Les institutions financières mondiales consacrent chaque année, plus de 2 500 milliards de dollars, soit environ 1 500 000 milliards de francs CFA, au développement. Trois pour cent sont fléchés vers l'Afrique. Les arts du spectacle africain n'en captent pourtant qu'une fraction négligeable. C'est le diagnostic posé le mercredi 15 avril 2026 à Abidjan, lors des rencontres professionnelles du Marché des arts du spectacle africain (MASA). Thème retenu : « Regards croisés sur les fonds dédiés aux arts du spectacle africain ». Organisé tous les deux ans à Abidjan, le MASA est le principal marché continental dédié aux arts vivants.
William Codjo, directeur de l'Agence de développement des arts et de la culture (ADAC) du Bénin, a posé le cadre. Deux logiques de financement coexistent. L'une, non marchande, repose sur le mécénat, le sponsoring et le parrainage. L'autre, marchande, mobilise des mécanismes institutionnels comme l'avance sur recettes. Cette seconde voie reste sous-exploitée. « Les professionnels ne sont pas intéressés par ce type de mécanisme, car ne répondant pas à leurs attentes », a-t-il relevé. Raison de fond : le secteur reste arc-bouté sur la création, peu tourné vers la diffusion. « La création pour la création ne crée pas de valeur financière », a-t-il tranché.
Économie de diffusion
Sa recommandation est précise : abandonner les festivals ponctuels. Investir dans des salles de spectacle pérennes pour une économie de diffusion. Présenter les projets à des investisseurs privés avec un business plan solide, une durée d'exploitation définie et une clause de cession. « Ce n'est pas avec de petits projets que les professionnels pourraient émarger sur les 2 500 milliards de dollars », a-t-il conclu.
Trois porteurs de projets ont illustré des chemins différents. Ahlan El Morshi, des Rencontres chorégraphiques de Casablanca (Maroc), mobilise des partenaires européens et compagnies partenaires à partir d'une vision documentée et ancrée dans les réalités du terrain. Luis Carvalho, du Théâtre d'Angola, s'appuie sur des fonds culturels dédiés. Qudus Onikeku, fondateur et directeur artistique de QDance Center (Nigeria), a choisi l'autofinancement avec l'appui de mécènes privés. « Des partenaires sont prêts à payer, il faut prendre des risques », a-t-il affirmé, emportant l'adhésion de la salle.
Solidarité africaine
Un intervenant sénégalais a appelé l'ensemble des États africains à une solidarité africaine, à contribuer financièrement au MASA et à valoriser leurs patrimoines culturels sans attendre de subventions extérieures. La convergence des points de vue dessine une ligne de force : vision claire, connaissance de l'écosystème, offre ajustée à la demande.
En attendant, les 3 % fléchés vers l'Afrique restent, pour l'essentiel, hors de portée.
Doutchin Diarra
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