Déjà, à quelques mètres, on est assailli par des bruits assourdissants. Ils proviennent, d’une part de la casse de carcasses de véhicules à l’aide de burins et marteaux et, d’autre part, des meules utilisées pour limer des fers. Nous sommes à la Ferraille de Yapokro, dans la zone industrielle de Koumassi, à Abidjan. Les artisans s’organisent pour casser la mauvaise réputation de cette Ferraille.
Cette ferraille, comme son nom l’indique, est le lieu où est exercé le commerce de vieux fers rouillés et matériels usés. On a les ferronniers qui découpent continuellement du métal, les magasiniers qui vendent des pièces détachées. Il y a également des commerçants de conteneurs qui font venir des objets d’occasion, tels que les postes téléviseurs, les ordinateurs et autres appareils.
Ces matériels, provenant souvent de la France ou de l’Europe sont appelés « France au revoir ». A ces vieux objets, les ferrailleurs redonnent vie. « Quand ces appareils viennent, certains marchent d’autres non. C’est un coup de chance. Mais s’ils ne marchent pas, on prélève les pièces pour les vendre. On ne perd pas », explique Soumaila, commerçant et réparateur d’appareils.
« On y a retrouvé plein d’objets volés »
Yapokro était un quartier-village habité majoritairement par des Guéré. Il a été rasé par les autorités municipales, il y a environ sept ans. La raison évoquée était l’installation d’habitations sous les fils électriques de la haute tension. Elles ont été déguerpies. Mais les ferrailleurs, installés dans le prolongement du quartier, sont restés pour le besoin de leurs activités.
« La ferraille de Yapokro existe depuis longtemps, depuis le temps du premier Président Félix Houphouët Boigny. On n’a pas de problèmes avec la Mairie ni avec la CIE (Ndlr: la Compagnie ivoirienne d’Electricité). La dernière fois où la Mairie voulait nous déguerpir, c’était pour le bitumage de la route sous la haute tension. Les travaux ont été suspendus à cause de gros fils électriques implantés dans le sol », nous dit Yaya Diabaté, président des Ferrailleurs de Yapokro.
Malgré le bon travail qui s’y fait, la ferraille de Yapokro est souvent taxée de lieu de recel d’objets volés. Des habitants, victimes de vols et résidents dans des quartiers nantis tels Agoutis ou Pangolin, non loin de la ferraille, sont critiques. « C’était le lieu de vente de butin de voleurs. Dès qu’on volait ta télé, si tu vas à Yapokro, tu retrouves ton appareil. On y a retrouvé plein d’objets volés. Mais avec la sécurité grandissante les choses ont changé », affirme un résident de la cité Pangolin.
« Maintenant nous faisons notre propre sécurité »
C’est vrai, en plus de la sécurité, l’image de la ferraille s’est améliorée grâce à l’organisation des ferrailleurs eux-mêmes. « Maintenant à la ferraille de Yapokro, nous sommes organisés et nous faisons notre propre sécurité. On sait qui fait quoi. Si un individu vient vendre un matériel, nous intervenons pour connaître la source. Au niveau du commissariat de 20e arrondissement, non loin d’ici, en cas de soucis avec un ferrailleur, on m’appelle et j’y vais. Donc la ferraille de Yapokro a changé. On travaille ici », souligne le Président Y. Diabaté.
Si vous êtes à la recherche d’une jante de chargeuse de Caterpillar ou que vous voulez découper un essieu de camion en morceaux, allez à Yapokro. Ici, il y a des artisans habiles qui travaillent dignement à la sueur de leur front pour nourrir leurs familles. « Notre travail, ça demande de l’intelligence et surtout de la force physique. On a tous une famille. Chacun se débrouille bien pour avoir quelque chose à apporter à la maison», nous précise un ferronnier.
Moussa I. Koné
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