Accusations de vol, de maltraitance, d’enlèvement d’enfants… Ce sont des suspicions que suscitent certaines travailleuses domestiques ou nounous. Pourtant, ces employées de maison jouent un rôle essentiel au sein de nombreux ménages, avec des réalités contrastées. Éclairages sur les dérives commises par certaines d’entre elles et sur les conditions de travail difficiles auxquelles la plupart sont confrontées.
En l’absence des parents, les nounous assurent la garde des enfants, le ménage et, parfois, bien d’autres tâches domestiques. Le recours à ces domestiques et aide ménagères est devenu presque une nécessité pour de nombreux couples qui travaillent. Madeleine D. vit à Yopougon avec son mari. Tous deux sont fonctionnaires. Chaque matin, ils quittent leur domicile pour se rendre au travail et ne rentrent que le soir. Pour s’occuper de leurs enfants et assurer les travaux ménagers, ils ont dû recourir aux services d’une domestique. « Maférima est notre quatrième nounou », confie-t-elle.
La première était une cousine éloignée, une adolescente qu’elle avait fait venir du village. Mais la cohabitation s’est rapidement révélée difficile. La jeune fille refusait parfois d’accomplir correctement les tâches qui lui étaient confiées. Elle a finalement été renvoyée au village.
Des profils différents
La deuxième nounou était une femme d’une trentaine d’années. Elle s’occupait des deux enfants, âgés de trois et six ans, avec beaucoup d’attention. Elle les lavait, les habillait et conduisait l’aînée à l’école. Elle assurait également les travaux ménagers. « Elle était très patiente avec les enfants. Tout se passait bien jusqu’à ce qu’elle rejoigne son mari, au bout de deux ans de travail », raconte Madeleine.
La troisième nounou donnait également satisfaction.
« Celle qui est avec moi actuellement ne savait rien faire. J’ai dû lui apprendre tout : comment nettoyer la maison, les toilettes et s’occuper des enfants. Elle vient d’une zone assez reculée du pays », explique Estelle. Avec le temps, la jeune femme s’est adaptée à son nouvel environnement et les choses se sont améliorées.
Mais toutes les expériences ne sont pas aussi positives. « La mienne, que j’avais recrutée l’an dernier, était plutôt violente avec les enfants », témoigne une autre femme.
Certaines nounous sont accusées de négligence, de vol ou de maltraitance. Elles sont également victimes de violences verbales dont dans l’exercice de leur métier. Si les unes sont injustement accusées, d’autres sont effectivement mises en cause dans des faits répréhensibles commis au sein des familles qui les emploient.
Accusations
« De l’argent se perd chaque fois à la maison. Ma patronne pense que c’est moi la voleuse. Pourtant, c’est son fils qui vole l’argent », se défend Djenebou. En plus de s’occuper d’un garçon de cinq ans et d’assurer les travaux ménagers, elle doit vendre du lait pour sa patronne. Le fils de cette dernière, un adolescent de 13 ans, aurait régulièrement puisé dans la caisse. « Mais quand je le dénonce, on ne me croit pas », déplore-t-elle. Elle espère que les parents finiront par découvrir eux-mêmes la vérité.
Mariam raconte une mésaventure similaire. Chaque fois qu’une somme d’argent disparaissait dans la maison, les soupçons se portaient sur elle. Sa patronne conservait son argent dans un coffre placé au fond d’un placard qu’elle prenait soin de fermer à clé. Mais ses enfants, âgés de sept et dix ans, avaient trouvé le moyen d’accéder à l’argent. Munis d’un marteau, ils parvenaient à défoncer le bas du placard et à soustraire des sommes d’argent. Un jour, de retour du travail, leur père les a surpris en train de prendre de l’argent dans le placard.
Les nounous rencontrées dans le cadre de cette enquête affirment toutes être innocentes des faits qui leur sont reprochés. Pourtant les accusations ne sont pas toujours infondées si l’on en croit certains témoignages. Yvonne regrette aujourd’hui d’avoir confié la gestion de son petit commerce de jus de fruits à ses nounous pendant un voyage de deux semaines. Elle affirme avoir retrouvé à son retour, son fonds de commerce dilapidé et la maison dans un état de désordre. « Mes enfants m’ont expliqué qu’ils ne mangeaient pas à temps. Pire, elles préparaient la nourriture quand elles le voulaient. Elles n’hésitaient pas non plus à leur porter la main », confie-t-elle.
Dans certains cas, les faits reprochés aux nounous sont encore plus graves. Marie était employée comme nounou dans une famille à Feh Kessé, dans la commune de Cocody, à Abidjan. Elle avait la garde d’un bébé de neuf mois. Le 15 février 2022, elle a disparu avec l’enfant. Après des recherches, elle a été appréhendée par la police à Divo, dans le Sud de la Côte d’Ivoire, avec le bébé. Elle avait également emporté le biberon, du yaourt et le sac de rechange du nourrisson, ainsi qu’une somme de 30 000 francs CFA.
En avril 2023, à Cocody, K. E. Cynthia, une autre nounou, a été mise en cause dans une affaire de maltraitance sur une fillette d’un an dont elle avait la garde. Conduite devant le juge, elle a été reconnue coupable et condamnée à cinq ans de prison ferme et à 500 000 francs CFA d’amende.
Ces affaires montrent que les inquiétudes des parents ne sont pas toujours infondées. Mais elles ne sauraient non plus justifier que toutes les nounous soient considérées comme des personnes suspectes.
Diomandé Karamoko





