Les emplacements anarchiques des compagnies de transports de passagers créent un grand désordre constaté dans des rues d’Abidjan. Ils ne répondent pas aux normes du ministère des transports. Mais celui-ci dit ne pouvoir intervenir faute d’un arrêté qui devra mettre en place une commission chargée de contrôler ces gares routières. Autant dire que le désordre a encore de beaux jours devant lui.
A Abidjan , les compagnies de transport se multiplient et le nombre des gares avec. En principe, l’installation de ces gares doit répondre aux normes du ministère des Transports, telles que définies par l’article 7 de la loi du 8 avril 2015 déterminant les conditions de création et d’exploitation des gares routières en Côte d’Ivoire. Cet article indique que toute gare routière doit être spécialement aménagée, équipée et présenter des infrastructures pouvant offrir aux passagers et usagers, notamment, des services de santé, d’hygiène, de sécurité, de restauration et de vente de tickets de transport. Ce qui signifie concrètement que toute gare routière doit posséder entre autres un hall d’accueil et d’informations des usagers, une salle d’attente équipée de places assises pour clients pouvant contenir au moins 100 personnes ; un poste à quai, une aire de restauration, une aire de stationnement de véhicules, un locale de stockage des bagages, des toilettes propres et fonctionnelles séparées pour hommes et femmes, une infirmerie, etc. Mais ce que nous avons constaté sur le terrain est tout à fait différent.
Des gares sur les trottoirs
Adjamé, commune située au centre de la ville d’Abidjan, est également le siège de la plupart des compagnies de transport. C’est dans cette commune que nous avons constaté également le désordre crée par l’installation anarchique des gares routières. Des gares sont installées de part et d’autre de la voie qui part du rond-point de la place Liberté jusqu’à l’autoroute d’Abobo. La plupart de ces gares sont juste des magasins conçus le long des trottoirs pour des commerçants. Il y a donc très peu d’espace entre ces bâtiments et le trottoir. Du coup le trottoir devient l’aire de stationnement des cars. C’est aussi l’espace choisi pour embarquer et débarquer les passagers. Et cela n’est pas sans conséquences notables sur la circulation. Des automobilistes se trouvent ainsi coincés dans d’innombrables embouteillages. « J’ai toujours eu affaire aux embouteillages chaque fois que je passe par ici. La voie est très rétrécie à cet endroit à cause des gares routières », explique cet homme qui s’est déjà fait accrocher par un minicar sur cette voie. L’homme était à bord de son véhicule personnel. Plus du tiers de la chaussée est occupée par les cars stationnés. Les vendeuses installées en bordure de route sont à leur tour prises en étau par ces cars. « Nous devons nous déplacer chaque fois qu’un car doit garer. Cela nous fatigue », se lamente Barakissa. Les commerçants installés dans des magasins situés à proximité voient leur espace réduit. Pire, « lorsque ces cars viennent stationner, ils barrent nos voies d’accès. Ce qui n’est pas fait pour nous arranger », se plaint également Doumbia Hamed.
« Le projet est en cours, on est en train d'élaborer un projet d'arrêté dans ce sens-là. On va créer la commission et on va commencer à contrôler les gares »
La plupart de ces gares n’ont pas en leur sein de salle d’attente convenables pour les passagers. Seuls quelques chaises. Ne parlons pas de parking, puisque ces gares donnent directement sur le trottoir.
Il n’y a pas que sur cette voie que nous avons constaté cette situation. C’est la même scène que nous avons dû observer sur la bretelle qui mène à la nouvelle gare routière d’Adjamé. L’autre constat et encore grave est que des carrefours et autres lieux publiques, sont devenus des parkings pour certaines compagnies de transport. « Si vous avez eu des millions pour acheter des cars, je pense que vous devez être à mesure de trouver un espace bien aménagé pour servir de parking », fait savoir Jérôme qui estime que l’utilisation abusive des carrefours et trottoirs par les compagnies de transport à titre de parking pour leurs véhicules, contribue au désordre et nuisance dans la ville d’Abidjan.
Un arrêté en préparation
Qui attribue ces espaces aux compagnies de transport ? Pourquoi les services compétents n’interviennent-ils pas pour mettre fin à ce désordre ? Face à la persistance de ces questions, nous sommes allés le mardi 12 mai 2026 à la direction des Transports routiers et ferroviaires (DTRF) dirigé par M. Coulibaly Vincent, située à la tour E de la cité administrative du Plateau. C’est M. Suame, l’un de ses collaborateurs qui nous reçoit. Il nous informe qu’un décret organise les gares routières en Côte d’Ivoire. Et l’élaboration d’un arrêté est en projet. Cet arrêté devra permettre la création d’une commission chargée de contrôler les gares routières en Côte d’Ivoire. « Mais si l'arrêté n'existe pas, nous ne pouvons pas nous lever de notre propre chef et chercher à démanteler ces gares-là. C’est la difficulté qu’on rencontre actuellement. Mais le projet est en cours, on est en train d'élaborer un projet d'arrêté dans ce sens-là. On va créer la commission et on va commencer à contrôler les gares », a-t-il promis. Toutefois, une équipe passe souvent dans des gares. Mais elle se limite à la sensibilisation.
Quel est le rôle des mairies dans tout cela ? Notre interlocuteur fait savoir que ce sont les municipalités qui octroient les espaces aux compagnies de transport. Quant au ministère, il donne l’agrément aux sociétés de transport pour leur installation. Il regrette cependant que les mairies n’associent pas le ministère, à l’octroi des autorisations d’occupation des sites aux entreprises de transport ; afin de vérifier si ces sites répondent aux normes définies. Il entend travailler à trouver une solution à cette situation.
Diomandé Karamoko





