Les artisans ne restent pas sans réagir face à la nouvelle vague des imitations (voir article précédent). Malheureusement, ces efforts, aussi louables soient-ils, demeurent épars et isolés. Face au raz-de-marée des copies, ils peinent à faire le poids.
Pour se protéger, certains artisans imaginent des moyens discrets de marquer leurs créations : une signature cachée, un signe presque invisible, des éléments de traçabilité, qui attestent de l’origine. Donc, de la véracité créative et artistique surtout. D’autres choisissent de s’unir, en formant des collectifs ou des coopératives, pour défendre ensemble leurs savoir-faire et leurs droits. Il y a aussi ceux qui prennent le temps d’éduquer leur clientèle, en partageant les petits secrets qui permettent de distinguer le vrai du faux.
Les institutions ne restent pas non plus les bras croisés. Le Comité national de lutte contre la contrefaçon (CNLC) et le Ministère du commerce et de l’industrie organisent des ateliers, lancent des campagnes de sensibilisation et procèdent à des saisies. Mais pour les artisans, ces efforts ne suffisent pas. Ils se sentent dépassés par des réseaux internationaux bien organisés et des techniques de plus en plus pointues. Entre les procédures judiciaires qui s'éternisent et le manque de ressources, le secteur se sent vraiment à la merci de ces pratiques.
Regard d'un expert
Ali Coulibaly, directeur de la Maison de l’Artisan et auteur de l’ouvrage de référence « L’artisanat en Côte d’Ivoire », nous éclaire sur ce secteur. Pour lui, l’artisanat touche à tout : l’agriculture, le tourisme, la culture, le commerce et même l’industrie. Il rappelle que l’artisanat ivoirien, c’est huit grandes branches, quarante corps de métiers et plus de deux cent quarante-cinq métiers différents. L’artisanat d’art et de décoration, qui fait partie de la huitième branche, se distingue par sa forte valeur culturelle et son rôle dans l’identité ivoirienne. On y trouve de tout : sculpture, peinture, photographie, tissage traditionnel, bogolan, poterie, bijouterie, fabrication d’instruments de musique ou d’objets royaux, sans oublier la restauration d’œuvres abîmées. Un univers d’une richesse incroyable, mais qui est aujourd’hui fragilisé par la contrefaçon et la production en série.
Comme l’explique Ali Coulibaly, le phénomène est mondial. Les célèbres toiles de Fakaha, à Korhogo, sont reproduites en Asie, tout comme de nombreux bijoux africains. Et dans un retournement étonnant, certains artisans locaux se mettent à copier des pièces venues d’Europe ou d’Asie, pour répondre à une clientèle en quête de nouveauté. Pour résister à cette tendance, son conseil est clair : les artisans doivent miser sur l’authenticité, préserver leurs savoir-faire et se faire une place plus visible, que ce soit sur le marché local, régional ou international.
Vers des solutions durables
Pour préserver l'artisanat ivoirien, plusieurs pistes concrètes s'offrent aux artisans. Ils pourraient imaginer des certificats numériques, des labels qui valorisent le local, ou encore des formations pour mieux tracer l'origine des pièces. Les QR codes sur les œuvres, les coopératives bien organisées ou les partenariats avec des galeries pourraient aussi aider à redonner confiance aux acheteurs.
Mais pour que ces idées prennent vie, il faudra une vraie volonté politique et une mobilisation de tous. En réalité, ce secteur de l’artisanat se trouve à un tournant. Ce patrimoine si précieux est aujourd'hui menacé par la contrefaçon en ligne, qui brouille les savoir-faire et fragilise toute une économie. Artisans, institutions et consommateurs ont un rôle à jouer, ensemble, pour le protéger. Comme le dit si justement Ali Coulibaly, l'artisanat, « c'est bien plus qu'une activité économique : c'est le miroir des modes de vie, des pensées et de la culture ivoirienne. Le défendre, c'est préserver l'âme même du pays. »
Doutchin Diarra






