Il y a quelques jours, un jeune Américain du nom de IShowSpeed a séjourné dans notre pays pour en faire la promotion. L’on nous a appris qu’il a une chaîne YouTube qui est suivie par des millions de personnes appelées followers. Le voyage qui a duré seulement 24 heures a semble-t-il été organisé avec le concours du ministère du tourisme et vise à faire connaître notre pays à l’extérieur. J’ai vu des images du séjour du jeune Américain qui ont montré un résumé rapide de notre pays à travers son court séjour.
Je trouve que cela est très bien. Mais quel est l’objectif visé ? Faire venir des touristes, je suppose. Pour qu’ils viennent regarder quoi ? Nos ponts, nos immeubles, nos tas d’ordures dans les rues d’Abidjan, à l’entrée de toutes nos villes de l’intérieur du pays, nos parcs animaliers où l’on ne trouve plus aucun animal ? Les repas que l’on vend au bord des routes, au milieu de la poussière et des mouches ? L’attiéké, notre plat national intégré par l’UNESCO dans son patrimoine, que l’on fait sécher au bord des routes, dans la poussière et au milieu des poules, des cabris et des ordures ? Il y a quelques années, j’avais reçu une amie française que j’avais connue à l’université de Nice. Elle vivait désormais à Tahiti et voulait connaître l’Afrique ; et elle avait choisi de venir en Côte d’Ivoire, le seul pays africain où elle avait un ami. Je l’ai emmenée dans le Parc national de la Comoé, prétendument la plus vaste aire protégée d’Afrique de l’ouest, avec ma famille. Nous n’y avons rencontré que quelques malheureux petits singes et biches. Tous les autres animaux intéressants tels que les éléphants et autres gros gibiers avaient tous été braconnés ou avaient fui de l’autre côté de la frontière au Burkina Faso. Aujourd’hui le parc est en partie occupé par des orpailleurs et l’on soupçonne des djihadistes de s’y cacher. C’est bien de chercher à attirer des touristes, mais il est plus indiqué de leur proposer un produit qui n’est pas avarié. Je ne sais pas quel genre de touriste nous cherchons à faire venir, mais s’il s’agit de ceux des pays développés, ils sont tous très sensibles à l’hygiène et à la salubrité. Un touriste européen ou américain qui viendrait voir notre pays dans l’état d’insalubrité dans lequel il se trouve actuellement n’encouragerait personne à venir nous rendre visite.
On a voulu polémiquer sur le fait que le jeune Américain aurait dit que la Côte d’Ivoire est un pays sans histoire. Mais oui ! Quelle est notre histoire ? Qui la connaît ? Où la rencontre-t-on ? Au musée des civilisations ? Il est fermé et il n’y en qu’un seul. Au palais de la culture ? On y rencontre surtout la culture chinoise. Si un touriste va à Grand Bassam, il y verra de nombreuses maisons historiques, mais qui sont muettes. Ni le ministère de la culture, ni celui du tourisme, ni la mairie, ni le conseil régional n’a pensé à éditer de petits fascicules que les visiteurs pourraient se procurer, soit dans un bureau dédié à cet effet, soit à la mairie, qui expliqueraient l’histoire de la ville, l’histoire de chaque bâtiment, de chaque monument. Rien. Il n’y a pas non plus de guides dans la ville pour accompagner les visiteurs. Il en est de même de toutes nos villes où nous avons des bâtiments ou des sites qui présentent un intérêt. Si l’on ne veut pas payer un salaire à une personne pour faire cela, on pourrait au moins mettre des plaques explicatives sur chaque bâtiment de Bassam par exemple. C’est vraiment impossible à faire ? Si nous ne sommes pas capables d’imaginer quelque chose d’original, pourquoi ne copions-nous pas simplement ce que les autres ont fait pour vendre leurs pays ? En France par exemple, il y a partout dans les villes qui ont quelque chose à proposer aux touristes un bureau où l’on peut trouver des informations sur la ville, des circuits, des cartes, des itinéraires, des adresses, etc.
Nous avons de très grands projets pour attirer les touristes. C’est très bien. Mais pendant que nous dépensons des milliards pour réaliser ces grands projets, dépensons juste un peu d’argent pour nettoyer nos rues et trottoirs, faire parler nos monuments, sites et bâtiments historiques, et surtout les préserver.
Venance Konan






