Dans un contexte marqué par un durcissement des politiques migratoires américaines, les Ivoiriens vivant aux États-Unis font face à de nombreux défis. Accès aux visas, stabilité juridique, intégration professionnelle et regroupement familial sont devenus des préoccupations majeures. Pour mieux comprendre ces enjeux, lebanco.net s’est entretenu avec Stéphane Gogbé, président de l’Union fraternelle des Ivoiriens de DC Metro (UFI DC Metro), une organisation engagée dans l’accompagnement de la communauté ivoirienne dans la région de Washington .DC.
Lebanco.net:Quels sont aujourd’hui les principaux défis des Ivoiriens vivant aux États-Unis ?
Les défis sont multiples. L’accès aux visas, qu’il s’agisse des étudiants, des travailleurs ou du regroupement familial, reste très complexe. À cela s’ajoute la reconnaissance des diplômes obtenus en Côte d’Ivoire, qui constitue un frein majeur à l’insertion professionnelle.
Beaucoup vivent également une forte anxiété liée à l’instabilité juridique, notamment ceux dont les dossiers migratoires sont en cours de traitement. Enfin, l’intégration culturelle et le coût élevé de la vie, dans des zones comme Washington DC, le Maryland ou la Virginie, pèsent lourdement sur les familles.
Comment les récentes politiques migratoires américaines affectent-elles la communauté ivoirienne ?
Ces politiques ont instauré un climat de prudence, voire d’inquiétude. Les procédures sont plus longues, les exigences plus rigoureuses et les délais administratifs souvent imprévisibles.
Cela touche particulièrement les étudiants en attente de visas F-1, les travailleurs qualifiés et les familles engagées dans des démarches de regroupement familial. Même si la Côte d’Ivoire n’est pas directement ciblée, le climat général a un impact réel sur la confiance des candidats à l’immigration.
Observe-t-on une augmentation des refus ou des difficultés particulières ?
Sur le terrain, nous recevons davantage de témoignages liés à des refus ou à des retards de visas, notamment pour les étudiants, les visiteurs et les regroupements familiaux.
Il est difficile de parler de statistiques officielles sans données gouvernementales, mais sur le terrain, les témoignages d’incompréhension et de frustration sont plus fréquents.
Quel rôle joue votre organisation face à ces difficultés ?
À UFI DC Metro, nous recevons de nombreuses sollicitations pour aider à comprendre les procédures migratoires, orienter les personnes vers les bons interlocuteurs et, lorsque c’est nécessaire, vers des avocats spécialisés.
Nous ne sommes pas une structure juridique, mais nous jouons un rôle essentiel d’information, d’orientation et d’accompagnement communautaire.
Ces nouvelles dispositions de la politique migratoire créent-elles un climat d’incertitude chez les jeunes Ivoiriens ?
Oui, clairement. Beaucoup de jeunes hésitent davantage avant d’engager des démarches coûteuses pour étudier ou travailler aux États-Unis. L’incertitude des délais et des décisions peut décourager certains talents. Cependant, les États-Unis restent une destination d’opportunités, notamment pour les études supérieures et l’entrepreneuriat.
Qu’en est-il du regroupement familial ?
C’est l’un des aspects les plus sensibles. Les délais prolongés affectent profondément la stabilité émotionnelle des familles, leur organisation financière et leur cohésion. Certaines familles vivent séparées pendant plusieurs années, ce qui représente un véritable défi humain.
Quels sont aujourd’hui les besoins prioritaires de la communauté ivoirienne aux États-Unis ?
Les besoins les plus urgents concernent l’accès à une information juridique fiable, l’orientation administrative, l’intégration économique et l’accompagnement des arrivants. Dans la région de Washington DC, beaucoup recherchent également du mentorat professionnel et des opportunités de réseautage.
Quelles actions prioritaires recommandez-vous pour l’avenir ?
Je vois trois axes essentiels. D'abord : renforcer l’information à travers des séminaires éducatifs animés par des experts en immigration. Ensuite : développer une collaboration institutionnelle plus structurée entre les autorités ivoiriennes, américaines et les organisations communautaires. Enfin : soutenir l’intégration économique en encourageant l’entrepreneuriat et la formation professionnelle au sein de la diaspora.
Un message pour conclure ?
La diaspora ivoirienne aux États-Unis est dynamique, travailleuse et engagée. Malgré les défis migratoires, elle reste déterminée à contribuer positivement à la société américaine tout en conservant des liens forts avec la Côte d’Ivoire. À UFI DC Metro, notre mission est claire : soutenir, unir et valoriser la communauté ivoirienne dans la région de Washington DC.
Entretien réalisé par Claude Eboulé






