Il est 11 heures, ce mercredi 25 décembre 2025, à l’orphelinat « La Maison du Potier » , situé à Yopougon Niangon Lokoa, derrière le 17ᵉ arrondissement de police. Une association ivoirienne de la diaspora « Les Lutins de Côte d’Ivoire » arrive, les bras chargés de gros cartons. À l’intérieur, 44 cadeaux, un pour chaque enfant. Mais pas seulement. Des vivres sont également distribués : huile, beurre, biscuits, serviettes hygiéniques pour les adolescentes, et d’autres produits du quotidien.
Dans la cour, la musique est à fond. Les enfants âgés de 0 à 17 ans se déplacent en petits groupes, rient, courent, observent. Le vaste espace est animé, mais encadré. La grande maison accueille 44 pensionnaires. Des adultes veillent, pendant que les plus grands surveillent les plus petits, dans une organisation presque familiale.
Ce matin-là, l’atmosphère est particulière. Très vite, la cour s’anime davantage. Les enfants se bousculent, se précipitent, des cris de joie fusent. Les sourires éclatent, spontanés. Parmi eux, les plus grands tentent de garder leur calme, mais l’émotion est visible. « La plupart du temps, on nous oublie. Et quand on pense à nous, c’est souvent pour nous offrir des dinettes. Mais là, on est trop contents. On a eu des parfums, des gourdes… Franchement, merci beaucoup », confie l’un d’eux, encore ému.
L’association « Les Lutins de Côte d’Ivoire » est née d’une discussion entre deux amis de longue date : David Ouattara et Lionel Akpagni, tous deux Ivoiriens de la diaspora. David, ingénieur électronicien et trésorier de l’association, explique avoir toujours voulu « rendre à la Côte d’Ivoire ce qu’elle lui a donné ». De son côté, Lionel raconte avoir porté depuis longtemps l’idée de créer une structure d’aide aux enfants, notamment en période de Noël. « En tant qu’Ivoiriens vivant à l’étranger, il était important pour nous d’apporter notre contribution au pays », souligne-t-il. De cette volonté commune est née l’association, qui œuvre aujourd’hui à apporter cadeaux, vivres et réconfort aux enfants en situation de vulnérabilité. Après une première action menée de façon informelle, l’association s’est officiellement structurée et multiplie désormais les dons, avec l’appui de bénévoles sur place à Abidjan.
Alléger les charges des familles
Un peu plus loin, dans un autre quartier, Tio Tenena, mécanicien de formation, a lui aussi décidé de faire un geste. Accompagné de ses frères, il effectue son tout premier don dans un orphelinat. « Nous avons donné des vivres. C’est une initiative familiale. On s’est cotisés entre nous. Nous avons la chance d’avoir un peu, alors nous pouvons donner à ceux qui n’ont pas cette chance », explique-t-il simplement. Pour d’autres, fêter Noël autrement, c’est aussi alléger les charges des familles. Certaines entreprises le font tel que la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). Claudine Kouassi se souvient de son enfance. « Quand j’avais 8 ou 9 ans, je participais chaque année à l’arbre de Noël de la CNPS. Plus tard, mon père m’a expliqué que ces initiatives venaient des cotisations faites durant l’année. Grâce à ça, les parents n’avaient plus à payer les cadeaux de Noël », raconte-t-elle. Un souvenir qui illustre une autre forme de solidarité, plus discrète mais tout aussi essentielle.
À Yopougon comme ailleurs, loin du bruit des commerces et des vitrines décorées, ces gestes rappellent que Noël ne se résume pas à la consommation. Pour certains, la plus belle fête reste celle du cœur : donner, partager, et offrir un peu de lumière à ceux que l’on oublie trop souvent.
Claude Eboulé
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