Le torchon continue de brûler entre les Etats-Unis d’Amérique et l’Afrique du Sud. En effet, après la suspension de tous les financements, le pays de l’Oncle Sam vient de franchir un palier supplémentaire en déclarant persona non grata l’ambassadeur sud-africain, Ebrahim Rasool, en lui donnant 72 heures pour quitter le territoire américain. Ce diplomate de 62 ans qui a présenté ses lettres de créances en janvier 2025, est accusé de « nourrir des tensions raciales », de « haïr » le président Donald Trump. Tout en prenant acte de la décision américaine, l’Afrique du Sud l’a qualifiée de « regrettable ». Généralement, en diplomatie, lorsqu’un diplomate commet un impair, on le convoque pour l’auditionner avant de demander à son pays de procéder à son remplacement si nécessaire. Mais avec l’Administration Trump, il en va autrement. Car expulser un ambassadeur sur la base de propos tenus, dans un pays où la liberté d’expression est pourtant sacrée, c’est à n’y rien comprendre. Cela dit, l’ambassadeur sud-africain avait-il le droit de faire la sortie qui lui vaut la sanction américaine ? On ne saurait y répondre. Toutefois, on peut saluer l’attitude de la Nation arc-en-ciel qui n’a pas réagi au quart de tour en appliquant la réciprocité ; du moins, pas pour l’instant. En choisissant de maintenir une relation diplomatique constructive avec les Etats-Unis, le pays de Nelson Mandela fait preuve de prudence, mais aussi et surtout de réalisme.
Avec l’Administration Trump, chacun doit se tenir à carreau
Déjà que les relations restent tendues entre les deux pays, une réponse musclée à la décision de Donald Trump, aurait contribué à jeter de l’huile sur le feu. Au demeurant, on se demande si l’expulsion de l’ambassadeur sud-africain des Etats-Unis, n’est pas liée à la position de son pays sur des sujets majeurs tels que la crise israélo-palestinienne. En tout cas, d’aucuns ont vite fait de franchir le pas en liant cette affaire à la plainte que l’Afrique du Sud avait déposée en 2023, auprès de la Cour internationale de justice, contre l’Israël pour génocide à Gaza. Et ce n’est pas tout. La loi sur l’expropriation des terres, qui avait suscité le courroux du président américain qui l’avait qualifiée d’attaque contre la minorité blanche sud-africaine, semble aussi y été pour quelque chose. Alors, jusqu’où ira l’escalade entre Washington et Pretoria ? Bien malin qui pourrait répondre à cette question. En attendant, tout laisse croire que l’Afrique du Sud qui joue la carte de l’apaisement, va poursuivre les efforts dans ce sens d’autant qu’elle n’a pas intérêt à ce que cette brouille perdure. A preuve, le gouvernement a appelé ses diplomates à maintenir le décorum établi dans leurs interactions avec les Etats-Unis. C’est dire si le pays réalise sans doute qu’il a plus à perdre qu’à gagner dans cette brouille diplomatique avec les Etats-Unis. En tous les cas, on ne peut pas se voir privé d’une aide aussi précieuse que celle des Etats-Unis, qui se chiffre à des centaines de millions de dollars avec à la clé le risque de se voir imposer des sanctions financières, et s’inscrire dans une logique de bras de fer. Cela dit, l’expulsion de l’ambassadeur sud-africain constitue un avertissement sans frais pour les autres diplomates accrédités aux Etats-Unis. Avec Trump, chacun doit savoir se tenir à carreau.
Dabadi ZOUMBARA
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