Il s'agit d'une période cruciale de l’histoire de Haïti : il y a 40 ans, alors président à vie, Jean-Claude Duvalier fuyait son pays sous la contrainte, pour vivre en exile en France. La date du 7 février ravive les questions de mémoire, d’héritage et d’impunité. Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour faire émerger cette histoire passée sous silence.
Il y a 40 ans, le 7 février 1986, Jean-Claude Duvalier, alors président à vie d'Haïti, sans jamais avoir été élu, a quitté son pays et abandonné le pouvoir, après une révolte populaire et sous la pression américaine. Ainsi chassé, après avoir remis le pouvoir aux mains des militaires, celui que l’on surnommait "Bébé Doc" (ou "Baby Doc") est parti à la faveur de la nuit, à bord d’un avion affrété par l'US Air Force, pour vivre en exil en France. Ce départ, attendu par la population locale et nombre de ressortissants haïtiens partout dans le monde, a été fêté dans la liesse, particulièrement sur place.
30 ans de terreur
Les Duvaliers ont régné sur Haïti trente années durant. C’est d’abord François "Papa Doc" Duvalier qui a maintenu le pays sous sa coupe, dès 1957 et pendant 13 ans. Son fils Jean-Claude, à l’âge de 19 ans, lui a donc succédé de 1971 à 1986 ; un héritier en somme.
Sous leur coupe, les habitants vivaient dans la misère et étaient exploités ; ce qui contrastait avec le train de vie faste de ces dirigeants, qui usaient de la terreur pour se maintenir au pouvoir.
"Papa Doc" et "Bébé Doc" usaient d’une milice paramilitaire sanguinaire, les "Tontons Macoutes", pour commettre des exactions et empêcher toute rébellion.
L’insurrection populaire et l’abandon des USA
Mais le désespoir aidant, le peuple a tout de même fini par se soulever, jusqu’à l’insurrection.
Les Etats-Unis, qui avaient placé le père Duvalier au pouvoir, pour contrecarrer l'expansion communiste dans la Caraïbe, ont finalement tourné le dos au fils. Ce dernier a été contraint de partir. Ce qu’il a fait, ayant perdu ce soutien de poids.
Un dictateur jamais jugé pour ses crimes
Jean-Claude Duvalier a effectué un retour spectaculaire en Haïti en janvier 2011, après 25 ans d'exil en France.

Mais de nombreuses plaintes sont déposées contre lui : pour arrestations illégales, tortures, emprisonnements, exil forcé de ses opposants, mais aussi détournement de fonds. En février 2014, la Cour d'appel de Port-au-Prince décide qu'il peut être jugé pour "crimes contre l'humanité" ; selon elle, les faits sont imprescriptibles.
Mais "Bébé Doc" meurt d'une crise cardiaque en octobre, la même année, à l'âge de 63 ans, sans avoir pu être jugé.
Un Colloque international, organisé par l'université de Montréal, marquera cet événement les 5 et 6 février 2026. Le thème abordé : "La dictature des Duvalier, 40 ans plus tard : mémoires, histoire, héritages". Le CO.RE.CA (Contact et recherches Caraïbes) participera à ce rendez-vous ; les Guadeloupéens Julien Mérion et Wonal Selbonne ont fait le déplacement.
Par Nadine Fadel, Peggy Robert,Lydia Quérin
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