publicité

Internationale

De Léon Mba et Charles de Gaulle à Oligui Nguema et Macron : Libreville-Paris, laboratoire d’une alliance Afrique-Europe pour l’habitabilité du monde

Publié le :

Il faut remonter à octobre 1984 et à Omar Bongo Ondimba pour retrouver un président gabonais reçu en visite d’État par la France. Le 20 juillet 2026, Brice Clotaire Oligui Nguema a rompu cette longue attente, accueilli à dîner à l’Élysée par Emmanuel Macron. Présent ce soir-là, Adrien NKoghe-Mba* n’y a pas vu une cérémonie de plus, mais une boucle qui se referme et une autre qui s’ouvre : 65 ans plus tôt, son grand-père Léon Mba gravissait déjà ces marches auprès du général de Gaulle. De cette continuité, le président de l’Institut Léon Mba tire une conviction. Ce qui liait hier les deux pays a changé de matière sans changer de nature, et pourrait faire de Libreville et de Paris le laboratoire d’une alliance plus vaste entre l’Afrique et l’Europe, vouée cette fois à l’habitabilité du monde.

Je ne parle presque jamais de mon grand-père dans ces chroniques. Ce n’est pas de la pudeur mal placée : c’est que je préfère, d’habitude, laisser parler les arbres, les chiffres, les espèces, plutôt que les noms de famille. Mais cette semaine, il faut que je fasse une exception. Ce qui s’est passé lundi soir à l’Élysée n’était pas un événement diplomatique parmi d’autres. C’était un moment que je qualifierais, sans exagération, d’historique – et qui m’oblige à remonter le fil jusqu’à son commencement.

Il y a soixante-cinq ans, le 22 mars 1961, mon grand-père, Léon Mba, gravissait les marches de ce même palais. Premier président du Gabon indépendant depuis quelques mois à peine, il venait à Paris pour une visite d’État, reçu par le général de Gaulle. Un gala était donné en son honneur le soir même, à la Comédie-Française. Entre cette visite et celle-ci : une seule autre, en 1984, celle d’Omar Bongo Ondimba. Trois présidents gabonais, en soixante-six ans, auront eu cet honneur. Ce lundi 20 juillet 2026, c’est le Président Brice Clotaire Oligui Nguema qui a foulé ce sol, invité par le Président Emmanuel Macron, pour un dîner d’État.

J’y étais. Et j’ai compris, en y étant, que ce que je regardais n’était pas seulement une cérémonie. C’était une boucle qui se refermait, et une autre qui s’ouvrait.

Ce que le passé nous a légué

En 1961, dans cette même ville, mon grand-père prononçait des mots qui appartiennent désormais à l’histoire : « Quant à moi, je pense que l’Afrique et l’Europe ont un destin complémentaire. Et je souhaite que l’Eurafrique sache réaliser ce que les Français et les Gabonais ont réalisé pendant plus d’un siècle : la fraternité entre hommes de races et de couleurs différentes. C’est cette fraternité, la plus difficile de toutes, qui pourra faire de l’Eurafrique le continent de demain, celui qui stabilisera le monde inquiet et déchiré où nous vivons. »

Je cite ces mots tels quels, avec le mot qu’ils portent, parce qu’ils appartiennent à leur époque et qu’on ne réécrit pas l’histoire. Ce que j’en retiens n’est pas le vocabulaire d’alors, mais l’intuition qu’il portait déjà : que le destin du Gabon et celui de la France ne se jouent pas l’un sans l’autre, et que cette fraternité, la plus difficile de toutes, est aussi la seule qui vaille la peine d’être bâtie. Un monde inquiet et déchiré, disait-il. Le sien l’était par la guerre froide et les décolonisations douloureuses. Le nôtre l’est par l’habitabilité de notre planète menacée par l’effondrement de la biodiversité, le climat qui se dérègle et les forêts qui reculent. Les causes ont changé de nom. L’inquiétude, elle, n’a pas bougé.

Ce que le présent en a fait

De Gaulle et Léon Mba ne parlaient pas de forêts. Leur alliance se nouait sur l’indépendance et la coopération naissantes. Mais lundi, dans son allocution, le Président Macron a choisi de s’attarder sur un autre trésor : la biodiversité et les forêts du Gabon, qu’il a désignées comme une richesse pour l’Afrique et pour l’humanité tout entière. Ce n’est pas un détail de protocole. C’est le signe que soixante-cinq ans après, ce qui liait nos deux pays a changé de matière sans changer de nature. Le Gabon reste ce territoire dont la France, et le monde, ont besoin – hier pour stabiliser une région, aujourd’hui pour stabiliser un climat.

