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Côte d’Ivoire. Guichets automatiques de banque : ces vigiles exagérément zélés

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À l’entrée de nombreux Guichets automatiques de Banque (GAB) en Côte d’Ivoire, des vigiles se montrent particulièrement attentionnés à l’égard des clients. Ils les saluent et leur ouvrent la porte à l’entrée et à la sortie. Si ces gestes relèvent de la politesse, il semble y avoir par derrière une sollicitation appuyée de pourboire, provoquant un malaise chez les usagers.

À première vue, le geste paraît normal et désintéressé. Le vigile ouvre la porte du guichet, invite le client à entrer, puis l’accueille à la sortie avec le même empressement. Dans certains cas, il se tient prêt à rouvrir immédiatement, parfois avec un sourire insistant. Des formules flatteuses coulent à flots : « Bonjour, Chef ! », « Bienvenue, patron ! », « Merci le boss ! ».

« On sent qu’ils attendent quelque chose. Si tu ne donnes rien, tu te sens ingrat ou méchant »

Pour certains usagers, peut-être les plus nombreux d’ailleurs, ce sont des vigiles zélés qui dépassent la mission normale de surveillance. « Leur rôle, c’est de sécuriser les lieux, pas de nous accompagner comme dans un hôtel. Ils te suivent souvent du regard jusqu’à la voiture. C’est gênant », a fait savoir Koné Mamadou, un commercial. Même s’ils n’ont pas quémandé ouvertement, beaucoup perçoivent derrière ces attentions une manière subtile d’espérer quelques pièces ou billets. Le malaise s’installe lorsque le client ressort du GAB. Le simple fait d’avoir été assisté à l’entrée et à la sortie crée chez certains un sentiment d’obligation, de reconnaissance pour un service rendu qui n’avait pas lieu d’être. « On sent qu’ils attendent quelque chose. Si tu ne donnes rien, tu te sens ingrat ou méchant », confie Kouadio Nadège, une fonctionnaire.

D’autres clients donnent discrètement un petit billet pour éviter ce moment d’inconfort. « Ils ne réclament rien, mais leur attitude peut sembler déranger. C’est un signe de respect à encourager avec si possible une gratification. Ce sont des pères de famille », déclare Soumahoro Mamadou, enseignant.

Ainsi, ce qui était perçu hier comme une marque de respect tend aujourd’hui à être interprété comme un zèle intéressé. Plusieurs clients estiment que cette habitude brouille la frontière entre courtoisie et demande indirecte d’argent. Au point que finalement, on se demande après chaque retrait à la banque : est-ce que le geste des vigiles est un geste de politesse, un réflexe culturel ou une stratégie calculée pour obtenir un des billets retirés par le client du GAB.

Même si de nombreux vigiles demeurent respectueux, cette pratique commence à susciter des plaintes. Loin de nous l’idée de les déshonorer, car ils font un travail remarquable en veillant sur les clients et leur argent. Mais ceux que nous avons interrogés n’ont pas voulu s’exprimer. Peut-être les banques et les sociétés de sécurité qu'elles ont contractées devraient-elles passer des consignes de tenue digne à ces vigiles : être courtois mais sans obséquiosité !

Mouhamed I. Koné


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