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Culture

Et si on enseignait le vodun dans les écoles béninoises ?

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Au Bénin, le vodun est bien plus qu’une religion. Il est une philosophie de vie, un système de connaissances, un patrimoine culturel immatériel transmis de génération en génération. Reconnu officiellement par l’État et célébré le deuxième vendredi du mois de Janvier lors de la fête nationale des religions traditionnelles, le vodun demeure pourtant largement absent des programmes scolaires. À l’heure où la question de la valorisation des savoirs endogènes refait surface, une interrogation s’impose : et si le vodun avait sa place à l’école béninoise ?


Pendant des décennies, les savoirs endogènes africains ont été relégués au second plan par un système éducatif largement hérité de la colonisation. L’école a privilégié les références occidentales, parfois au détriment des cultures locales. Le vodun, souvent réduit à des clichés de sorcellerie ou assimilé à des pratiques obscures, a été stigmatisé, y compris par certaines religions importées.

Cette marginalisation a contribué à une rupture dans la transmission des savoirs. De nombreux jeunes Béninois connaissent mal l’histoire, les symboles et les valeurs du vodun, alors même qu’il structure encore profondément les pratiques sociales, les noms, les rites et les rapports à la nature.


Le vodun, un système de connaissances

Contrairement aux idées reçues, le vodun ne se limite pas à des rites cultuels. Il repose sur une cosmogonie complexe, une connaissance fine de l’environnement, des plantes médicinales, des cycles naturels et des règles de vie communautaire. Les dignitaires vodun sont souvent des détenteurs de savoirs en pharmacopée traditionnelle, en médiation sociale et en éthique collective.

En ce sens, enseigner le vodun ne signifierait pas initier les élèves à une pratique religieuse, mais leur transmettre une partie de l’histoire, de la philosophie et des sciences traditionnelles béninoises. Comme l’enseignement des mythologies grecque ou romaine ailleurs, il s’agirait d’un apprentissage culturel et patrimonial.

Intégrer le vodun dans les programmes scolaires pourrait contribuer à renforcer l’estime de soi des jeunes et leur sentiment d’appartenance. Dans un monde globalisé où les modèles extérieurs dominent, la valorisation des savoirs endogènes apparaît comme un levier pour construire une identité solide et assumée.

Cette démarche s’inscrirait également dans une politique de sauvegarde du patrimoine immatériel. Face à l’urbanisation rapide et à la disparition progressive de certains rites, l’école pourrait jouer un rôle clé dans la documentation, la transmission et la compréhension du vodun, sans en dénaturer l’essence.

Des réticences compréhensibles

L’idée d’enseigner le vodun à l’école peut susciter toutefois de fortes résistances. Certaines familles peuvent craindre une confusion entre enseignement culturel et endoctrinement religieux. D’autres redouter des tensions avec les religions chrétiennes ou musulmanes.

Ces inquiétudes soulèvent une question fondamentale : comment enseigner le vodun de manière neutre, scientifique et inclusive ? La réponse réside sans doute dans une approche académique, intégrée aux cours d’histoire, de culture générale ou d’éducation civique, et encadrée par des experts, des anthropologues et des détenteurs légitimes du savoir traditionnel.

Plusieurs pays africains réfléchissent déjà à l’intégration des savoirs endogènes dans leurs systèmes éducatifs, notamment en matière de médecine traditionnelle, d’agriculture ou de gestion de l’environnement. Le Bénin, berceau du vodun, pourrait être pionnier dans une démarche éducative innovante, respectueuse de la diversité religieuse et culturelle. Il ne s’agirait pas de remplacer les enseignements existants, mais de les enrichir. Une école enracinée dans son contexte culturel est mieux à même de former des citoyens ouverts, critiques et conscients de leur héritage.

En definitive, c’est un débat de société qui interroge notre rapport à l’histoire, à la modernité et à l’identité. Entre peurs, préjugés et espoirs, le sujet mérite une réflexion collective, dépassionnée et inclusive. Car transmettre le vodun, ce n’est pas tourner le dos au monde, c’est apprendre à s’y inscrire en sachant d’où l’on vient.

Tognissè Dahandé


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