À Koumassi, un lotissement de plus de trente hectares vient d’être réalisé sur ce qui était encore la lagune il n’y a pas si longtemps. La lagune Ébrié se fait grignoter peu à peu par des remblais illégaux. Entre les quartiers de Koumassi et d'Adjawi, il ne reste même plus cent mètres d’eau séparant les deux rives, au point que la traversée en pinasse devient de plus en plus difficile. Malgré l’interdiction claire des autorités, des entreprises et même des particuliers continuent de rogner sur le plan d’eau lagunaire.
Le problème est visible un peu partout à Koumassi. À Soweto, derrière le camp Commando, un grand espace autrefois immergé est maintenant recouvert de sable. Certains y installent des concessions automobiles ou bâtissent des maisons, tout en profitant du business du dragage et de la vente de sable. Plus inquiétant encore : un lotissement de plus de trente hectares vient d’être réalisé sur ce qui était encore la lagune il n’y a pas si longtemps.
Cette situation n’est pas nouvelle. Depuis les années 1990, Abidjan voit ses berges se rétrécir. En 2019 seulement, plus de 2,2 millions de mètres carrés ont été remblayés dans le district, dont près de 600 000 m² à Koumassi. Dans des secteurs comme Biétry, la lagune a perdu jusqu’à 30 % de sa surface. Les conséquences sont déjà là : destruction d’écosystèmes, pollution, maisons qui se fissurent sur des sols instables, et des inondations de plus en plus fréquentes. La navigation en pinasse, la pêche, le transport sur l’eau… tout recule, fragilisant l’équilibre naturel et social de la capitale économique.
Appel aux communes
« La pression foncière est telle à Abidjan que certains estiment que tout espace doit être utilisé », explique N’gala Yao, expert en environnement. Il met en garde : « Cela va inévitablement aggraver les inondations, avec des effets très néfastes sur notre cadre de vie et l’environnement ». Interrogé sur le sujet, Alexandre Kouamé, Directeur du foncier et de l’urbanisme, est sans ambiguïté : « De notre côté, aucune autorisation n’est délivrée. Les berges de la lagune, sur une certaine distance, ne doivent pas être occupées. » Impossible, selon lui, d’obtenir un permis de construire sans titre de propriété, ce que les occupants de ces zones ne peuvent légalement fournir. « Ces personnes sont dans l’illégalité totale », insiste-t-il. Il alerte aussi sur les risques : problèmes d’assainissement, tassement des constructions… et en appelle aux communes pour qu’elles fassent barrage à ces installations sauvages.
De son côté, la mairie de Koumassi se veut rassurante. Guy Charles Wayoro, conseiller du maire, précise que certains remblais limités ont été autorisés pour reloger des habitants déplacés par des travaux, comme à Zoé-Bruno. « Nous avons lancé une opération de contrôle le long de la lagune. Nous allons vérifier si les opérateurs respectent les limites à eux imposées», assure-t-il.
Beaucoup d’entreprises s’agrandissent en empiétant sur l’espace lagunaire
Même la zone industrielle est touchée. Beaucoup d’entreprises agrandissent leurs terrains en empiétant sur l’espace lagunaire. Au quartier Terminus 32, la lagune a carrément disparu, laissant place à des remblais qui attendent déjà d’être bâtis. « Avant, une pinasse permettait de traverser. Avec tout ce remblai, si on ne fait rien, on va finir par ne plus avoir d’endroit où l’eau pourra passer », témoigne, inquiet, Adama Diarrassouba, un habitant de Koumassi.
Imaginez un instant : si nous laissons faire, Koumassi pourrait bien perdre son âme lagunaire, et Abidjan, son poumon. Car à force de remplacer l’eau par du sable, c’est la ville entière qu’on étouffe, petit à petit.
Doutchin Diarra
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