Car le Gabon, ce n’est pas seulement du manganèse ou du pétrole. C’est plus de 88 % de son territoire recouvert de forêt tropicale primaire, l’un des rares pays au monde à séquestrer plus de carbone qu’il n’en émet. Voir ce sujet porté à ce niveau de solennité, dans le cadre le plus haut qui soit entre nos deux nations, c’est voir la promesse de mon grand-père trouver, sans le savoir, son objet le plus juste : non plus seulement la fraternité entre les hommes, mais la responsabilité commune envers ce qui nous fait vivre tous.

Mais cette responsabilité commune, encore fallait-il que le Gabon lui-même en pose les termes, et pas seulement qu’il la reçoive comme un hommage venu d’ailleurs. Quelques jours après ce dîner, dans un entretien accordé à Brut pendant cette même visite d’État, le Président Oligui Nguema a dit les choses avec une franchise qui mérite d’être entendue : le Gabon préserve ses forêts, mais ne le fera jamais au détriment de son développement, et il faut trouver le juste milieu entre l’Europe et l’Afrique dans cette préservation. Je ne lis pas ces mots comme une réserve, mais comme une exigence, et elle me semble juste. On ne demande pas à un pays de sanctuariser sa forêt au nom de l’humanité s’il ne reçoit rien en retour de ce que cette forêt lui coûte de ne pas exploiter. C’est cette tension, précisément, qui rend un simple partenariat insuffisant.

Ce que l’avenir nous réclame

C’est là que je sens, avec une acuité que je n’avais pas anticipée, que le passé n’est pas un décor : il est une boussole. Et ce qu’elle pointe aujourd’hui dépasse le seul face-à-face entre nos deux pays. Ce que mon grand-père appelait le destin complémentaire de l’Afrique et de l’Europe ne peut plus se penser comme un dialogue bilatéral parmi d’autres. Il doit devenir un modèle. Libreville et Paris ont, sans le décréter, la légitimité et l’histoire pour être le laboratoire d’une alliance plus large – celle d’une Afrique et d’une Europe qui décideraient ensemble de faire de l’habitabilité de la planète leur cause commune, et de nos forêts, de notre biodiversité, le socle sur lequel la bâtir.

Un laboratoire, cela veut dire des choses concrètes, qui restent à inventer avant de devenir des habitudes : des mécanismes de financement de la préservation forestière qui ne ressemblent plus à de l’aide mais à de l’investissement partagé, une juste rémunération du service que rendent nos forêts au climat mondial, un transfert réel de science et de technologie, la formation d’une génération de Gabonais et d’Africains capables de porter eux-mêmes cette expertise. Si ce que Libreville et Paris esquissent cette semaine tient ses promesses, ce n’est plus seulement un accord entre deux capitales que nous aurons scellé, mais une méthode que d’autres pays africains et européens pourront reprendre.

La fraternité que mon grand-père appelait la plus difficile de toutes n’aura pas prouvé sa valeur dans les discours d’apparat, mais dans notre capacité à faire de deux capitales le point de départ d’un mouvement plus vaste. L’histoire ne retiendra pas ce lundi soir pour son protocole, mais pour ce qu’il aura, ou non, mis en mouvement. Ce sera cela, la vraie question : savoir si le laboratoire qu’on a ouvert cette semaine a tenu ses promesses à l’échelle de deux continents.

Le monde reste inquiet et déchiré. Mais pour la première fois, peut-être, deux capitales savent précisément par où commencer pour le stabiliser : par ce qu’il nous reste de vivant.

À la semaine prochaine.





GENERATED_OK



publicité

FIL INFO

23 juillet 2026

Les attaques des Houthis en mer Rouge font bondir le prix du pétrole

23 juillet 2026

La Commission européenne inflige à Google une amende de 890 millions d'euros

23 juillet 2026

À Libreville, la Chine ouvre les portes de son ambassade pour célébrer l’amitié sino-gabonaise

23 juillet 2026

Opération des FAMa : Quatres bases terroristes détruites à Kidal

23 juillet 2026

« Un arbitre corrompu... » : une pétition pour rejouer Espagne - Argentine recueille plus de 60 000 signatures



Fanico

‎Daouda Coulibaly 31 mars 2026
Non à l'exposition publique des plaques d'immatriculation
Claude Sahy 26 mars 2026
Avec Alassane Ouattara, les résultats concrets d’un diplomate exceptionnel
Gbi de Fer 22 février 2026
Gbi de Fer : « Raymonde Goudou, je t’avais prévenue »
Mandiaye Gaye 12 janvier 2026
À propos de la révision de la constitution et la réforme des institutions.


publicité
publicité