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Au nord de la Côte d’Ivoire (2/4). Le Parc national de la Comoé

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Photo Parc national de la Comoé.

La Côte d’Ivoire s’est dotée depuis quelques années de l’un des meilleurs réseaux routiers d’Afrique subsaharienne. Notre collaborateur, le journaliste et écrivain Venance Konan, en a profité. Il partage avec nous sa balade dans le nord du pays. Après un crochet à Kafolo, découverte du Parc national de la Comoé.

Pour découvrir le Parc national de la Comoé, il faut faire un crochet à Kafolo, à 61 kilomètres de Kong. Il faut prendre la route de Ferkéssédougou, puis bifurquer à Nassian (un petit village à ne pas confondre avec l’autre Nassian, le chef-lieu de département, qui se trouve dans la région du Bounkani. Alors pour éviter les confusions, les gens de la région parlent de « Petit Nassian »). La route qui y conduit est flambant neuve et devrait à terme continuer jusqu’à Bouna, de l’autre côté du Parc.

Kafolo est un petit et charmant village qui se trouve au bord du fleuve Comoé, à quelques centaines de mètres de la frontière avec le Burkina Faso. Lorsque vous regardez une carte de la Côte d’Ivoire, vous verrez au-dessus du parc national de la Comoé, une sorte de V. Et Kafolo se trouve à la pointe de ce V. Kafolo, c’est surtout la porte d’entrée ouest du Parc national de la Comoé.

L’histoire funeste de Raphaël Matta

Connu pendant longtemps sous le nom de « Réserve de Bouna », le Parc national de la Comoé a été fondé en 1953. D’une superficie de plus de 11 millions de kilomètres carrés, il est l’un des plus anciens parcs naturels du pays et le plus grand d’Afrique de l’ouest. On y trouvait différents types de singes, d’antilopes, des phacochères, des buffles, des hippopotames, des éléphants, des lions, des léopards, etc. Le 16 janvier 1959, Raphaël Matta, un agent contractuel français des eaux et forêts, surveillant de la réserve, fut tué par des chasseurs de l’ethnie Lobi qui vivent aux abords du parc. Selon des témoins, les autorités françaises (la Côte d’Ivoire était encore sous le joug colonial français) commirent un vrai massacre sur les Lobis pour venger ce crime.

Raphaël Matta était connu comme un grand amoureux de la nature et surtout du parc qu’il défendait avec toute son énergie. Un de ses proches, Jacques Guillaume, lui consacra une biographie dans laquelle il était présenté comme un « maître de la brousse ». Le livre intitulé Le Crépuscule des hommes, Matta, le légendaire Kongo Massa fut préfacé par Romain Gary qui écrivit qu’il ne connaissait pas l’existence de Matta lorsqu’il écrivait son célèbre livre Les Racines du ciel, sur le combat d’un homme pour nature sauvage africaine, qui lui valut le prix Goncourt en 1956.


La tombe de Raphaël Matta se trouve au milieu du parc, à un endroit marqué par une grosse roche. À quelques pas de là se trouve un échafaudage de métal sur lequel il s’asseyait pour observer les bêtes qui venaient s’abreuver dans une mare voisine. Raphaël Matta, est devenu en quelque sorte le « génie tutélaire » des agents ivoiriens chargés de la protection du parc, qui vont régulièrement se recueillir sur sa tombe.

Patrimoine mondial de l’Unesco en péril

C’est en 1968 que la « Réserve de Bouna » a pris le nom officiel de « Parc national de la Comoé », inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Dans ces années- là, on comptait plus de 3000 éléphants dans le parc qui recevait plus de 6000 touristes par saison. Puis, à partir de 1999, avec le coup d’État de Robert Guéï, puis, en 2002, la rébellion armée qui coupa le pays en deux pendant huit ans et entraîna une absence de l’État dans la partie septentrionale du pays, le parc fut abandonné par l’administration et les braconniers venus des pays limitrophes s’y installèrent. En 2003, le parc était déclaré « site du patrimoine en péril ».

Hippopotames (photo Parc national de la Comoé).

