Pour encourager la consommation de chocolat « made in Côte d’Ivoire », Kouamé André plaide pour une intensification des actions de promotion et de sensibilisation. Selon lui, les habitudes de consommation des Ivoiriens restent largement influencées par les grandes multinationales européennes.
« Depuis l’enfance, l’Ivoirien est habitué aux chocolats des grandes marques européennes. C’est avec cette image qu’il a grandi. Ainsi, lorsqu’on parle de chocolat, il pense immédiatement à ces produits. Même au supermarché, il aura tendance à se tourner vers le chocolat européen », explique-t-il, tout en invitant le Conseil du Café-Cacao à multiplier les initiatives en faveur du chocolat local.
Un déficit de formation
Pour lancer son entreprise, le Chocoladrome, Fulbert Koffi a d’abord appris en autodidacte, à travers des tutoriels en ligne. Il s’est ensuite perfectionné auprès d’un maître chocolatier, qui lui a transmis les techniques de transformation du cacao. Aujourd’hui, il pointe un manque de main-d’œuvre qualifiée.
« Nous sommes le premier producteur mondial, mais nous faisons face à un déficit de compétences. Il n’existe pas véritablement de filière de formation dédiée aux métiers du cacao et du chocolat dans le pays. Tous mes collaborateurs, je les ai formés moi-même. Il est urgent de développer ces compétences pour répondre aux besoins du secteur », insiste-t-il, tout en invitant les autorités à structurer davantage la filière à travers la mise en place de formations spécialisées.
Dans cette dynamique, un complexe industriel intégrant un centre de formation dédié aux métiers du cacao et du chocolat a été inauguré en juin 2025 par le vice-président de la République, Koné Tiémoko Meyliet. Situé à Anyama, précisément à Akoupé-Zeudji (PK 24), ce centre pourra permettre de renforcer les compétences locales.
Une vision de transformation limitée mais ambitieuse
Malgré son statut de premier producteur mondial, avec plus de 40 % de la production de cacao, la Côte d’Ivoire ne transforme encore qu’une petite partie de sa production. En 2022, environ 33 % des fèves étaient transformées localement, selon des données communiquées par le gouvernement ivoirien. Le pays ambitionne toutefois de porter ce taux à 100 % d’ici 2030. Pour y parvenir, les investissements se multiplient, avec la construction de nouveaux complexes industriels.
Parmi les acteurs présents figurent des groupes internationaux historiquement implantés en Côte d’Ivoire, tels que Barry Callebaut, Cargill et Olam Food Ingredients. À leurs côtés, de nouveaux investisseurs, comme le groupe malaisien Guan Chong Berhad Cocoa, ainsi que des entreprises à capitaux ivoiriens – Ivory Cocoa Products, la Compagnie cacaoyère du Bandama ou encore Ivory Cocoa Waste Products – participent à l’expansion des capacités de transformation.
Comme résultat, les volumes de fèves transformées en Côte d’Ivoire ont enregistré une croissance moyenne de 5 % par an entre 2013 et 2022. Le pays dispose désormais de capacités de transformation supérieures à celles des Pays-Bas, longtemps considérés comme leaders en la matière. L’information est tirée du rapport « Opportunités de financement de la transformation du cacao en Côte d’Ivoire », publié en 2025 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture ( FAO).
Une filière en crise
Au-delà des ambitions industrielles, la filière cacao traverse une période de turbulences. Pour la campagne intermédiaire 2025-2026, le prix bord champ a été fixé à 1 200 FCFA le kilogramme, contre 2 800 FCFA auparavant, sous l’effet de la chute des cours mondiaux.
Cette situation souligne la nécessité de renforcer la transformation du cacao en Côte d’Ivoire, afin de moins subir les fluctuations du marché international.
De Lima Soro





