La première partie de cette enquête a dressé le portrait de neuf jeunes Abidjanais qui facturent des clients étrangers depuis leur téléphone ou leur ordinateur. Reste à comprendre comment fonctionnent les plateformes qui les emploient, et ce qu'elles leur rapportent réellement.
Aucun texte ivoirien n'encadre le travail que des milliers de jeunes Abidjanais exécutent chaque jour pour des clients étrangers. Upwork et Fiverr, deux sites américains, restent les plus utilisés en raison de leur simplicité d'accès, selon une analyse publiée par Moneco, une entreprise spécialisée dans les paiements pour freelances africains. Sur Fiverr, le prestataire fixe lui-même son prix pour un service standard ; sur Upwork, c'est le client qui publie une offre à laquelle plusieurs freelances répondent.
L'inscription reste accessible à toute personne disposant d'une connexion internet stable. Il suffit de créer un compte, remplir un profil professionnel et présenter quelques travaux réalisés. Aucun diplôme n'est exigé, contrairement à des plateformes plus sélectives comme Toptal, réservée à des profils déjà expérimentés. Pour les freelances francophones, Malt, plus utilisée par des entreprises en France, en Belgique ou en Suisse, oppose moins de concurrence que les sites en anglais, selon AnnuaireCI, qui recense les solutions numériques disponibles en Côte d'Ivoire.
Les tarifs dépendent fortement de la spécialité et du niveau d'anglais du prestataire. D'après les repères de marché compilés par la plateforme I am Beezy, qui accompagne des freelances (travailleurs indépendants) numériques africains, la gestion de réseaux sociaux se négocie entre 50 000 et 200 000 francs CFA par mois et par client, le graphisme entre 30 000 et 150 000 francs CFA par projet, la rédaction de contenus optimisés pour les moteurs de recherche entre 5 000 et 15 000 francs CFA l'article, et le développement web jusqu'à deux millions de francs CFA pour les commandes les plus complexes. Les freelances capables de travailler aussi bien en français qu'en anglais gagnent deux à trois fois plus que ceux qui ne maîtrisent que le français, selon la même source.
Aucun revenu garanti d'un mois à l'autre
Mais aucun revenu n'est garanti d'un mois à l'autre. Les plateformes prélèvent une commission sur chaque transaction, avant que les frais de change et de retrait bancaire ne réduisent encore la somme perçue en monnaie locale. PayPal, le moyen de paiement le plus utilisé à l'international, n'est toujours pas pleinement accessible depuis la Côte d'Ivoire, selon AnnuaireCI. Les freelances se rabattent sur Payoneer ou sur des solutions panafricaines comme Moneco, qui permettent de recevoir des paiements en dollars avant un retrait en monnaie locale, avec des frais à chaque étape.
La Direction générale des impôts a, depuis une note explicative du 9 octobre 2023, rendu effective une taxe de 18 % sur les opérations locales des plateformes étrangères de commerce en ligne. Une mesure qui vise les plateformes elles-mêmes, pas les revenus individuels des travailleurs qui les utilisent.
Doutchin Diarra
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