publicité

Societe

L’ Enquête du jeudi . Restauration populaire (2/2)- Le père du “garba” n’a jamais mangé… du “garba”

Publié le :

Dans un support audiovisuel réalisé par le Ministère des Ressources nimales et Halieutiques, M. Dicoh Garba, ancien ministre des Productions animales, raconte l'histoire étonnante derrière le plat qui porte son nom.

Le “garba”, ce plat ivoirien que des milliers de personnes dégustent chaque jour, est né d'une simple décision administrative dans les années 1970. À 88 ans, M. Dicoh Garba, ancien ministre des productions animales du Président Félix Houphouët-Boigny, explique comment ce mets est sorti de sa gestion des déchets de thon au port d'Abidjan.

« Le garba, ce n'est pas un poisson. Il n'existe pas de poisson qui s'appelle ainsi. Ce sont simplement les déchets du thon qu'on appelle garba », explique d'entrée l'ancien ministre. Voilà qui met fin à une croyance tenace.

Il précise que ces morceaux proviennent de la découpe industrielle du thon. « Quand on empile le thon, il y a des parties qui tombent. Ce sont ces morceaux-là. Mais attention, ce n'est pas du tout avarié, c'est parfaitement comestible », insiste-t-il.

Né le 4 juillet 1937 à Béoumi, Dicoh Garba est vétérinaire, spécialisé dans la pêche. Entre 1970 et 1983, il était ministre des Productions animales, en charge de la pêche. À l'époque, il était le seul africain dans l'administration de la pêche, ce qui lui donnait une lourde responsabilité sur le Port.

Le thon qui arrivait à Abidjan était en transit sous douane, donc pas destiné à la vente locale. Les déchets s'accumulaient dans l'unique entrepôt. Son supérieur, M. Milos, lui a alors demandé de trouver une solution : « Monsieur Dicoh, il y a ces déchets de thon. Les gens viennent, je ne sais pas quoi en faire. Il faut leur donner. »

Une distribution qui a tout changé

Le port d'Abidjan attirait alors une foule cosmopolite venue de toute l'Afrique de l'Ouest. « Il y avait des Burkinabè, des Nigériens, des Togolais, des Béninois, des Maliens », se souvient M. Garba. Beaucoup participaient aux ventes de poisson frais, mais n'avaient pas souvent les moyens d'acheter.

La décision fut prise de donner ces déchets de thon gratuitement. « À mon époque, c'était gratuit », confirme-t-il. Les gens venaient les chercher directement à l'entrepôt. C'était une solution pratique qui offrait en plus des protéines aux plus modestes.

Une popularité surprenante

M. Dicoh Garba n'aurait jamais cru que son initiative prendrait une telle ampleur. «Je ne savais pas que ça allait devenir si important », avoue-t-il. Pendant des années, il entendait parler du « garba » sans faire le lien avec son nom. « Un jour, j'ai vu sur Internet qu'on parlait du poisson Garba. C'est comme ça que c'est sorti. Les gens se sont mis à m'appeler », raconte-t-il, amusé. Interrogé sur sa consommation personnelle, il admet ne jamais en avoir mangé, ce plat ne faisant pas partie de ses habitudes alimentaires.

L'affirmation d'un plat ivoirien

Cette interview visait justement à clarifier les origines du plat, parfois attribué à tort au Niger à cause du nom de famille de son initiateur. « Le garba n'est pas un plat nigérien. Le Garba est bel et bien un plat ivoirien », affirme l'auteur de l’interview .

L'ancien ministre a aussi joué un rôle clé dans le développement de la pêche industrielle en Côte d'Ivoire. « C'est lui qui a fait venir le premier bateau thonier dans le pays », rappelle -t-il

Le frère de Dicoh Mariam, première chimiste ivoirienne

Aujourd'hui, le Garba est un incontournable de la « street food » ivoirienne, vendu sur les marchés et préparé de mille façons. Ce qui n'était qu'une solution pratique est devenu un symbole de la cuisine ivoirienne, traversant toutes les classes sociales.

À 88 ans, M. Dicoh Garba regarde cet héritage avec sérénité. « Je suis très heureux d'avoir été utile à la Côte d'Ivoire », conclut-il simplement. Son nom, autrefois lié à l'administration, est désormais gravé dans l'histoire culinaire du pays, preuve qu'une simple décision de bon sens peut parfois créer une tradition qui dure.

Dicoh Garba n’est pas n’importe qui : il est le neveu de Nanan Jean Kouadio Attoungbré, ancien chef de canton de Béoumi, et le frère de Dicoh Mariam, première femme chimiste ivoirienne. Cette dernière a même marqué l’histoire monétaire du pays : son portrait figurait sur la pièce de 25 francs CFA frappée en 1980, restée en circulation jusqu’en 2006.

Dicoh Garba, « le père du garba » est l’illustration du fait qu’une décision politique, même modeste en apparence, peut façonner durablement la mémoire et l’identité de toute une nation.

Doutchin Diarra


GENERATED_OK



publicité

FIL INFO

12 mars 2026

Mort d’un humanitaire français en RDC: le gouvernement congolais annonce des enquêtes

12 mars 2026

L’Iran n’ira pas à la Coupe du Monde 2026 !

12 mars 2026

Washington cherche à reprendre ses opérations de renseignement au Mali

12 mars 2026

Gabon : Libreville sollicite officiellement un programme d’appui du FMI

12 mars 2026

Jeudi 12 mars 2026: Journée mondiale contre la censure sur internet



Fanico

Gbi de Fer 22 février 2026
Gbi de Fer : « Raymonde Goudou, je t’avais prévenue »
Mandiaye Gaye 12 janvier 2026
À propos de la révision de la constitution et la réforme des institutions.
Fona Konaté 9 janvier 2026
La dénonciation, un pilier de la gouvernance responsable
Ismaël Condé 5 décembre 2025
La vérité de l’agression armée contre la Guinée , le 22 novembre 1970


publicité
publicité