La Société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire (Sodeci), nous a prévenus : elle a de plus en plus de mal à traiter l’eau de nos cours d’eau, à cause de la pollution provoquée par les activités d’orpaillage. Le préfet d’Agbovile a récemment interdit de consommer l’eau de l’Agneby, parce qu’elle est totalement polluée. Nous voyons de plus en plus de localités où l’eau courante se raréfie, où l’on assiste à des coupures d’eau de plus en plus fréquentes. En 2023 la station d’eau potable de la Mé a été construite à des dizaines de milliards de francs pour produire 240000 m3 d’eau par jour pour alimenter plus d’un million de ménages du district d’Abidjan. Elle est à l’arrêt en raison de la pollution des eaux qu’elle doit traiter. Nous voyons tous dans quel état sont nos cours d’eau sur toute l’étendue du territoire. Il n’y a qu’à voir leur couleur pour comprendre qu’ils sont tous pollués. En clair, si nous continuons sur cette voie, bientôt nous n’aurons plus d’eau propre à boire dans ce pays. On a constaté aussi une insécurité alimentaire dans les régions qui s’adonnent à l’orpaillage illégal. La raison est facile à comprendre. Les terres et les eaux sont dévastées, et de toutes les façons il n’y a plus personne pour aller travailler dans les champs. Les poissons que l’on trouve encore dans nos eaux sont contaminés par des produits toxiques. La conséquence est la hausse du coût des denrées alimentaires un peu partout dans le pays.
Que doit-on faire devant un tel tableau ? Au Mali, si j’en crois un communiqué qui m’est parvenu, ils ont interdit l’orpaillage jusqu’au 30 septembre. Le temps de mettre de l’ordre dans le secteur. Que fait-on en Côte d’Ivoire ? Le 13 août dernier, le sous-préfet de Ouellé a publié un avis d’enquête de commodo et incommodo allant jusqu’au 11 septembre pour recueillir les avis des populations au sujet d’une demande d’autorisation d’exploitation d’or, formulée par une société sur une parcelle de 99,50 hectares dans le village de Kodiakro. Des images satellites qui circulent sur les réseaux sociaux montrent les dégâts causés par l’orpaillage dans les localités de Ouellé et de Daoukro. Mais comme nous sommes très intelligents, nous disons qu’il faut continuer de détruire les forêts de Ouellé. J’ai vu une bonne dizaine de demandes d’autorisation d’exploitation dans tout le pays. Applaudissons-nous ! Quel genre de peuple sommes-nous à la fin ? Des personnes qui ne sont pas de chez nous viennent détruire nos terres, polluer nos eaux et piller nos ressources en nous laissant des miettes. Elles le font sans se cacher. Et nous les laissons faire. Nos enfants ne veulent plus aller à l’école à cause de cette activité, nos très jeunes filles se prostituent auprès de ces gens. Notre société se pervertit sous nos yeux, toutes les valeurs sont inversées. Et rien de tout cela ne nous interpelle. Bien sûr que l’autorisation sera donnée à la société qui veut détruire une centaine d’hectares à Kodiakro et ailleurs. Si l’information concernant le Mali est vraie, que feront les orpailleurs de ce pays, à votre avis ? Ils iront bien sûr là où l’orpaillage est encore permis, c’est-à-dire chez les inconscients qui n’ont pas encore compris qu’ils sont en train de détruire leur pays pour des miettes. Ils viendront à Kodiakro. Ils envahiront tout le pays.
Dans tous les pays du monde, tout le monde cherche à s’enrichir. Mais dans les pays responsables, on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis, on ne tue pas la poule aux œufs d’or. On rationalise l’exploitation des ressources qui enrichissent. On ne laisse pas n’importe qui venir faire n’importe quoi. Nous avons détruit toutes nos forêts. Maintenant ce sont nos cours d’eaux et nos terres que nous détruisons. Pour gagner quoi ? Quel genre de peuple sommes-nous devenus ? Qu’avons-nous fait au Créateur pour qu’il nous aveugle à ce point par la recherche de l’argent en vitesse, pour qu’il nous rende si corruptibles par l’argent ? D’où vient cette inconscience collective ? Puisque nous sommes si friands de dictons dans ce pays, permettez-moi de vous en proposer un : lorsque l’on prend la route de « je m’en fous », on se retrouve au village de « si je savais ». Continuons comme cela. Qu’il me soit permis de conclure en citant Sitting Bull, le chef sioux des Etats Unis à qui l’on prête cette phrase : « quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché, alors enfin nous saurons que l’argent ne se mange pas. »
Venance Konan





