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L'enquête du jeudi. Abidjan sous les ordures : (2/2)- Faute de contrats renouvelés, les opérateurs arrêtent la collecte

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Un camion-benne d'ECOTI.SA, consortium à capitaux tunisiens, italiens, ivoiriens et béninois, chargé de la collecte dans les communes d'Abobo, Anyama, Bingerville, Cocody et du Plateau. Son contrat avec l'État a expiré le 31 décembre 2025, sans renouvellement à ce jour. (Photo : Bing)

Derrière le paradoxe financier révélé en première partie, il y a une mécanique de blocage : des contrats expirés le 31 décembre 2025, des opérateurs en retrait et une chaîne de responsabilités sans arbitre. La crise est remontée jusqu'au sommet de l'État.

Lors du Conseil des ministres du 3 juin 2026, le Président Alassane Ouattara a instruit le Premier ministre Robert Beugré Mambé de lui rendre compte régulièrement de l'évolution du dossier. Une mise en demeure stricte a été aussitôt adressée aux opérateurs privés, sous peine de sanctions.

La collecte est assurée depuis 2018 par deux opérateurs. ECOTI.SA, consortium international à capitaux tunisiens, italiens, ivoiriens et béninois, couvre Cocody, Bingerville, le Plateau, Abobo et Anyama. ECO EBURNIE, filiale du groupe portugais Mota Engil, opère sur Yopougon, Marcory, Koumassi et Port-Bouët. Un troisième opérateur, CLEAN EBURNIE, gère le centre de valorisation et d'enfouissement technique (CVET) de Kossihouen.

Selon une source au sein de l'ANAGED citée par nordsud.info, le contrat entre l'État et les opérateurs a pris fin le 31 décembre 2025. L'État a prolongé le contrat de trois mois, en attendant la signature d'un accord définitif. Un réaménagement ministériel est ensuite intervenu, retardant le processus. Les opérateurs auraient alors cessé leurs activités pour faire pression sur les autorités.

Lors de la réunion de crise du 1er juin 2026 au cabinet du ministre, les opérateurs ont invoqué des « contraintes techniques et logistiques, notamment la saturation partielle des sites de décharge ». Le gouvernement récuse les deux explications. « En matière de collecte d'ordures ménagères, à date, l'État de Côte d'Ivoire ne doit rien à personne », a tranché le ministre Kouakou lors de sa visite au siège de l'ANAGED le 10 juin 2026.

Les mairies n'ont plus aucun levier contractuel ni financier

En centralisant la gestion des déchets au profit de l'ANAGED, le pouvoir central a dépouillé les municipalités de leurs compétences historiques en matière de salubrité. Les mairies n'ont plus aucun levier contractuel ni financier pour sanctionner ECOTI.SA ou ECO EBURNIE.

Le maire Assalé Tiémoko plaide pour une rétrocession de cette compétence aux communes. Dès novembre 2021, il avait dénoncé le paradoxe. « La loi sur la décentralisation a transféré les pouvoirs aux collectivités et a gardé les ressources dans les différents ministères au niveau central. Les prélèvements de redevance sur les factures d'eau et d'électricité sont centralisés dans les caisses de l'ANAGED », avait-il déclaré.

Le sénateur Kouacou Gnrangbé Kouadio Jean, ancien maire de Yamoussoukro, est allé plus loin lors d'un symposium sur la décentralisation en avril 2026. « C'est une activité de proximité. Les mairies doivent décider, elles-mêmes, de la propreté de leur ville », a-t-il plaidé, appelant à la suppression pure et simple de l'ANAGED. Le gouvernement a fermement écarté ces demandes à l'issue du Conseil des ministres du 3 juin 2026.

Les populations ne sont pas unanimes dans leurs constats

Sur le terrain, les populations ne sont pas unanimes dans leurs constats. Mariam Ouattara, commerçante, reconnaît les efforts de l'État mais pointe une autre réalité. « Le gouvernement fait des efforts. Mais les gens refusent de mettre leurs ordures dans les bacs parce qu'ils sont un peu loin de leurs maisons. On ne peut pas tout mettre sur le dos de l'État », dit-elle.

Djatou Sylla, agent de bureau, situe le blocage ailleurs. Le Code de l'hygiène publique et de la salubrité, adopté en 2023, existe. Ce sont les arrêtés d'application qui manquent. Sans ces textes, les agents de terrain ne peuvent verbaliser ni sanctionner. « La loi est là. Mais sans les arrêtés, les agents ne peuvent rien faire concrètement », résume-t-elle.

Kouamé Koffi, instituteur, propose une solution communautaire. Il appelle à réactiver ou créer des clubs de salubrité dans les quartiers et communes pour assurer un suivi de proximité. Il plaide également pour l'assermentation des agents du ministère de l'Hydraulique, de l'assainissement et de la salubrité. « Sans pouvoir de sanction sur le terrain, les sensibilisations ne servent à rien », tranche-t-il.

16 000 tonnes de déchets collectées en 72 heures

Au camp militaire de Yopougon, des habitants ont créé une décharge au cœur de la cité. À Adjamé, sur le boulevard Nangui-Abrogoua, une décharge à ciel ouvert jouxte les commerces. Le 5 juin, le ministre Kouakou annonce que 16 000 tonnes de déchets ont été collectées en soixante-douze heures. « Aujourd'hui, chacun peut constater qu'Abidjan a été, dans sa grande majorité, assainie », déclare-t-il.

Mais une semaine après l'ultimatum, d’importantes quantités d’ordures demeuraient dans plusieurs communes, selon Pressecôtedivoire du 10 juin 2026. En juillet 2022, le ministre Bouaké Fofana avait réuni les mêmes opérateurs pour les mêmes raisons. Des engagements avaient été pris. Les contrats arrivent à échéance après un cycle de sept ans. Un nouveau cycle sera bientôt engagé, avait annoncé le ministre Kouakou en mars 2026. Sur quelles bases, avec quels critères de performance, et avec qui ? La réponse conditionne l'avenir sanitaire d'une métropole de cinq millions d'habitants.

Doutchin Diarra




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