Lors du voyage retour, le vendredi 19 décembre 2025, la fatigue rattrape la route. Après une semaine de travail, nous voilà repartis, arpentant les mêmes routes et les mêmes frontières. Le décor ne change pas. Pourtant, une chose est différente : la cadence.
À l’aller, le chauffeur avait roulé sans dormir, du samedi 13 au dimanche 14 décembre 2025. Au retour, la fatigue s’impose tout naturellement. Départ à 2 h du matin d’Ibadan. Les frontières du Nigeria, du Bénin et du Togo sont traversées relativement rapidement. Mais au Ghana, aux alentours de 19 h, le corps dit : stop.
Première vraie pause. Le chauffeur s’arrête, épuisé. Il nettoie le toit de la voiture, puis s’allonge un moment. Des pagnes servent de nattes pour s’étendre. Pendant qu’il dort, nous essayons aussi d’en faire autant. Pour une fois, le sol paraît plus confortable que les sièges. Une heure plus tard, nous repartons. Nouvelle pause vers 2 h, dans une station. Le chauffeur n’en peut plus. Nous descendons du véhicule, nous nous étirons. Certains mangent, d’autres se rendorment quelques minutes. Vers 3 h 30 – 4 h, c’est reparti. Cette fois, non-stop jusqu’à la frontière ivoirienne. Dernière pause à Elubo, où nous profitons pour acheter quelques articles au marché. Puis la frontière est franchie. Environ une heure à une heure trente minutes plus tard, le chauffeur réapparaît, lavé, plus frais, déterminé à finir le trajet sans s’arrêter.
Nous arrivons enfin devant la cathédrale d’Abidjan à 19 h.
Aux frontières , des frais informels
Ce trajet de la Côte d’Ivoire au Nigeria, à travers quatre pays, n’a pas seulement été une succession de kilomètres. Le paysage humain et architectural a évolué au fil des kilomètres. En Côte d’Ivoire, notamment dans les villages traversés, les habitations mêlent tradition et modernité : toits en paille, maisons en banco et constructions simples côtoient des bâtisses plus récentes. Au long des routes ghanéennes puis béninoises, l’architecture change. Les maisons, souvent alignées le long des axes routiers, présentent d’autres formes, d’autres matériaux, d’autres couleurs. Les styles diffèrent, l’organisation des villages aussi. Les paysages, les bâtiments et l’organisation des localités confirment une évidence : chaque frontière franchie est une leçon silencieuse.
À l’aller, le passage des différentes frontières s’est fait dans une atmosphère globalement détendue. De la Côte d’Ivoire jusqu’au Nigeria, en passant par le Ghana, le Togo et le Bénin, nous n’avons rencontré aucun blocage majeur. La majorité des voyageurs franchissaient les postes avec une simple carte nationale d’identité, largement acceptée par les agents. Toutefois, ces formalités s’accompagnent de paiements quasi systématiques.
Au Ghana, les détenteurs de cartes d’identité ont dû s’acquitter de 1 000 francs CFA, tandis que ceux munis de passeports payaient 2 000 francs CFA. Au Togo, le montant demandé était de 500 francs CFA pour les cartes d’identité. Au Bénin et au Nigeria, le tarif est monté à 1 000 francs CFA, avec là encore 2 000 francs CFA exigés pour les passeports. Des montants modestes en apparence, mais qui, cumulés, deviennent une réalité incontournable du voyage transfrontalier.
Au retour, la traversée des frontières s’est révélée encore plus fluide. Les contrôles se sont faits rapidement, sans longues attentes. Seule exception : la frontière ghanéenne, où un paiement obligatoire de 2 000 francs CFA par personne a été imposé, sans possibilité de négociation cette fois-ci. Ces pratiques posent une question que se murmurent de nombreux voyageurs : faut-il réellement payer pour traverser les frontières de la sous-région ? Officiellement, la libre circulation des personnes est un principe acquis dans l’espace CEDEAO. Dans la réalité, le passage reste souvent conditionné à ces frais informels, tolérés, banalisés, mais rarement expliqués.
Au total ce voyage Abidjan - Ibadan aller et retour a été une épreuve de patience, de solidarité et de foi. Trois jours de route, presque sans repos, entre embouteillages interminables, pluies aux frontières, discussions pour tuer l’ennui, sommeils inconfortables et fatigue accumulée. Mais voyager, c’est aussi ouvrir son esprit. Sortir de son pays, c’est découvrir d’autres réalités, d’autres manières de vivre, d’autres paysages, d’autres architectures, d’autres cultures. C’est apprendre sans livres, simplement en regardant, en écoutant, en traversant.
Claude Eboulé
Envoyée spéciale à Ibadan
Encadré
Impressions de randonneurs
Au terme de ce voyage longue durée, qui est une grande première pour tous, à l’exception du conducteur, nous avons recueilli les avis des participants.
Tapé Sébastien, syndicaliste : « C’est très long et épuisant, mais c’est bon. J’ai particulièrement apprécié les voies de circulation au Bénin ».
Touré Lydie, cheffe de convoi : « Le voyage s’est bien déroulé. C’était vraiment long et fatigant, mais, Dieu merci, nous sommes bien arrivés ».
Traha Lauraine, consultante indépendante : « J’ai les pieds enflés. Je ne suis pas habituée à ce type de long voyage ».
Romarick, banquier : « Ç’a été un voyage assez périlleux, mais Dieu merci, on est arrivé ».
C. E






