Le parlementaire malien Mamadou Hawa Gassama a bénéficié, le mardi 10 février 2026, d’une grâce présidentielle accordée par Alassane Ouattara. Il avait été condamné, le 30 janvier 2026, par la justice à trois ans de prison pour offense au chef de l'État ivoirien Un geste qui en dit long : Abidjan semble vouloir apaiser les tensions avec Bamako.
L'affaire Gassama, c'est une page qui se tourne. Membre du Conseil national de transition du Mali, l'homme a recouvré la liberté le mardi 10 février 2026 après-midi, après sept mois derrière les barreaux. L'information a été confirmée par son avocat, Me Mamadou Ismaïla Konaté. Sur Twitter, ce dernier a simplement publié une photo de son client avec ces mots : « libre ! libre ! libre ! ». Du côté de la famille et des proches du dossier, on a vite fait de corroborer la nouvelle : la grâce présidentielle est bien effective.
La décision du président Ouattara montre qu'il sait, quand il le faut, mettre la diplomatie avant la stricte application de la justice. Cette libération intervient après un parcours judiciaire qui avait commencé le 1er juillet 2025. Ce jour-là, Mamadou Hawa Gassama était interpelé à l'aéroport Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan, alors qu'il s'apprêtait à prendre un vol pour le Mali. On lui reprochait des déclarations faites en 2022, dans lesquelles il avait qualifié le président Ouattara d'« ennemi numéro un du Mali » et avait publiquement contesté sa nationalité sur les réseaux sociaux.
Mis en détention, il a été jugé et condamné le 30 janvier 2026 dernier par le tribunal d'Abidjan : trois ans de prison ferme et une amende de cinq millions de francs CFA pour « offense au chef de l'État ». Le dossier incluait aussi des accusations d'incitation à l'insurrection et d'atteinte au moral des troupes, des infractions prises très au sérieux par la justice ivoirienne.
La décision du président Ouattara montre qu'il sait, quand il le faut, mettre la diplomatie avant la stricte application de la justice.
Cette grâce va bien au-delà d'une simple décision de justice. Elle intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu entre les deux pays. Depuis que la junte militaire a pris le pouvoir à Bamako en 2020, les relations avec la Côte d'Ivoire se sont progressivement dégradées. L'arrestation en 2022, en terre malienne, de 49 soldats ivoiriens en mission pour l’ONU, n'a fait qu'aggraver les dissensions, creusant un fossé de méfiance entre les deux nations. À ces tensions s'ajoutent des désaccords persistants sur les sanctions imposées par la CEDEAO.
En optant pour la clémence, Alassane Ouattara envoie un signal fort d'apaisement. C'est un choix politique, qui semble mettre de côté l'affront personnel pour privilégier l'intérêt des deux nations. La Côte d'Ivoire et le Mali ont en effet des liens historiques, économiques et sécuritaires qu'il serait dommage de sacrifier sur l'autel d'une querelle.
Si la famille et les soutiens de Gassama respirent enfin, cette affaire laisse des questions en suspens. Jusqu'où peut aller la liberté d'expression en Afrique ? Comment protéger la dignité des institutions sans étouffer le débat public, surtout à l'ère des réseaux sociaux ? La libération du parlementaire malien, vu embarquant sur un vol d’Air Côte d’Ivoire pour Bamako, clôture ainsi un épisode de plus de sept mois qui avait exacerbé les tensions dans la sous-région.
Doutchin Diarra
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