publicité

Societe

L’ Enquête du jeudi . Côte d’Ivoire. Placement des filles de ménage (2/2)- Le ministère de l’Emploi « travaille sur un cadre formel pour encadrer le travail domestique »

Publié le :

Dans le business informel de placement des filles de ménage, les employeurs, eux aussi, se font avoir. Certains paient la caution et découvrent que la fille n'a aucune expérience, ou qu'elle disparaît après quelques jours. Pire : personne ne vérifie le passé des candidates. Les placeurs se fient à une simple parole.

À Marcory, une affaire fait encore parler. Une jeune fille placée chez un commerçant a fait entrer son copain en pleine nuit. Le couple a tout dévalisé avant de prendre la fuite. « On a perdu plus de deux millions en liquide et en bijoux, a témoigné la victime. La « tante » qui l'avait placée ? Introuvable. Elle a changé de numéro. » Pas de recours possible.

M. Diomandé, enseignant à Abobo, a payé trois fois. « Première fille : partie après une semaine. Deuxième : elle ne savait même pas cuisiner. Troisième : elle a volé de l'argent. À chaque fois, 10 000 francs. Au total, 30 000 francs perdus. Quand j'ai voulu porter plainte pour arnaque, on s'est moqué de moi. Contre qui ? Il n'y a ni adresse, ni structure. J’ai donc compris que c’est un système d’arnaque sans recours. »

Maître Bamba, avocat spécialisé, dénonce : « ces intermédiaires touchent entre 10 000 et 50 000 FCFA par placement. Certains en font jusqu'à 20 par mois. Faites le calcul : ça peut représenter jusqu'à un million de francs par mois, en liquide, sans facture ni impôt. C'est un marché informel qui exploite et brasse des millions, dans une zone de non-droit totale. »

Contacté, le Ministère de l'Emploi assure que « le gouvernement travaille sur un cadre formel pour encadrer le travail domestique ». Mais sur le terrain, aucun changement. Les « bureaux » de placement continuent de fonctionner au grand jour, à Adjamé, Abobo, Marcory et ailleurs.

« On nous parle de textes depuis des années, mais pendant ce temps, ces filles, parfois âgées d'à peine 13 ans, sont exploitées. Pas de salaire minimum, pas de repos, pas de protection », s'indigne Adja Touré, présidente d'une ONG de défense des droits des domestiques. « On nous fait des promesses qui ne sont jamais tenues, pendant que la situation empire et que les intermédiaires continuent d'agir en toute impunité. »

Le 8 juillet 2014, la députée Adjaratou Fadiga Traoré, élue de Koumassi, a déposé une proposition de loi pour mieux réguler le travail domestique et l'activité des agences de placement. Le texte, adopté en commission, prévoyait trois mesures importantes : aligner le salaire des aides-ménagères sur le SMIG (soit 63 000 FCFA), créer une agence nationale dédiée aux services à la personne, et simplifier les démarches d'embauche et de déclaration. Il imposait également l'affiliation des employés de maison à la CNPS. Pourtant, la proposition a fini par être retirée. Officiellement, c'est sa propre initiatrice qui aurait pris cette décision, mais selon un ancien assistant parlementaire, la pression a joué un rôle déterminant : « ce retrait diplomatique voulait surtout dire une chose : le texte ne serait jamais remis sur la table. »

Pour sortir de ce système, il faudrait renforcer les inspections du travail et sanctionner réellement les intermédiaires illégaux. Il faudrait également sensibiliser les familles rurales aux risques, et surtout, créer des agences de placement légales et accessibles, avec des formations pour les jeunes filles. Cela offrirait une vraie alternative à l'exploitation actuelle.

En attendant, des milliers de jeunes travailleuses domestiques, dont beaucoup de mineures, survivent dans cette zone de non-droit. Le problème n'est plus la loi, mais son application. Sans une volonté politique ferme pour faire respecter les droits existants, ce secteur continuera de prospérer sur la misère des plus vulnérables, transformant l'inaction de l'État en complicité silencieuse.

Doutchin Diarra


GENERATED_OK



publicité

FIL INFO

10 juin 2026

Des milliers de personnes enrôlées de force par le M23 dans l’est de la RDC: “Enlevées dans la rue, à leur domicile, lors de réunions, etc.”

10 juin 2026

RDC. L’Assemblée nationale adopte la proposition de loi sur le referendum

10 juin 2026

Mali : l’orpaillage suspendu sur tout le territoire du 15 juin au 30 septembre 2026

10 juin 2026

NBA Finals 2026: À 22 ans, Victor Wembanyama est déjà le vieux sage de San Antonio

10 juin 2026

Coupe du monde 2026 : alerte aux serpents pour la Suisse dans son camp de base américain



Fanico

‎Daouda Coulibaly 31 mars 2026
Non à l'exposition publique des plaques d'immatriculation
Claude Sahy 26 mars 2026
Avec Alassane Ouattara, les résultats concrets d’un diplomate exceptionnel
Gbi de Fer 22 février 2026
Gbi de Fer : « Raymonde Goudou, je t’avais prévenue »
Mandiaye Gaye 12 janvier 2026
À propos de la révision de la constitution et la réforme des institutions.


publicité
publicité