Chaque année, dès la clôture de l'année scolaire, les mêmes affichettes apparaissent aux abords des écoles d'Abobo, de N'Dotré, des Deux Plateaux ou de Cocody. Elles annoncent les cours de vacances, une activité devenue incontournable pour une large partie des familles abidjanaises. Derrière cette généralisation se cache un marché où les tarifs varient sans mesure et où le contrôle reste largement absent.
Une enquête de terrain menée dans quatre établissements à N'Dotré et à Abobo ainsi qu'auprès d'un inspecteur de l'enseignement préscolaire et primaire, permet de mesurer l'ampleur de ces écarts et d'en interroger les conséquences pour les familles comme pour la qualité de l'enseignement dispensé.
À l'École primaire à vocation (EPV) Grâce de N'Dotré, les cours de vacances existent depuis plus de cinq ans. L'établissement les présente comme un outil de correction des lacunes, avec un accent mis sur les mathématiques et le français, pour 2 000 F CFA par niveau. Selon la direction, les effectifs augmentent chaque année, ce qui traduit, à ses yeux, une adhésion croissante des parents à cette offre.
À quelques encablures, l'EPV Colatier, également à N'Dotré, organise ces cours depuis trois ans, du CP1 au CM2. Selon ses responsables, le tarif est fixé à 2000 F CFA par niveau et le programme couvre la lecture, le français, les mathématiques, la physique-chimie ainsi que l'histoire-géographie, soit un périmètre pédagogique proche de celui de l'année scolaire ordinaire.
Le contraste devient plus net dès que l'on quitte N'Dotré. Au Groupe scolaire Thanon Namanko, aux Deux Plateaux, un enseignant joint par téléphone indique un tarif unique de 20 000 F CFA pour l'ensemble des niveaux, soit dix fois le tarif de l'EPV Grâce. Il précise que l'école organise cette activité depuis plus de 15 ans et que l'administration encadre les enseignants recrutés par des émargements et des cachets, avant des évaluations en fin de session.
À Abobo, enfin, le Groupe scolaire Rahima indique appliquer une grille intermédiaire, 3 000 F CFA au primaire et 5 000 F CFA au secondaire, avec pour objectif affiché de préparer la rentrée suivante.
Une seconde zone d’ombre
Cette disparité tarifaire s'accompagne d'une seconde zone d'ombre : celle du contenu réellement dispensé. Sur le papier, les affichettes annoncent l'ensemble des matières du programme officiel. Dans la pratique, les écoles n'en retiennent que trois ou quatre, selon Assi Kacou Vincent, inspecteur de l'enseignement préscolaire et primaire. Il pointe un décalage entre l'objectif affiché : renforcer les acquis et anticiper les difficultés de la rentrée et la réalité du terrain, où l'improvisation prend souvent le pas sur la préparation. « Souvent, les enseignants commis à la tâche ne font pas correctement le travail. Ils sont là pour l'argent », affirme l'inspecteur, qui relève l'absence de vérification systématique des équipes pédagogiques mobilisées, généralement constituées à l'initiative de groupes d'enseignants eux-mêmes, sans validation hiérarchique préalable.
Ce constat contraste avec le cadre désormais imposé aux autres activités de vacances pour mineurs. Depuis 2023, en effet, les colonies de vacances et centres aérés relèvent d'une réglementation formelle : la loi de 2014 et le décret de 2023. Selon Mamadou Kéita, directeur des Parcs de loisirs, d'attractions et des jeux numériques, ce dispositif impose aux organisateurs une autorisation officielle du ministère du Tourisme et des loisirs, une assurance responsabilité civile et un projet pédagogique détaillant le programme, la restauration et les qualifications de l'équipe d'encadrement. Le ministère recensait d'ailleurs, fin juin 2026, plus de 100 structures déclarées dans ce cadre, avec des missions de vérification avant, pendant et après les activités.
Aucune vérification externe
Or, les cours de vacances organisés directement par les établissements scolaires ne sont soumis à aucune obligation équivalente : ni autorisation spécifique, ni cahier des charges pédagogique opposable, en dehors du contrôle interne que chaque école dit s'imposer elle-même. Aucune structure sollicitée n'a par ailleurs pu indiquer sous quelle autorité s'exerce, le cas échéant, une vérification externe de ce contrôle interne.
Face à ce marché disparate et peu régulé, une question demeure : comment les familles abidjanaises s'organisent-elles pour faire leur choix, et quelles alternatives adoptent celles qui s'en méfient ? La seconde partie de cette enquête y répond.
Doutchin Diarra





