Le ministre ivoirien de l'Agriculture, Bruno Nabagné Koné, a présenté le jeudi 26 février 2026 au Salon international de l'agriculture de Paris un portefeuille de 1 660,6 milliards de FCFA d'opportunités d'investissement dans le secteur agricole ivoirien. En tête d'une délégation de quatre ministres, il a conduit la journée dédiée à la Côte d'Ivoire, pays invité d'honneur de la 62e édition, devant des partenaires internationaux et en présence du ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, rapporte la page Facebook dudit ministère.
Quatre membres du gouvernement ivoirien ont co-présidé, une conférence interministérielle sous le thème « Créativité et innovation continue au service d'une agriculture ivoirienne résiliente ». Bruno Nabagné Koné était entouré de Sidi Tiémoko Touré (Ressources animales et halieutiques), Jacques Assahoré Konan (Eaux et Forêts) et Bernard Kini-Komoé (Productions vivrières).
Filières stratégiques
Le ton a été donné avec des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Comme l’a exposé le Dr Nouhoun Coulibaly, directeur de cabinet du ministère de l’Agriculture, la production vivrière a plus que doublé en dix ans, bondissant de 4,5 à 10,3 millions de tonnes. Une croissance qui a permis de créer près de deux millions d’emplois dans nos campagnes. Face à une population de 32 millions d’habitants, dont les trois quarts ont moins de 35 ans, le gouvernement voit là une force vive, un atout majeur pour l’avenir du secteur.
Bien sûr, le café et le cacao, ces piliers historiques qui font de la Côte d’Ivoire le champion mondial du cacao, ont été évoqués. Mais Bruno Nabagné Koné a tenu à élargir le panorama. Il a mis en lumière d’autres filières où le pays excelle déjà, comme l’anacarde dont la Côte d’Ivoire est aussi le premier producteur mondial, la noix de cola et l’hévéa. « Notre ambition va bien au-delà. D’autres filières stratégiques consolident chaque jour davantage la réputation de notre pays. » a-t-il affirmé.
Priorités
Pour porter cette ambition, quelques priorités ont été présentées : développer les semences améliorées, adapter les fertilisants, généraliser la mécanisation, étendre l’irrigation et intégrer les technologies AgriTech ou agriculture de précision, désigne l'utilisation de technologies numériques et de données pour améliorer l'efficacité, la productivité et la durabilité de l'agriculture. Un chantier au potentiel financier estimé à près de 679 milliards de FCFA. À cela s’ajoute la transformation agro-industrielle, un levier crucial pour ajouter de la valeur et créer des emplois, représentant un marché supplémentaire de plus de 100 milliards. Toutes ces actions s’inscrivent dans le cadre du Plan national de développement (PND - 2026-2030).
Du côté de l’élevage et de la pêche, Sidi Tiémoko Touré a détaillé le potentiel de la politique nationale de développement de l'élevage, de la pêche et de l'aquaculture (PONADEPA 2022-2026), dotée d’un budget conséquent de plus de 1 000 milliards de FCFA. Il a rappelé les atouts naturels du pays : 550 km de côtes, une vaste zone économique maritime et un potentiel encore largement sous-exploité dans l’élevage.
Agroforesterie et intensification écologique
La question des forêts a été au cœur des discussions. Jacques Assahoré Konan a tiré la sonnette d'alarme en rappelant les chiffres : « dans les années 1990, la Côte d'Ivoire comptait encore 16 millions d'hectares de forêts. Aujourd'hui, il n'en reste plus qu'environ 3 millions. C'est comme si, en l'espace d'une génération, le pays avait vu disparaître la majeure partie de ses paysages boisés. » a-t-il indiqué.
Face à cette situation, le ministère des Eaux et Forêts cherche des solutions. Il mise notamment sur l'agroforesterie et l'intensification écologique. L'idée, c'est de produire sans épuiser les sols, de trouver un équilibre entre les besoins économiques et la préservation de l'environnement. Une urgence qui est devenue encore plus pressante avec l'entrée en jeu de l'Europe.
En effet, en juin 2023, l'Union européenne a adopté un règlement sur la déforestation importée, qui entrera pleinement en vigueur fin 2026. Concrètement, cela signifie que pour continuer à exporter vers le marché européen, des produits comme le cacao ou le caoutchouc, deux piliers de l'économie ivoirienne, la Côte d’Ivoire devra prouver que leur production n'a pas contribué à la destruction des forêts.
Pour la Côte d'Ivoire, qui a perdu 80 % de son couvert forestier en trente ans, le défi est de taille. Il ne s'agit pas seulement de préserver un écosystème vital, mais aussi de protéger l'accès à un marché clé et au-delà, de réaffirmer sa souveraineté sur ses propres ressources et son modèle de développement.
« L’économie de ce pays repose sur l’agriculture. Notre ambition est de faire en sorte qu’elle demeure un pilier et un moteur de la croissance ivoirienne », a résumé Bruno Nabagné Koné. Un engagement soutenu par la France, comme l’a confirmé Jean-Noël Barrot. Paris souhaite renforcer son partenariat, notamment via l’AFD, pour accompagner le développement des cultures vivrières et de nouvelles filières comme le soja. Le fait que la Côte d’Ivoire soit le pays invité d’honneur de cette édition n’est pas un hasard ; c’est le signe, selon lui, de « la profondeur de la relation historique » entre les deux nations.
Au final, la Côte d’Ivoire quittera Paris avec une image consolidée. Le pays aura réussi à porter un discours équilibré : des résultats tangibles pour rassurer les investisseurs actuels, et une vision d’avenir pour attirer de nouveaux partenaires. La feuille de route est tracée, les ambitions sont affichées. La vraie réussite, maintenant, se jouera sur le terrain : dans les champs, dans les unités de transformation, et dans ces forêts dont l’avenir est en jeu.
Doutchin Diarra






