publicité

Culture

Côte d'Ivoire. Gardiens de cases sacrées yacouba : une relève difficile à assurer

Publié le :

Le patriarche Diomandé Gué Alphonse, chef de village, gardien de la principale case sacrée de Gan.

Aujourd’hui en 2025, dans la région du Tonkpi, le prestige de la case sacrée est en net recul. Les cases sacrées, on en parle de moins en moins ; on ne les fréquente presque plus. Leur nombre a drastiquement diminué (voir Encadré). Ces patrimoines majeurs de la société traditionnelle sont-ils en voie de disparition ?

Abandonnées ou fermées faute de régisseurs, dans les différents villages du département de Biankouma, les cases sacrées ont fortement diminué en nombre. Situation, par extension, identique dans l’ensemble des villages de la région du Tonkpi. A l’origine de cette décadence, l’une des principales raisons évoquées et constatées est le manque de gardiens de cases sacrées dont le déficit, chaque année, va croissant.

Qui est, ou peut être gardien d’une case sacrée ?

Les régisseurs des cases sacrées sont tous des initiés. Ils doivent être intègres et respectueux des valeurs traditionnelles. Le gardien de la case sacrée parle très peu; il sait garder les secrets. Il est un modèle dans le village. Il est vénéré, parce qu’il est la courroie de transmission entre les morts et les vivants.

Théodore Dan Gbato, chef de village Kandopleu (Biankouma)

De son vivant, feu le patriarche Louaty Soumahoro, lui-même, gardien de case sacrée et chef du village de Dingouin, une localité située à 6 km du chef-lieu de la commune, nous avait livré l'analyse suivante. « Les cases sacrées, disait-il, n’ont de problèmes ni avec l’école, ni avec la religion chrétienne (catholique et évangélique), ni avec l’islam. Seulement, certaines religions dites nouvelles éloignent des cases sacrées, les fils de la région qui y ont adhéré. »

Manque de cérémonie d’initiation

La relève n’est pratiquement plus assurée, à cause du manque de cérémonie d’initiation. Certains jeunes pensent que la case sacrée est une affaire exclusivement des parents restés au village.

Les réactions des notables, chefs de terre, de villages et gardiens de cases sacrées, glanées ici et là, à travers de nombreuses localités, traduisent une inquiétude certaine. Pour les uns, âgés pour la plupart de plus de 75 ans, la case sacrée est l’âme du Yacouba. Sa disparition n’est pas envisageable. Au-delà des infrastructures visibles, la case sacrée est un esprit. Pour ces différentes raisons, on ne peut pas penser à sa probable extinction, ont estimé, en substance, Théodore Dan Gbato, Mamadou Gué, Diomande Gué Alphonse, respectivement chef de village de Kandopleu, Gbombelo et gardien de case sacrée à Gan.

D'autres notables et chefs du village un peu moins âgés (entre 60 et 70 ans) font observer que dans un futur proche, à cause de la scolarisation, l’évolution et la modernité, les cases sacrées vont disparaître à coup sûr. Dans une période de 30 ans pour certains, estiment les uns, d'ici 50 ans, pensent les autres.


Diomandé Sigui Patrice, régisseur de case sacrée (Biankouma-village).

« De moins en moins, les jeunes hommes viennent se ressourcer au village. En ville, ils vivent selon les images des réseaux sociaux, la voix des radios, des télévisions et selon les écrits des livres, des journaux, de la Bible et parfois du Coran. Certains pensent que la case sacrée est l’affaire des parents restés au village. Ils vont plus loin et disent même que la case sacrée est le modèle d’un symbole aujourd’hui dépassé. Faute de relève, les cases sacrées vont fermer puis disparaître. Cela, dans 30, 50, 60 ans, en termes presque identiques Diomandé Sigui Patrice, Soumahoro Gbindé Alexis et Diomande Sadia, régisseur de case sacrée (Biankouma-village), notable à Gaoté et Yêgolé dans les sous-préfectures de Kpata et Biankouma.

Honoré Droh

Correspondant régional


ENCADRÉ

Des chiffres alarmants

Une tournée à travers plusieurs localités du département de Biankouma, dans la période du 15 juin au 25 août 2024, nous a permis d’établir un constat alarmant. A Gbêgui, un village proche de Gaoté, situé à 35 km du chef-lieu du département de Biankouma, l’unique case sacrée, en ruines puis réhabilitée, est toujours fermée, faute de régisseur. A Gaoté, sur les 5 cases sacrées que compte le village, 3 ont fermé. À Kabakouma, une localité située à 10 kilomètres de Biankouma, sur les 14 cases sacrées construites, seulement 8 sont encore fonctionnelles. A Biankouma-village, sur les 7 cases sacrées qui faisaient la fierté du village, seulement 2 sont fréquentées aujourd'hui. A Kandopleu, seule une case sacrée fonctionne sur les 5 existantes. Dans le canton Gan, à Gan, seulement 2 cases sacrées sont régulièrement fréquentées sur les 9.

H. D.





GENERATED_OK



publicité

FIL INFO

7 septembre 2026

Le parti Ensemble pour la République dénonce l’arrestation de John Mbangu et fustige une « contradiction » du pouvoir

7 septembre 2026

Alger Bamako : La Grande Commission mixte des retrouvailles

7 septembre 2026

Miss Monde 2026 : Fatima Koné quitte la compétition, la République dominicaine décroche la couronne

7 septembre 2026

La Russie bombarde désormais Kiev 24 heures sur 24: l’alerte retentit jusqu’à 13 fois par jour

7 septembre 2026

Lutte : L’expertise roumaine et ivoirienne au service des cadres sénégalais



Fanico

Adrien Poussou 26 août 2026
Madagascar sur les traces de la Centrafrique
Nnenna Nwakanma 17 août 2026
La prise de parole sur les réseaux sociaux commence à coûter trop cher.
El Hadj Mamadou Traoré 13 août 2026
Ne jouons plus avec ces sujets relatifs à la sécurité et à la défense
Jean-Antoine Zinsou 10 août 2026
L’IA traite la maladie et le médecin soigne le malade


publicité
publicité