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L'enquête du jeudi. Guerre aux affiches sauvages : (2/2)-Trop de panneaux éblouissants à Abidjan

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75 000 affichettes retirées en 18 mois. Des agents épuisés à gratter des poteaux dans les quartiers populaires. Et le cycle recommence dès le lendemain. Pendant ce temps, à quelques kilomètres, les grands panneaux commerciaux tiennent bon. Pourquoi la même ville applique-t-elle deux règles différentes selon la taille du support ?

La Côte d'Ivoire dispose d'un arsenal réglementaire depuis décembre 2007. Le décret n° 2007-676 est explicite : les panneaux publicitaires ne doivent pas gêner la circulation ni masquer signalisation ou feux, et l'espacement minimum entre deux structures est fixé à 75 mètres en agglomération.

Le nombre total de panneaux publicitaires à Abidjan, structures agréées et irrégulières confondues, n'a jamais fait l'objet d'un recensement rendu public. Les seuls chiffres disponibles portent sur les dispositifs hors normes : 6 000 panneaux anarchiques recensés dans le district en 2013 ; 5 000 structures non autorisées ciblées lors de la vague de démantèlement de mars 2025, dont environ 1 600 déjà retirées. Le parc légal, lui, reste sans chiffre officiel.

Alex Zamblé, ingénieur, a conduit sa propre vérification depuis la banquette d'un taxi. « J'ai compté à Cocody les panneaux sur le tronçon carrefour CNPS - Carrefour Mandela : 41. Pour ce seul tronçon. Imaginez dans les autres rues. ». Son verdict : « il y a trop de panneaux à Abidjan. C'est un désordre. »

« J'ai failli rentrer dans un taxi un soir »

Sur le terrain, des structures lumineuses de plusieurs mètres carrés surplombent les voies rapides au Plateau, à Cocody, sur l'autoroute du Nord. La présence de publicités très lumineuses dans un environnement non éclairé peut provoquer l'éblouissement momentané des conducteurs. Drissa Coulibaly, chauffeur de gbaka sur la ligne Adjamé-Bingerville, l'a vécu : « tu vois le carrefour de la Riviera 2, le grand panneau LED ? La nuit, quand tu viens du pont, il t'éblouit directement. J'ai failli rentrer dans un taxi un soir. »

Les données officielles ne pointent pas dans cette direction. Dans un rapport de sa commission spéciale de retrait de permis de conduire, le ministère des Transports relevait, en août 2022, que 67 % des accidents se concentrent à Abidjan, avec pour causes dominantes l'excès de vitesse (26 %), l'imprudence (22 %) et le défaut de maîtrise (19 %). En avril 2024, le conseiller technique de l’Office de la sécurité routière (OSER), Étienne Kouakou, confirmait lors d'une conférence de presse gouvernementale qu'environ 95 % des accidents sont d'origine humaine. Les panneaux lumineux n'apparaissent dans aucune de ces analyses. Faute d'étude spécifique en Côte d'Ivoire, le lien entre éblouissement publicitaire et insécurité routière, reste un angle mort de la politique des transports.

Opérations de démantèlement

En mars 2024, la Brigade de la communication publicitaire lançait une nouvelle opération de démantèlement, motivée par la recrudescence des poses anarchiques et la recolonisation d'emplacements déjà traités. Le même constat avait déjà motivé une campagne en 2019, sous le ministre Sidi Touré, puis une autre en 2022, ciblant quelque 5 000 dispositifs irréguliers dans les 13 communes du district, en collaboration avec les ministères de la Sécurité, de l'Équipement et des Transports. Le même diagnostic, formulé à l'identique, tous les deux ou trois ans.

Ce qui frappe, ce n'est pas l'existence de ces opérations. C'est leur cible systématique et leur fragilité juridique. Des sources proches du secteur indiquent que la Chambre des afficheurs de Côte d'Ivoire (CAFCI) a, par le passé, contesté la régularité de certaines opérations de démantèlement, invoquant les articles 68 et suivants du décret de 2007. Ces dispositions réservent aux seules autorités territoriales, Gouverneurs de districts et Maires, le pouvoir d'autoriser l'implantation des dispositifs publicitaires et d'en ordonner l'enlèvement. Toute opération conduite hors de ce circuit exposerait l'État à un recours contentieux. La CAFCI avait pourtant accepté de ramener le nombre de panneaux concernés de 5 000 à 2 683 à Abidjan, preuve que la négociation reste possible lorsqu'elle est engagée.

Un agent du ministère de la Communication, qui a requis l'anonymat, décrit le circuit officiel de l'intérieur. Pour poser un panneau légalement dans une commune d'Abidjan, une régie doit d'abord obtenir un agrément du Conseil supérieur de la publicité (CSP). Chaque emplacement fait ensuite l'objet d'une demande soumise sur la plateforme numérique du Système intégré de gestion de la communication publicitaire (SIGCP). Le CSP instruit le dossier en 48 heures. La mairie délivre alors l'arrêté municipal d'implantation dans un délai de 72 heures supplémentaires. Pour chaque panneau autorisé, la régie s'acquitte de droits auprès du service financier communal, calculés en fonction du format. « Les régies paient avant toute pose. C'est la règle. Mais personne ne publie les montants, et chaque commune à ses montants », confié notre interlocuteur.

Un agent de la mairie d'Abobo, qui a également requis l'anonymat, confirme une réalité de terrain : « les panneaux qui sont dans la commune appartiennent à des structures professionnelles agréées. Avant toute pose, elles s'acquittent de droits auprès du service financier, en fonction des formats ».

Ces éléments n'ont pu être confirmés auprès de certains acteurs : nous avons adressé un questionnaire à un afficheur professionnel ainsi qu'une demande de rendez-vous à la présidente de la CAFCI. Ces sollicitations sont restées sans suite.

Doutchin Diarra


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