Sans que cela ne soit une excuse face à certaines maltraitantes ou délits dont certaines d’entre elles se rendent coupables, il faut noter que les conditions de travail des nounous sont préoccupantes. Selon une publication du 15 juin 2025 du Centre de Recherche et d’Action sur les Droits économiques, sociaux et culturels (CRADESC), la majorité des travailleurs domestiques perçoivent des salaires inférieurs au minimum légal, soit moins de 27 200 francs CFA par mois. Ils ne bénéficient ni de congés payés ni de contrat de travail écrit en bonne et due forme. Ils ne sont pas déclarés à la sécurité sociale. Plus préoccupant encore, 67,5 % des travailleurs domestiques dépassent la limite réglementaire de huit heures de travail par jour.
Un recrutement fortement informel
Le recrutement des nounous se fait encore majoritairement dans l’informel, notamment par l’intermédiaire de membres de la famille, de voisins ou de connaissances. « Quand j’ai besoin d’une nounou, c’est ma sœur que j’informe. C’est grâce à elle que j’ai pu trouver ma deuxième nounou », fait savoir Madeleine D.
Edwige a, elle aussi, recruté sa nounou par l’intermédiaire d’une voisine. « Ma voisine a une nièce qui venait d’arriver du Mali. Elle m’a aussitôt fait savoir que cette dernière était à la recherche d’un travail de nounou », explique-t-elle. Étant dans le besoin, elle n’a pas hésité à la recruter.
Avec la crise dans les pays du Sahel, la Côte d’Ivoire connaît une recrudescence des flux migratoires en provenance du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Parmi ces migrants figurent de jeunes filles à la recherche d’un emploi. Certaines travaillent comme servantes dans des restaurants ou comme nounous dans des familles à Abidjan et dans d’autres grandes villes du pays. Pour les recruter, il suffit parfois de prendre contact avec un membre de leur communauté.
En dehors du recrutement par connaissances, les maisons de placement informelles se multiplient également dans les villes. À Adjamé, nous avons visité l’une de ces structures, installée dans un coin de rue, à quelques encablures de la gare Nord de la Société des transports abidjanais (SOTRA).
Quelques jeunes filles attendent sur un banc. Elles sont en quête d’un emploi. Les gérants ne sont pas loin. « Oui, monsieur, on peut vous aider ? », lance l’un d’eux. Approché pour en savoir davantage sur les conditions de recrutement, il explique que l’employeur doit discuter directement avec les candidates des conditions de travail et du salaire. En cas d’accord, l’employeur repart avec la jeune fille. Le responsable de la structure perçoit ensuite une partie du premier salaire, selon les termes du contrat qui le lie à la domestique.
Sur internet, les annonces d’agences de placement de nounous, de servantes et autres employées de maison foisonnent également. Nous avons contacté plusieurs responsables. Un seul a répondu. Nous nous sommes présenté comme une personne à la recherche d’une nounou pour surveiller deux enfants. Le responsable a d’abord demandé leur âge, expliquant que le salaire dépend notamment du nombre d’enfants à garder.
- « J’ai deux enfants de cinq et deux ans. La plus grande est à la maternelle. Combien dois-je payer comme salaire ? »
Réponse : 60 000 francs CFA par mois.
Lorsque nous avons proposé 35 000 francs CFA, estimant le premier montant trop élevé, notre interlocuteur nous a demandé de rappeler plus tard, le temps de voir avec les candidates laquelle accepterait cette rémunération.
Appel à la vigilance
Employer une nounou revient à confier à une personne extérieure une partie de l’intimité familiale et, surtout, la garde de ses enfants. Une situation qui appelle à la prudence. Selon le responsable de l’agence de placement contactée, certaines candidates ont leurs parents à Abidjan. Nous avons donc demandé une candidate dont les parents résident dans la capitale économique, afin de disposer d’un contact familial en cas de besoin.
À la suite de l’affaire du bébé de neuf mois disparu à Cocody, la Direction générale de la Police nationale (DGPN) a appelé les populations à davantage de vigilance dans le recrutement du personnel de maison. Elle a notamment conseillé de bien identifier les maisons de placement de nounous, de servantes et autres personnels de maison avant tout recrutement. La police recommande également de constituer une fiche de la personne recrutée, avec notamment sa photographie, ses coordonnées téléphoniques et celles d’un parent directement responsable. Il est aussi conseillé aux employeurs d’appeler régulièrement à la maison lorsqu’ils sont absents afin de s’assurer que tout se passe normalement.
Nécessité d’une loi spécifique sur le travail domestique
La question de l’encadrement du travail domestique reste posée. Dans une interview accordée à lebanco.net en octobre 2022, Chantal Ayemou, présidente du Réseau ivoirien pour la défense des droits de l’enfant et de la femme (RIDDEF), avait dénoncé les conditions de travail des employés domestiques, avec leur corollaire d’accusations et d’incarcérations.
« Il y a des dispositions générales en ce qui concerne tous les travailleurs. La loi dit que quand vous êtes en relation de travail avec quelqu’un, le minimum que vous pouvez lui donner, c’est 60 000 francs. Mais on a constaté que le travailleur domestique est un travailleur spécifique. Il loge, mange chez son employeur. À partir du moment où l’employeur lui-même est un travailleur – peut-être que son salaire est de 60 000 francs –, il ne peut donc pas payer son employé à 60 000 francs. Donc, nous disons qu’il faut une loi spécifique au travail domestique qui prenne en compte tout ce que je viens d’énumérer. Une loi spécifique qui va déterminer les conditions d’exercice et d’emploi du personnel de maison », avait-elle souhaité.
Le CRADESC a indiqué dans sa publication que le président Alassane Ouattara a ratifié la Convention N° 189 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) sur les travailleurs domestiques, le 26 février 2025. L’OIT demande à ses membres de prendre des mesures afin d’assurer la promotion et la protection effectives des droits humains de tous les travailleurs domestiques, conformément aux dispositions de cette convention.
Diomandé Karamoko