Les éléphants, animal emblématique de la Côte d’Ivoire, ainsi que les autres grands mammifères du parc furent décimés par les braconniers, et les survivants allèrent se réfugier de l’autre côté de la frontière, au Burkina Faso. Les populations riveraines commencèrent à y abattre des arbres et y faire de l’orpaillage, et le parc fut progressivement déserté par les touristes qui, de toutes les façons, avaient commencé à se faire rares dans le pays. Et pour ne rien arranger, le 10 juin 2020, un attentat terroriste y fut perpétré, faisant une dizaine de morts parmi les soldats ivoiriens. Toute la zone fut classée rouge par les chancelleries occidentales, celles qui fournissaient les touristes convoités, ce qui voulait dire qu’il était fortement déconseillé aux ressortissants des pays occidentaux de se rendre dans cette zone du pays. C’est dans cette période que mourut maître Serge Roux, le célèbre notaire ivoirien grand amoureux de la nature qui possédait l’hôtel « Kafolo Safari Lodge » et organisait des safaris dans le parc. Ce fut la fin d’une époque.

Investissements et renaissance


Le nouveau lodge de Kafolo (photo Venance Konan).

Afin d’éviter que le djihadisme qui sévit dans les pays limitrophes ne contamine la Côte d’Ivoire, les autorités ivoiriennes prirent de vigoureuses mesures, à la fois militaires et sociales, pour endiguer le fléau en empêchant toute infiltration et pour éviter que les populations de la région, surtout les jeunes, ne cèdent à la tentation de rejoindre les rangs des djihadistes. Ainsi fleurirent un peu partout des routes, des écoles, des centres de santé, des retenues d’eau et des activités économiques génératrices de revenus.

Le résultat de tout cela est que, depuis plusieurs années, la quiétude est revenue dans la région et le village de Kafolo s’est agrandi. Il vient même de s’offrir une nouvelle mosquée. Le « Kafolo Safari Lodge » ne fonctionne plus en tant qu’hôtel, mais un nouvel espace de réception, tout aussi confortable, construit par un fils du village, vient d’ouvrir ses portes. La surveillance du parc s’est considérablement renforcée et les animaux ont commencé à revenir. Depuis 2017, le parc été retiré de la liste des patrimoines en péril.


Encadré
Raynald Gilon, le « nouveau Matta »

À l’origine, il était militaire au service de son pays, la Belgique, où il vit le jour en 1947. Et au titre de la coopération de ce pays, il a trainé sa bosse dans plusieurs pays africains, avant de se reconvertir dans la surveillance de concessions de chasse, de parcs nationaux et de réserves naturelles. Il débute cette nouvelle carrière au Tchad, avant de se retrouver à Garoua, au Cameroun. Et c’est là qu’il rencontrera en 1974 feu Ibrahim Koné, qui dirigeait alors la Société ivoirienne d’expansion touristique et hôtelière (SIETHO), avant de devenir plus tard ministre du Tourisme. Ce dernier lui proposa de venir diriger le Comoé Safari Lodge de Kafolo qui était alors en construction. Il était aussi encadreur et conseiller technique auprès du Parc national de la Comoé et assurait des missions d’appui à la brigade des Eaux et forêts de Téhini et Kong et coordonnait les opérations de ratissage anti-braconnage.

Raynald Gilon (photo Venance Konan).

« J’organisais des safaris dans le parc de la Comoé et nous recevions plus de 6000 touristes par saison. C’était vraiment la belle époque. Tous les tour-operators européens nous envoyaient leurs clients. » Il fallait surtout se battre contre les braconniers, et c’est dans ce combat qu’il gagna le surnom de « nouveau Matta » et le respect de toute la population locale. « Je tendais des pièges aux braconniers ; je les coursais dans la brousse et ils savaient qu’ils devaient se tenir très loin de moi. »

Reynald devint aussi célèbre pour son lion dressé– mais castré, ce qui le rendait moins agressif – qu’il promenait comme un animal de compagnie. Lorsque le notaire Serge Roux acheta l’hôtel, Raynald quitta Kafolo pour continuer la lutte anti-braconnage à l’école des Eaux et forêts de Bouaflé. En 2022 maître Roux lui demanda de revenir l’aider à relancer l’hôtel en même temps qu’il travaillait comme consultant pour l’Office ivoirien de parcs et réserves (OIPR). C’est, malheureusement, cette même année que le grand amoureux de la nature qu’était le célèbre notaire décéda.

À presque 80 ans, Raynald Gilon a pris sa retraite, du moins officiellement, mais il n’envisage en aucune manière d’aller terminer sa vie en Europe où vivent ses deux filles, nées en 1970 et 1978. Il dirige à le nouvel hôtel qui vient d’ouvrir à Kafolo, l’ancien étant désormais consacré à autre chose. Raynald Gilon a été décoré de la médaille de chevalier de l’ordre du Mérite ivoirien en 2001.




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