR de Man.
Elle vise simplement à poser une question légitime au nom des populations du Tonkpi :
Pourquoi le CHR de Man ne dispose-t-il pas, à ce jour, d’un équipement permettant de réaliser une échographie cardiaque ?
Les populations de Man et de toute la région méritent de comprendre les raisons de cette situation : contraintes budgétaires, absence de personnel qualifié, difficultés de maintenance, choix d’investissement ou autre raison technique ?
Une réponse claire permettrait certainement de mieux comprendre les réalités auxquelles fait face notre système de santé.
Car au-delà de mon expérience personnelle, c’est une question plus large qui se pose : comment rapprocher davantage les équipements et les soins spécialisés des populations, particulièrement dans les régions de l’intérieur du pays ?
C’est dans cet esprit, et uniquement dans cet esprit, que je soumets cette réflexion au débat public.
Michel Sadia





