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Côte d’Ivoire, en longeant la Côtière (4/4). Grand-Béréby, la merveille

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Une rue de Grand-Béréby (PhotoVenance Konan)

La Côtière est cette route d’environ 400 kilomètres qui relie Abidjan à la frontière du Liberia, permettant de desservir les villes de Dabou, Grand-Lahou, Fresco, Sassandra, San Pedro, Grand Béréby et Tabou, toutes situées sur la côte de l’océan Atlantique. Depuis sa récente réhabilitation, elle est de nouveau accessible aux voitures basses et Mondafrique l’a longée pour vous.

San Pedro, la renaissante

Soixante-dix kilomètres après Sassandra, nous rencontrons la ville portuaire de San Pedro. Comme Sassandra et Fresco, la ville tient son nom des Portugais qui l’abordèrent au XVe siècle. Ce fut pendant longtemps un petit village de pêcheurs. Mais son destin changea lorsqu’à la fin des années soixante, le premier Président de la Côte d’Ivoire décida de faire de San Pedro le second poumon économique du pays. Le café et le cacao, dont les cours étaient au plus haut, poussaient abondamment dans la région ; les forêts étaient toujours pleines d’arbres aux essences précieuses, et au nord de San Pedro, dans le mont Klaodio, on avait découvert du fer qui pouvait s’écouler par le train à travers ce village s’il disposait d’un port.

On créa alors l’Autorité pour l’aménagement de la région du sud-ouest (ARSO), dotée de moyens considérables, qui fut chargée de bâtir ce pôle économique. Un port, un aéroport, des quartiers chics, des moins chics, des centres commerciaux sortirent de terre, bref, une ville moderne. L’argent coula à flot pendant quelques années où l’on parlait du « miracle économique » de la Côte d’Ivoire, puis tout se tarit.

À la fin des années 80, les cours du café et du cacao s’effondrèrent, le bois se fit rare, et le fer du mont Klaodio se montra moins rentable que prévu. Le chemin de fer ne vit pas le jour. Le miracle espéré par les milliers de personnes qui avaient afflué à San Pedro se transforma en mirage. Et l’on vit apparaitre dans cette ville l’un des plus gros bidonvilles d’Afrique, le quartier Bardo. En 2004, lorsque le pays fut coupé en deux, que les Français bombardèrent les aéronefs de Laurent Gbagbo et que les « jeunes patriotes » s’énervèrent, toutes les entreprises appartenant ou supposées appartenir aux Français furent saccagées et la ville retomba complètement dans la léthargie. Les routes, tout comme la Côtière, se dégradèrent complètement, et plus personne, sauf nécessité absolue, ne se hasarda à aller dans le sud-ouest.


Avec l’arrivée du président Alassane Ouattara, toutes les infrastructures de San Pedro ont été réhabilitées ; on y a construit une nouvelle université, un nouveau stade, et la ville a abrité une partie des matchs de la Coupe d’Afrique des nations en 2023. Le projet de chemin de fer est à nouveau relancé et la ville rêve à nouveau. Mais sur le plan touristique, elle n’offre rien de particulier à part de très belles plages. Il y avait, avant d’arriver à San Pedro, la forêt de Monogaga, qui donnait sur une magnifique baie, mais les arbres ont été complètement saccagés par les agriculteurs clandestins et les forestiers. Il vaut mieux aller à Grand-Béréby, située 37 kilomètres plus loin.

Grand-Béréby la merveille

La ville détonne en Côte d’Ivoire. C’est la première ville ivoirienne où je n’ai vu aucun déchet trainant dans les rues, même pas un bout de papier, pas un sachet plastique, pas de magasins en bois de construction anarchique ; où j’ai vu des arbres et des fleurs plantés tout au long de toutes les rues, avec des poubelles partout, des jardins très fleuris, des bois dans la ville. Et sur le bord de mer, il y a des bancs en granit, des fleurs, du gazon bien entretenu et des aires de jeu pour les enfants. Et, évidemment, les plages de sable fin sont d’une propreté impeccable. Ces détails peuvent étonner qui ne connaît pas la Côte d’Ivoire, mais tout cela n’existe dans aucune autre ville, même dans les stations balnéaires plus connues comme Grand-Bassam et Assinie. Rien que pour cela, la ville mérite d’être visitée. Surtout par les maires de toutes les autres villes du pays.

À Grand-Béréby, il y a la mer, une mer turquoise aux eaux translucides, et en longeant la côte, on découvre des piscines naturelles creusées dans la roche, comme à Tabaoulé, des sites de ponte de tortues, un village de singes à nez blanc, et un autre où des femmes fabriquent du sel marin qui soignerait la tension artérielle, ainsi qu’une cascade dans le village de Trahé. Il y a aussi à Grand-Béréby les pêcheurs Fantis venus du Ghana, et leurs bateaux colorés qui exécutent chaque jour leurs ballets sur la mer.

