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Politique

Victimes de Hissène Habré au Tchad : Au-delà des indemnisations…

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Dix milliards de francs CFA. C’est le montant décaissé par le gouvernement tchadien depuis la mi-février pour indemniser les victimes de l’ex-président Hissène Habré, après des années d’attente. En tout cas, à en croire des associations de victimes réunies au sein d’une plateforme, ce montant a servi à indemniser environ 80% de près de 10 700 victimes enregistrées dans cette procédure. Un montant dérisoire comparativement aux 150 milliards de francs CFA au total accordés par la Cour criminelle de Ndjamena en 2015 et la Cour spéciale africaine de Dakar en 2017, aux victimes de l’ex-homme fort du Tchad, en guise de réparation pour le préjudice subi. Mais un geste qui reste d’un grand réconfort pour les victimes et les ayants droit qui peuvent se consoler de ne pas être totalement les oubliés de l’histoire ni les dindons de la farce. Et ce, au regard de l’indigence dans laquelle la plupart végètent après avoir été au bord du désespoir, durant toutes ces années d’attente. Mais le temps de la Justice n’est pas celui des justiciables qui pensent parfois naïvement que les choses doivent couler de source une fois le verdict tombé. C’est le lieu de saluer l’engagement de l’Etat tchadien qui est en train de casquer pour l’ancien dictateur en mettant la main à la poche pour apporter ce réconfort qui est d’un grand soulagement pour les victimes et les ayants droit.

Il faut espérer que ce geste de l’Etat tchadien en faveur des victimes de l’ex-dictateur, contribuera à l’apaisement des cœurs

Et ce, en attendant de savoir ce qu’il en est de la requête du Tribunal spécial de Dakar auprès de l’Union africaine chargée de créer un fonds fiduciaire qui devait mobiliser ces fonds. La question qui se pose, est de savoir jusqu’où ira l’Etat tchadien, dans sa volonté de soulager la peine des familles des ayants-droit et de ne pas laisser au verdict de la Chambre africaine extraordinaire de Dakar qui a condamné le défunt président, un goût d’inachevé. L’autre question est de savoir si le pouvoir de Deby fils pourra tenir le rythme des indemnisations au regard des difficultés économiques que traverse le pays en raison de l’amenuisement de la manne du pétrole, dans un contexte où le défi sécuritaire lié à la lutte contre le terrorisme et les rébellions armées, reste entier. Mais au-delà des indemnisations, il faut espérer que ce geste de l’Etat tchadien en faveur des victimes de l’ex-dictateur contribuera à l’apaisement des cœurs et au renforcement de la cohésion sociale. Cela est d’autant plus important que le Tchad, qui a signé son retour à l’ordre constitutionnel dans les conditions que l’on sait, au terme d’une transition plutôt agitée, revient de loin. C’est pourquoi il faut encourager les autorités tchadiennes à aller au bout de leur engagement. Et à mettre un point d’honneur à rendre toute la justice aux victimes dont le combat pour traduire le dictateur devant les tribunaux, a été un combat de longue haleine, puisqu’il a duré plus de deux décennies. Toujours est-il qu’aujourd’hui, le pays a besoin de tourner la page pour aller de l’avant. Et au-delà des montants perçus, ces indemnisations apparaissent comme ce liant qui peut permettre au pays de tirer un trait sur son passé douloureux.

Aussi modestes que puissent paraître les sommes mobilisées, il est impératif que ces indemnisations puissent toucher toutes les victimes

D’autant plus que de Hissène Habré à Déby fils en passant par Deby père qui a dirigé son pays d’une main de fer pendant près de trois décennies, certaines plaies peinent encore à cicatriser. C’est dire si le président Mahamat Idriss Deby Itno a du pain sur la planche pour rabibocher ses compatriotes qui ont besoin de croire aux vertus du pardon pour mieux tourner la page de ce passé douloureux. C’est pourquoi, aussi modestes que puissent paraître les sommes mobilisées, il est impératif que ces indemnisations puissent toucher toutes les victimes et les ayants droit qui se sont battus pour la justice afin qu’ils ressentent peu ou prou les effets du verdict qui leur a permis de faire le deuil de leurs disparus. Certes, cela ne ramènera pas les morts à la vie. Mais c’est un geste qui pourrait permettre aux familles des victimes de surmonter la colère, l’amertume et le désir de vengeance qui sont aussi destructeurs qu’ils contribuent à creuser le fossé de la division au sein d’une société. Et le Tchad n’a pas besoin de ça. Il a plutôt besoin de tirer leçon de son passé pour se reconstruire à l’effet de devenir une nation forte. C’est pourquoi les Tchadiens gagneraient à méditer cette réflexion de Nelson Mandela qui disait que « la mentalité de représailles détruit les Etats tandis que la mentalité de pardon construit les nations ».

« Le Pays »


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