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La dénonciation, un pilier de la gouvernance responsable

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L’histoire socio-politique de la Côte d’Ivoire est également traversée par une culture de la dénonciation, portée tantôt par un activisme assumé, tantôt par des actes opportunistes. Cette pratique s’observe dans des registres variés : politique, économique, administratif, sécuritaire, voire religieux. Les exemples sont nombreux : le cas Assalé Tiémoko lors des législatives de 2025, l'affaire Komé Bakary, la polémique autour de la pelouse du stade d’Ebimpé en 2023, la crise des données la même année, l’affaire Probo Koala en 2006 ou encore le meurtre de Hermine à Bouaké en 2021.

Le traitement réservé à ces actes de dénonciation par les autorités semble dépendre bien davantage du profil des acteurs impliqués, de l’écho médiatique de la dénonciation, des méthodes employées et du contexte socio-politique, que de la solidité des preuves avancées.

Pourtant, dénoncer demeure l’un des moyens les plus légitimes pour évaluer les politiques publiques, alerter l’opinion et prévenir les abus.

Mais sous un prisme politique, la dénonciation est aussi perçue comme un acte d’humiliation, voire de déstabilisation. Aussi citoyenne et bienveillante soit-elle, elle est rarement reçue comme telle en politique.

Quand on observe bien, en dehors d'actions collectives spontanées, lorsqu’un individu prend publiquement la parole ( surtout si c'est un ’activiste ou acteur politique) la question revient presque mécaniquement : " as tu des preuves?"

Cette interrogation, en apparence légitime, occulte toutefois une réalité plus implacable : disposer de preuves suffit-il réellement à protéger celui qui parle ou à lui accorder du crédit ?

Puisque, la loi elle-même offre à la force publique des instruments de censure, à travers des infractions telles que la diffamation ou le trouble à l’ordre public. Mais au-delà du droit, il faut questionner le rapport au pouvoir de la preuve. La preuve n’est pas seulement un élément que l’on « détient » ; elle se construit, se reconnaît et se valide dans des rapports de force institutionnels. Or, dans le fonctionnement de l’État, certaines informations sont couvertes par le secret administratif ou le secret d’État, rendant l’accès aux preuves légalement ou matériellement impossible.

Dans ce contexte, le dénonciateur se retrouve souvent plus exposé que celui qu’il dénonce. Exiger des preuves là où elles sont confisquées, dissimulées ou structurellement inaccessibles ne constitue ni une posture rassurante ni une invitation à la vigilance citoyenne.

C’est là que la notion de "Fabrique de la peur" prend tout son sens. Le citoyen est pris au piège entre une loi susceptible de se retourner contre lui, une exigence de preuve difficile à satisfaire et le risque permanent d’une interprétation politique de son acte.C'est pourquoi il faut savoir quelles sont selon le contexte, les modalités adaptées pour dénoncer pour ne pas tomber dans l'approximation, la provocation ni la confrontation opportuniste.

Dès lors, dans un environnement aussi complexe, la lutte contre la corruption et les abus ne peut reposer uniquement sur le courage individuel (exercice à haut risque). Elle exige des institutions protectrices, une justice sociale et un espace public où DENONCER n’est pas, en soi, un risque pénal, mais un pilier de la démocratie et de la gouvernance responsable.

Fona Konate


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