L’air souvent distrait au volant, toujours pressé, le regard à la recherche de potentiels clients dans la rue : ainsi apparaissent les conducteurs des motos taxis communément appelés Salony à Abidjan. En montant à bord de ces motos sur des voies pour la plupart dégradées, les clients prient le « Tout puissant » afin d’arriver sains et saufs à leurs destinations. Incursion dans ce secteur de grande importance pour une frange de la population abidjanaise.
Ce vendredi 10 juillet 2026, nous sommes à Abobo, quartier Belle Cité, appelé communément Abobo BC. En face du nouveau Palais de justice, se trouvent des gares dont celle des motos taxis. Ces motos, toutes des tricycles, desservent plusieurs destinations, en général des quartiers environnants.
« Je vais à BC en bas. Je dois emprunter quelle moto ? ». Un jeune homme nous indique un des tricycles qui m’avait pourtant l’air d’être déjà chargé, prêt à démarrer. Une femme enceinte et ses deux enfants de cinq et trois ans y avaient pris place sur la banquette arrière. Sur la banquette d’en face, se trouvaient déjà deux jeunes gens. « Mais cette moto est déjà chargée ! », avons-nous lancé au jeune homme. « Non monsieur, il reste encore une place. Asseyez-vous là-bas », a-t-il répondu. En fait, les deux banquettes font quatre places. Nous occupons donc la quatrième place. Quant aux deux enfants, ils devaient se débrouiller avec leur maman. Nous avons dû installer le plus grand sur nos pieds afin de libérer la pauvre dame, le temps du trajet. Nous démarrons donc, coincés dans cet engin à trois roues.
Le chemin que nous avons emprunté n’est pas bitumé. Il passe à travers les quartiers. Nous avançons tantôt dans des flaques d’eaux, parfois dans des boues causées par les dernières pluies. A certains endroits, notre véhicule manque de se renverser dans les fossés creusés par les eaux de ruissellement. Mais le conducteur n’a pas l’air de s’en soucier, certainement déjà habitué. Il ne réagissait pas à nos différentes plaintes lui demandant d’aller doucement. Et alors que nous en étions là, un de ses amis vient s’accrocher à la moto déjà surchargée. « Il va descendre au prochain carrefour », fait-il savoir. Ç’a été un soulagement quand nous sommes arrivés à notre destination. Mais dès notre descente, d’autres clients qui attendaient en bordure de route y ont pris place.
« Il n’y a que les tricycles qui vont chez moi. Aucun taxi ne peut s’y aventurer »
A Abobo gare, d’autres motos taxi chargent également à destination des quartiers Banco et autres. Les voies sont bitumées. Mais que de dos d’ânes ! A tous les 20, 30 ou 40 mètres, il y en a. Nous ressentons des chocs à la hanche toutes les fois que nous passons sur ces dos d’ânes qui ne respectent pas toujours les normes.
A Anyama également, ces tricycles servent de moyens de transport en commun dans plusieurs quartiers, notamment le quartier Anyama Adjamé extension appelé communément Mamery Cissé et un autre derrière l’hôpital général de la commune.
« Il n’y a que les tricycles qui vont chez moi. Aucun taxi ne peut s’y aventurer », confie Salimata, une vendeuse que nous avons rencontrée à une gare derrière l’Université Nangui Abrogoua. Elle estime que ces tricycles sont de ce fait d’une utilité importante surtout à cause de leur tarif de transport qui est abordable. « Avec 100 francs CFA ou 200 francs CFA, on peut rentrer chez soi », ajoute Fidèle, même s’il se plaint parfois du comportement des conducteurs. A Anyama, ces moyens de transport sont aussi utilisés pour faire des courses en lieu et place des taxis qui éprouvent des difficultés à circuler sur certaines voies compte tenu de leur état de dégradation avancé. Les « Salony » sont donc un moyen de transport qui vient combler un vide que les taxis ont laissé.
La population ivoirienne, notamment celle d’Abidjan s’est accrue considérablement ces dernières années. La Côte d’Ivoire comptait 29,3 millions d’habitants et le District autonome d’Abidjan 6,3 millions selon le Recensement générale de la Population et de l’Habitat (RGPH 2021). En 2025, elle était estimée à 32,8 millions d’habitants selon les données de l’Agence nationale de la Statistique (ANStat). Celle du district autonome d’Abidjan pourrait avoisiner les 7 millions d’habitants actuellement.
Cette croissance démographique a pour conséquence le développement des communes périphériques de la capitale économique où de quartiers se sont créés et se sont densifiés. C’est le cas d’Abobo et d’Anyama. La création des infrastructures routiers n’ont pas toutefois toujours suivi ce développement très rapide malgré les efforts de l’Etat. Certains quartiers sont dépourvus de bonnes voies de circulation. Ils sont difficilement accessibles par voiture.
Diomandé Karamoko