À 5 kilomètres de la ville, on peut découvrir le village de Roc, où se trouve une tombe présentée comme celle du grand-père du leader panafricaniste et ancien chef de l’État ghanéen Kwamé Nkrumah. Selon certains récits, le père de Kwamé Nkrumah serait parti du village de Roc pour s’établir à Nkroful, au Ghana, où l’illustre homme est né. Et son nom, Nkrumah, serait une déformation de Kroumen, le nom de l’ethnie de son père. Les Kroumen, qui vivent sur le littoral ivoirien de Sassandra à Tabou, avaient la réputation d’être de grands marins depuis le XVIe siècle. Ce qui a fait d’eux de grands voyageurs qui ont écumé toutes les mers du monde. Le nom Kroumen viendrait de « crew men », hommes d’équipage en anglais.


De nombreux complexes hôteliers, des plus luxueux aux plus modestes, ont ouvert dans la ville et sur tous les sites à visiter de la région. Grand-Béréby est tout simplement un enchantement, et c’est de loin, avec Braffedon, les deux endroits que j’ai le plus appréciés tout au long de cette magnifique route qu’est la Côtière.

Tabou la discrète

Le voyage continue jusqu’à Tabou, une cinquantaine de kilomètres plus loin, où s’arrête la Côtière. La route est en travaux entre Grand-Béréby et cette ville qui se trouve à une quinzaine de kilomètres de la frontière libérienne. Tabou, qui fait peu parler d’elle, possède cependant de magnifiques plages, mais à vrai dire, à part le vieux phare, des vieux canons devant l’ancien palais du gouverneur, je n’ai rien vu de particulier à visiter sur place.


Encadré : Armand Konan, un maire étonnant

La première question que se pose, en découvrant Grand-Béréby, l’Ivoirien habitué aux villes insalubres sans arbres ni fleurs, où les tas d’ordures et les sachets plastiques font tellement partie du paysage qu’on ne les remarque plus, est : « mais qui est le maire de cette ville ? Est-il Ivoirien ? » Le maire de cette ville étonnante, Armand Konan, est bien Ivoirien, natif de Grand-Béréby, où il vit le jour il y a 48 ans, et où il a fait ses premières études avant d’aller les terminer à l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny (INPHB) de Yamoussoukro, d’où il est sorti ingénieur

Armand Konan, le maire de Grand-Béréby.

Il est le second maire dans l’histoire de la ville depuis 2023, après avoir succédé au premier qui était resté en poste pendant 27 ans. « J’aime la nature, peut-être parce que je suis fils de paysans, et c’est peut-être pour cela que je suis devenu ingénieur agronome », dit-il. Et son amour de la propreté ? Pour lui, vivre dans la propreté est la chose qui devrait être la plus naturelle pour tout humain. Surtout que dans nos sociétés traditionnelles, nos parents mettaient un point d’honneur à maintenir leur environnement propre. « La première chose que faisait toute femme au réveil était de balayer sa maison et sa cour. »

Alors, il a décidé d’appliquer tout cela à sa ville que la nature a si généreusement servie, en impliquant toute la population. Et celle-ci a totalement adhéré. « Tout le monde a participé à la plantation des arbres et des fleurs ; les populations arrosent elles-mêmes les arbres et les fleurs qui sont devant leurs domiciles, et les enfants ne touchent pas aux fleurs. Et depuis que nous avons installé les poubelles, plus personne ne jette même un papier mouchoir par terre. » La ville propose des vélos électriques pour la promenade des touristes, ainsi que du jet-ski et un bateau pour les balades en mer. Le résultat de tout cela est que Grand-Béréby est passée de 50 000 visiteurs annuels à plus de 150 000 aujourd’hui, en majorité ivoiriens. « Le tourisme nous permet de gagner chaque année plus de ressources, avec lesquelles nous réalisons encore plus de choses. »

Mais le jeune maire n’a pas l’intention de s’arrêter là. Sa tête déborde de mille projets pour sa ville. Il envisage notamment de construire un hôtel écologique d’ici la fin de l’année et ce qu’il appelle la « promenade verte résiliente », une zone piétonne de 1,6 kilomètres, dont le coût est estimé à 1,5 milliard de francs CFA. C’est le projet qui lui tient le plus à cœur. Il a déjà réalisé la première phase d’un coût de 500 millions de francs avec le soutien de la coopération allemande. Il veut aussi construire un nouvel hôtel de ville, une nouvelle gare routière, un nouveau marché, un nouveau foyer polyvalent, une piscine municipale, et un centre sportif. Pourvu, pour la Côte d’Ivoire, que les autres maires prennent exemple sur cet étonnant maire.

Venance Konan


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