Une analyse de Gilles Yabi du groupe international de réflexion WATHI Think Tank souligne « l’absolue nécessité de créer les conditions de l’apaisement et de la concorde au niveau national », ce qui « exige de ceux qui exercent le pouvoir une posture d’ouverture à un dialogue avec toutes les forces vives de la nation ».
« La tentative de coup d’État au Bénin, un des pays les plus stables et les plus avancés dans l’effort de construction d’un état de droit reposant sur des institutions crédibles, est une illustration de plus de la dégradation spectaculaire du contexte sécuritaire, politique et social au cours des 15 dernières années. La tentative a certes échoué mais le nombre de militaires qui seraient impliqués – entre 100 et 200 selon les propos du porte-parole du gouvernement béninois – donne une indication claire sur l’existence d’un grave malaise au sein des forces armées sous pression depuis que les régions du nord du Bénin, frontalières avec le Burkina Faso et le Niger notamment, sont devenues la cible d’attaques meurtrières des groupes armés terroristes solidement implantés dans les trois pays du Sahel central. C’est précisément dans le cadre des efforts de restructuration et de renforcement de l’appareil de défense et de sécurité du pays pour faire face au défi tout à fait nouveau du terrorisme que la Garde nationale fut créée en 2020. [...]
Il faut aussi que les homologues du président Patrice Talon l’encouragent fortement à tirer les conséquences politiques des événements du 7 décembre qui auraient pu lui coûter la vie. Comme je l’expliquais dans ma dernière chronique sur le Bénin : « toutes choses égales par ailleurs, comme le disent les économistes, un contexte de tensions politiques et sociales, de perception d’injustices criardes et d’exclusion, d’accaparement de tous les leviers du pouvoir par un groupe très restreint, rend un pays plus vulnérable aux chocs sécuritaires qu’un autre ». Qu’il y ait ou non un lien clair entre la tentative de coup d’Etat et le contexte politique béninois marqué par une liquidation assumée des principes démocratiques issus de la Conférence des forces vives de la nation de février 1990 ne change rien à l’absolue nécessité de créer les conditions de l’apaisement et de la concorde au niveau national.
Le président Talon pourrait faire un premier geste fort dans cette direction en renonçant dans l’immédiat à la promulgation de la constitution béninoise révisée le 14 novembre dernier, sans aucun débat public préalable, et validée par la cour constitutionnelle le 12 décembre. Les Béninois ont montré le 7 décembre et les jours qui ont suivi qu’ils étaient viscéralement opposés à toute irruption des militaires sur la scène politique, quels que soient les reproches qu’ils pouvaient faire au pouvoir civil en place. Mais ils restent très inquiets, avec raison, parce que les menaces qui pèsent sur la paix, la sécurité, la stabilité et la protection des droits humains, sont lourdes. Un tel contexte exige de ceux qui exercent le pouvoir une posture d’ouverture à un dialogue avec toutes les forces vives de la nation, y compris celles qui alertent depuis des années sur l’effritement du contrat social et la montée des périls.»
Par Gilles Yabi, Wathi Think Tank
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