De notre envoyé spécial
Kossandji, le 17 août 2026- Un peu plus d’une semaine après les violences qui ont entraîné sept morts et causé d’importants dégâts matériels dans la nuit du 4 au 5 août 2026, certains habitants de Kossandji, localité située à environ 65 km d’Alépé, dans la région de La Mé (Sud-Est), vivent toujours dans la psychose.
« Depuis les violences qui ont fait sept morts, des maisons et des magasins brûlés, nous avons peur d’aller dans nos champs. Nous ne pouvons actuellement récolter ni le cacao ni l’hévéa, qui constituent pourtant nos principales sources de revenus. Avec la rentrée scolaire qui approche à grands pas, il nous sera très difficile de scolariser nos enfants », a confié lundi 17 août 2026 un habitant de Kossandji.
« La rentrée scolaire sera difficile…»
Une dame, la quarantaine révolue, partage la même inquiétude. « J’ai des enfants au primaire et au secondaire. Je n’ai plus de ressources financières. La rentrée scolaire sera difficile si nous ne sommes pas aidés », a-t-elle témoigné.
Comme ces deux habitants, de nombreux autres interrogés ont fait part de leurs préoccupations. Ils redoutent notamment que la persistance de l’insécurité et l’impossibilité d’accéder à leurs plantations ne compromettent leurs revenus et, par conséquent, la scolarisation de leurs enfants.
Sur place, Kossandji peine à retrouver son animation habituelle. Certaines rares boutiques qui ont échappé aux violences ont rouvert, mais elles sont peu fréquentées. Les principales artères du village sont presque désertes.
Une cinquantaine de motos incendiées
Seuls quelques petits groupes de personnes sont visibles par endroits, échangeant à voix basse. Selon des informations recueillies sur place, plusieurs habitants ayant trouvé refuge dans les villages voisins de Mopodji, Yapokoi, Bassazin et Biasson hésitent encore à regagner leurs domiciles.
Les vrombissements des engins à deux ou trois roues, autrefois fréquents dans les rues de Kossandji, se font également rares. Plus d’une cinquantaine de motos auraient été incendiées lors des violences. Sur la voie principale, les carcasses calcinées de certaines d’entre elles sont encore visibles, témoignant de la violence des événements.
Signes des violences, les carcasses de la cinquantaine de motos incendiées sont encore visibles.
Pour rassurer les populations, des éléments de la gendarmerie nationale sont positionnés à l’entrée du village. Des patrouilles dissuasives sont régulièrement organisées, y compris la nuit, selon plusieurs témoignages recueillis sur place.
« Avec leur présence, nous sommes certes rassurés, mais la psychose demeure toujours. La situation que nous avons vécue est très difficile », a déclaré A. Bernadette, une habitante.
Des besoins importants
Depuis la survenue des violences, plusieurs actions de solidarité ont été engagées au profit des sinistrés. Des élus, des cadres, la direction régionale de la Solidarité ainsi que plusieurs autres structures ont apporté des vivres, des non-vivres et des aides financières aux populations touchées.
Le secrétaire général de la chefferie de Kossandji, Séka Assi Félix, a salué ces gestes de compassion et de solidarité. Il a toutefois appelé à renforcer l’aide en faveur des familles sinistrées.
Parmi les principales doléances figurent notamment un appui financier aux victimes et la mise à disposition de kits scolaires afin de permettre aux enfants des familles affectées de reprendre les cours dans de meilleures conditions.
La protection des ancêtres sollicitée pour conjurer le mauvais sort
Dans la matinée du lundi 17 août 2026, la chefferie traditionnelle de Kossandji, village de plus de 12 000 habitants, a organisé une cérémonie traditionnelle autour de la rivière sacrée dénommée « Kossan ». Cette cérémonie, placée sous le signe de la spiritualité traditionnelle, visait notamment à solliciter la protection des forces tutélaires du village dans cette période difficile.
« Nous avons demandé aux génies de notre rivière sacrée de nous aider pendant cette période difficile. D’autres cérémonies suivront pour solliciter le soutien de tous nos ancêtres », a expliqué un membre de la chefferie.
Les violences étaient parties d’un différend opposant deux membres de communautés locales autour d’une parcelle de terrain. Outre les sept décès enregistrés, le nommé Yapi Monnet Sévérin, âgé d’environ 60 ans, demeure porté disparu, selon les informations recueillies sur place. 18 personnes ont été interpellées et placées en détention dans le cadre de la procédure judiciaire engagée après ces violences.
Tanoa Josiane,
Correspondant régional





