Les pluies diluviennes qui frappent l’Afrique de l’Ouest et le Sahel depuis fin juin 2026 ont déjà causé au moins 88 morts dans cinq pays : Côte d’Ivoire, Ghana, Niger, Togo et Burkina Faso selon le bulletin du Famine Early Warning Systems Network (FEWS NET) daté du 1ᵉʳ juillet 2026. Le Mali, le Nigeria et le Bénin restent en alerte, sans bilan humain communiqué à ce stade. Cet épisode s’inscrit dans le développement d’El Niño, phénomène climatique mondial qui accentue les déséquilibres pluviométriques.
La Côte d’Ivoire enregistre le bilan le plus lourd, avec 59 morts depuis le début de la saison des pluies mi-mai. La commune d’Attécoubé, dans le Nord-Ouest d’Abidjan, concentre à elle seule une vingtaine de décès, causés par un glissement de terrain. Le ministre porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a attribué ce bilan au dérèglement climatique. Deux sites de relogement doivent accueillir 12 000 logements à loyer modéré, destinés à environ 60 000 personnes déplacées par les opérations de déguerpissement. Le président Alassane Ouattara a présenté ses condoléances aux familles endeuillées le 2 juillet.
Au Ghana, 12 personnes sont mortes à Accra après des pluies torrentielles tombées le 29 juin. Sept personnes restent portées disparues et plus de 470 ont été secourues. Le président John Dramani Mahama a ordonné le déblocage immédiat de 15,25 milliards de francs CFA du Fonds de contingence, répartis à parts égales entre l’assistance d’urgence aux sinistrés et les mesures de prévention des inondations. Il a également ordonné le déploiement de l’armée et de la police en renfort des équipes de secours.
Au Niger, la Direction générale de la protection civile recensait 7 morts et 29 blessés au 13 juin dans les régions de Niamey, Dosso, Tahoua et Zinder, selon le Centre opérationnel de veille, d’alerte et de conduite des crises (COVACC). Au Togo, 5 personnes sont mortes après les pluies des 28 et 29 juin. Le Grand Lomé a été le plus durement touché, ce qui a justifié le déclenchement du plan ORSEC ORSEC (Organisation de la réponse de sécurité civile). Au Burkina Faso, le bilan officiel de Houndé s’établit à 5 morts, selon la Brigade nationale des sapeurs-pompiers et le ministère de l’Administration territoriale, chiffre confirmé par le Conseil des ministres du 25 juin.
Au Nigeria, les quartiers de Lekki et d’Ikoyi, à Lagos, ont été inondés, sans décès signalé à ce stade. Selon l’Agence nigériane des services hydrologiques (NIHSA), 14 118 localités sont classées à haut risque d’inondation en 2026, dans 33 des 36 États du pays et le territoire de la capitale fédérale, Abuja. L’agence maintient une alerte aux crues jusqu’au 10 juillet, alors que le pic de la saison est attendu entre juillet et septembre. Le Bénin, sans bilan humain publié, a renforcé sa vigilance par communiqué du ministère de l’Intérieur. Le Mali n’a communiqué aucun décès pour la saison en cours ; le Premier ministre, le général Abdoulaye Maïga, a activé le Centre de coordination et de gestion des crises et catastrophes (CECOGEC) en mode crise dès le 1ᵉʳ juin.
Toutes ces intempéries relevées sont reliées au phénomène appelé El Niño qui provoque un réchauffement anormal des eaux du Pacifique équatorial, dérègle la circulation des vents et des précipitations à l'échelle mondiale. Cette perturbation, qui revient tous les deux à sept ans, se traduit selon les régions par des sécheresses ou des inondations. Ses effets sur le Sahel restent contrastés : le Centre climatique régional Afrique de l’Ouest et Sahel (AGRHYMET) évoque des excédents pluviométriques possibles dans certaines zones et des déficits dans d’autres. Le bulletin FEWS NET du 1ᵉʳ juillet situe ce dérèglement à l’échelle continentale : il place simultanément le Maroc en alerte canicule et le Soudan du Sud en sécheresse déclarée. Le Niger avait annoncé, dès le 18 mai, une saison excédentaire sur le fleuve Niger et la Komadougou Yobé, fleuve transfrontalier partagé avec le Nigeria.
À ces facteurs climatiques s’ajoutent des causes structurelles communes à toute la région : zones inondables construites, caniveaux obstrués, drainage insuffisant. Du golfe de Guinée au Sahel, les dispositifs d’urgence restent mobilisés jusqu’au pic de la saison, attendu en septembre.
Doutchin Diarra





