Un communiqué lu solennellement à la télévision nationale, des décisions radicales, puis une disparition silencieuse des écrans et des plateformes officielles. En quelques heures, la gestion de la débâcle des Panthères à la CAN 2025 a basculé du registre de l’autorité à celui du doute. Le Gabon a-t-il réellement sanctionné son équipe nationale, ou assiste-t-on à un épisode de communication politique aussitôt assumé qu’effacé ? Derrière l’émotion sportive, une question lourde demeure : où commence la décision d’État, et où s’arrête la mise en scène ?
Frappées par une annonce de sanctions aussitôt retirée, les Panthères du Gabon incarnent aujourd’hui les hésitations et les tensions d’une gouvernance sportive en quête de clarté, de rigueur et de responsabilité.
La débâcle des Panthères du Gabon à la CAN 2025 au Maroc, conclue par une défaite (3-2) face à la Côte d’Ivoire après avoir mené 2-0, a ouvert une séquence politico-sportive confuse, marquée par des annonces spectaculaires, aussitôt relayées… puis effacées.
Au centre de la controverse, une déclaration lue à l’antenne, dans l’émission «Décryptage» de Gabon Télévisions par le Dr Simplice Désiré Mamboula, ministre des Sports par intérim.
Le point est fondamental : le ministre n’y formule pas une décision personnelle, il lit un communiqué présenté comme émanant du gouvernement. Le texte évoque la dissolution du staff technique, la suspension de l’équipe nationale «jusqu’à nouvel ordre», ainsi que la mise à l’écart de deux cadres emblématiques, Bruno Ecuele Manga et Pierre-Emerick Aubameyang.
Or, quelques heures plus tard, la vidéo disparaît. Elle est retirée des plateformes officielles du ministère, puis des canaux numériques de Gabon Télévisions. Si des copies circulent encore sur les réseaux sociaux, l’acte initial, lui, s’est volatilisé de l’espace institutionnel.
Une sanction sans support normatif
C’est ici que le doute s’installe. En droit administratif comme en gouvernance sportive, une sanction gouvernementale suppose un minimum de formalisme : arrêté, décision écrite, notification à la fédération concernée, calendrier d’exécution. À ce stade, rien de tel n’a été rendu public de manière stable et vérifiable.
La lecture télévisée d’un communiqué, fut-elle solennelle, ne vaut pas en soi acte exécutoire, surtout lorsque le document disparaît sans explication officielle. La question n’est donc pas de savoir si le message a existé, mais s’il a été juridiquement assumé.
Le Conseil des ministres introduit une dissonance
Le communiqué final du Conseil des ministres du 29 décembre 2025 apporte un éclairage décisif. L’exécutif y reconnaît des «manquements structurels persistants» dans la gestion du sport, tout en indiquant que le président Brice Clotaire Oligui Nguema prendra «le moment venu» des décisions fortes et structurantes.
La formulation du communiqué final du Conseil des ministres est lourde de sens : elle suggère que les décisions définitives ne sont pas encore arrêtées, ou du moins pas formalisées au plus haut niveau de l’État.
Sanction ou signal politique ?
En l’état, tout indique que le pays a davantage assisté à un signal politique de fermeté, destiné à répondre à l’indignation populaire, qu’à une sanction pleinement constituée. L’effacement rapide du communiqué et de la vidéo renforce l’hypothèse d’un message lancé trop vite, puis retiré face aux risques juridiques (ingérence politique dans le football, conflits avec la CAF ou la FIFA).
Conclusion provisoire : oui, une annonce gouvernementale a bien été lue publiquement ; non, rien ne permet encore d’affirmer l’existence de sanctions juridiquement établies et applicables. Tant qu’un acte clair, signé et assumé ne sera pas publié, la «suspension des Panthères» demeure un épisode d’erreur de communication politique… plus qu’une décision d’État.
Tokyo Yabangoye






