Il est 12 h, ce dimanche 7 décembre 2025, à Abidjan. Le soleil de midi tombe sur la Riviera Palmeraie avec une chaleur lourde. Sur la voie principale, les voitures et les minibus gbaka se croisent dans un grand vacarme. Mais aujourd’hui, ce bruit rivalise avec le brouhaha des nombreuses personnes pressées, courant presque, en quête de leurs cadeaux de Noël.
Devant l’un des grands supermarchés du quartier, la foule devient plus dense. Les chariots débordent déjà avant même d’entrer dans le magasin. À l’intérieur, l’air est frais, mais la tension est palpable. On s’arrête, on hésite, on compare, on prend, on repose, on reprend. Les visages sont concentrés, parfois souriants, parfois stressés. On sent que tout le monde veut « terminer ça aujourd’hui ».
Parmi eux, Ablé Lidia navigue entre les rayons de jouets, un grand chariot à la main. « Je suis vraiment heureuse d’acheter des cadeaux pour mes neveux », dit-elle, sourire fatigué mais sincère. Ses neveux ont 3 ans et 6 mois. Son chariot est rempli. « Je n’ai pas vraiment de budget. Moi, je viens juste prendre tout ce qu’ils aiment. Je connais les dessins animés préférés du plus grand. Aussi, il aime les jeux, les voitures, et autres. Le deuxième bébé n’a que 6 mois, donc je prends des trucs simples : hochets, peluches… L’important, c’est qu’ils soient contents ».
Plus loin, une jeune femme examine un coffret de parfum. Elle dit offrir chaque année « un petit quelque chose » aux siens. « Généralement, pour les fêtes de fin d’année, j’offre plus à mon partenaire, souvent des montres… Et à mon papa, du vin. Mais je n’offre pas vraiment de cadeaux aux petits frères, ils ont déjà ceux des parents », glisse-t-elle en rejoignant la file d’attente.
« Moi je m’offre un cadeau chaque année, ça motive », lance un jeune homme tenant une paire de baskets neuves. « Noël, ce n’est pas que pour les enfants ! ». Mais l’effervescence ne s’arrête pas aux achats. À la sortie du supermarché, un autre commerce tourne à plein régime : l’emballage des cadeaux.
Assise derrière un grande table avec plusieurs papiers d’emballage et de rubans multicolores, Guouanou Juliana, une jeune femme d’une vingtaine d’années, emballe à une vitesse impressionnante. « Je fais ça depuis trois ans », dit-elle sans arrêter ses gestes. « Pendant l’année, je fais 50 ou 60 emballages par jour. Mais pendant Noël, ça peut monter jusqu’à 200 clients. C’est la folie ! ».
Quelques mètres plus loin, Aman Blandine, également emballeuse, confirme l’engouement mais pointe une difficulté.« Pendant les fêtes, ça marche bien, mais les clients sont difficiles. Ils veulent un gros emballage à 500 francs. Pourtant, nous on paye les papiers, le scotch, on fait le travail… On leur fait un prix en fonction, mais ils ne veulent pas. C’est compliqué parfois ».
Ici, les enfants tirent leurs parents, les couples discutent, les vendeurs conseillent. L’atmosphère est dense, bruyante. Pourtant, au milieu de cette agitation, une sensation domine : celle d’une ville qui, malgré les soucis du quotidien, s’autorise un peu de magie. Celle causée par Noël certainement.
Claude Eboulé
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