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Reportage - Côte d’Ivoire : Sur la piste des cascades sacrées du Tonkpi

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Espace aménagé à la cascade de Danané. (Photo : C. Éboulé)

Dans la région du Tonkpi, à l’extrême Ouest de la Côte d’Ivoire, ayant pour chef-lieu la ville de Man, l’eau façonne autant les paysages que les croyances des hommes. Premier arrêt : la cascade Zadèpleu, village situé à quelques kilomètres de Man.

Prisée pour sa chute d’environ vingt mètres, où l’eau se déverse en rideaux blancs sur la roche moussue, elle cache derrière sa beauté un tout autre visage. Une forêt sacrée borde le site, interdite à tout visiteur non initié. Même les enfants du village, tant qu’ils n’ont pas atteint quarante ans et l’initiation requise, n’y ont pas accès, explique Oulaï Noël, le guide.

Pour descendre à cette cascade, il faut d’abord affronter un grand escalier de pierre, long et éprouvant, qui essouffle les visiteurs bien avant qu’ils n’atteignent l’eau. Les jambes brûlent, le cœur cogne, mais le fracas de la cascade, entendu bien avant qu’elle n’apparaisse, pousse à continuer. Un petit pont mène ensuite à la chute, entourée d’un bassin circulaire carrelé qui recueille l’eau ruisselante dans une lumière tamisée par les frondaisons.

Dans la fraîcheur de la cascade de Man. (Photo : C. Éboulé)

Ici, tout se respecte. La source qui alimente la cascade est elle-même considérée comme sacrée : des visiteurs venus de Korhogo, d’Abidjan ou même du Mali s’y déplacent pour puiser cette eau, dans l’espoir qu’elle porte bonheur à leur famille ou à leur commerce. Se tremper les pieds, laisser l’eau couler sur son visage : le geste est perçu comme un rite de purification. « Tu fais ton vœu dans ton cœur, s’il est positif, il se réalise », confie le guide sur place.

Un pont de liane, autrefois artificiel mêlant liane et corde, reliait les deux rives. Il a été emporté en 2022 par un vent violent qui a déraciné plusieurs arbres de la forêt. Seul le pont naturel, entièrement tressé de liane, subsiste encore aujourd’hui, à Danané.

C’est justement là, à une heure de route, que se dresse l’une des trois cascades homologuées par le ministère du Tourisme, aux côtés de celles de Zadèpleu et de Glongouin : la cascade de Goba.

La cascade de Danané, un lieu de silence

Cachée derrière des kilomètres de verdure, la cascade de Goba à Danané, s’étend sur près de six hectares et demi de forêt dense. Ici, pas de longue descente : un simple sentier, ombragé et humide, serpente jusqu’à l’eau. La cascade n’est pas surélevée, et l’endroit, plus discret que celui de Man, respire le calme. Le bruit de l’eau, régulier et apaisant, se mêle au chant des oiseaux. Le soleil perce par intermittence entre les arbres, et un vent léger agite les feuillages, rafraîchissant l’air malgré la chaleur environnante. Peu de visiteurs viennent troubler ce silence.

Le nom même du site raconte une histoire ancienne. La rivière qui traverse le village s’appelle Go, ce qui signifie « Allez-y » en langue yacouba. Sa source prendrait naissance en Guinée voisine, près du village de N’Zérékoré, non loin de la frontière.

Mais l’histoire de ces noms remonte plus loin encore, à l’époque des chasseurs. Autrefois, explique le guide Priva Batwa, des animaux féroces rôdaient dans la forêt. Un chasseur qui s’aventurait à vingt ou trente kilomètres de chez lui ne pouvait rentrer le jour même : il construisait alors une cabane en hauteur, faite de bois dur, le « zanh » en yacouba, pour se protéger des bêtes sauvages la nuit. D’autres chasseurs le rejoignaient, restaient là des semaines, parfois des mois. Le campement grandissait, et le nom du premier arrivé restait attaché au lieu, jusqu’à devenir celui d’un village entier. Zadèpleu, Yapleu, Tia, dans la région, presque chaque nom de village raconte ainsi une origine. C’est le cas d’Issoné, village situé au milieu de l’eau, ou encore de Goba, baptisé d’après un vieux chasseur nommé Go, qui revenait sans cesse chasser en ces lieux.

On apprend aussi que dans la naissance des village, les cases rondes appelées « thoko », hébergeaient les chasseurs et leur familles.

Aujourd’hui, la forêt de Danané garde la mémoire de ce passé. Des sous-bois numérotés accueillent baptêmes et mariages, tandis qu’un espace baptisé « place Comici » est réservé, en partenariat avec le Comité Miss Côte d’Ivoire, aux lauréates du concours national. Plus loin, une forêt sacrée reste interdite d’accès en habit rouge, un lieu où femmes en quête de maternité et sages du village accomplissent encore, à l’abri des regards, des rites hérités des anciens.

Claude Eboulé




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